La plus belle exposition de mon oeuvre serait de ne montrer qu'une seule toile. " Jo Delahaut (1911-1992) nous avait confié ce voeu lors de notre première rencontre. Nous lui avions demandé de nous présenter un tableau de son choix parmi ceux conservés dans les collections des Musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles. L'homme avait une voix douce, apaisée et souriante. Chaque mot paraissait choisi avec soin et naturel. Il avait l'élocution facile du professeur qu'il fut toute sa vie à l'athénée Fernand Blum de Schaerbeek d'abord, à l'Insas et à La Cambre ensuite. Devant La Mort de Mara...

La plus belle exposition de mon oeuvre serait de ne montrer qu'une seule toile. " Jo Delahaut (1911-1992) nous avait confié ce voeu lors de notre première rencontre. Nous lui avions demandé de nous présenter un tableau de son choix parmi ceux conservés dans les collections des Musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles. L'homme avait une voix douce, apaisée et souriante. Chaque mot paraissait choisi avec soin et naturel. Il avait l'élocution facile du professeur qu'il fut toute sa vie à l'athénée Fernand Blum de Schaerbeek d'abord, à l'Insas et à La Cambre ensuite. Devant La Mort de Marat du peintre néo-classique David, il écarta d'emblée tout commentaire sur le sens révolutionnaire de l'opus. Ce qui le fascinait relevait davantage de la composition, du lien entre le fond et l'avant-plan, des rapports entre les courbes et les droites et de l'importance des vides. Il en parlait comme d'un tableau abstrait, soulignant la fermeté d'un contour ou encore l'absence de bavardage dans la manière de poser les teintes. Plus tard, nous l'avons revu à l'occasion de l'une ou l'autre de ses expositions puis chez lui. Sa maison, située à Evere et dont il avait dessiné les plans lui ressemblait : modeste et lumineuse. Tout y était serein. Sur les murs blancs, quelques-unes de ses pièces étaient accompagnées, ici, par un masque africain, là, un cheval de bois, là encore une vierge romane. L'atelier, de relative petite dimension, lui interdisait toute forme de mégalomanie. Même s'il intégra dans l'architecture (école, hôpital, métro) plusieurs de ses réalisations, le peintre dont aujourd'hui le Botanique et la maison des arts de Schaerbeek rappelle l'importance, travaillait " à taille humaine ". " Dans un monde agité et tout en superficie, écrivait-il, l'homme a besoin non pas d'oeuvres qui le secouent mais d'oeuvres empreintes de repos et de recueillement. " C'est que, loin des utopies rationnelles de la première génération d'artistes abstraits (le constructivisme des années 1920), Jo Delahaut misa toute sa vie sur son intuition et sa sensibilité aux couleurs. " Rien que de mettre des couleurs sur la palette, ça me donnait une espèce d'ivresse. Tellement j'aime la couleur. " Mais, suivant en cela son tempérament, il savait aussi que la couleur ne livrerait toute son intensité et sa richesse qu'enclose dans des formes rigoureuses. Les angles et les teintes, parfois très vives, parfois très pâles, dialoguent alors dans un parfait accord classique. Et la composition se referme sur elle-même comme dans le Marat de David. A chacun des visiteurs de choisir, parmi toutes les pièces réunies (peintures, sculptures, dessins, estampes et même bijoux et foulards), l'oeuvre devant laquelle il pourra faire silence et laisser advenir... la magie. Au Botanique, 236, rue Royale, à 1000 Bruxelles. Du 19 septembre au 3 novembre. www.botanique.be A la Maison des arts de Schaerbeek, 147, chaussée de Haecht, à 1030 Bruxelles. Jusqu'au 27 octobre. Guy Gilsoul