Quitter le quartier calme et rupin du faubourg Saint-Honoré à Paris, ce sera aussi dire adieu à ses plus vaillants supporteurs. " Sur le perron de l'Elysée, j'ai en face de moi les façades de l'autre côté de la rue. Il y a maintenant des habitants avec lesquels j'ai fraternisé puisqu'ils se mettent au balcon, quelle que soit la saison, et m'adressent un certain nombre de signes d'amitié. " Ce 5 décembre, le chef de l'Etat français raconte l'envers du décor - ou plutôt son vis-à-vis -, dans une salle des fêtes du palais, pleine à craquer. Pour ses derniers voeux au personnel, le président est volubile : " Je leur réponds, à ces personnes, ce qui quelquefois crée des confusions avec le visiteur qui ne sait pas si cela s'adresse à lui ou à ceux qui se trouvent à l'étage, en face. " Les tapissiers, les lingères, les cuisiniers, les huissiers, les maîtres d'hôtel, les gardes républicains rigolent. François Hollande leur assure enfin qu'il les rencontrera individuellement, " pour savoir ce qui a véritablement changé " pendant le quinquennat. Ultime promesse.
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Quitter le quartier calme et rupin du faubourg Saint-Honoré à Paris, ce sera aussi dire adieu à ses plus vaillants supporteurs. " Sur le perron de l'Elysée, j'ai en face de moi les façades de l'autre côté de la rue. Il y a maintenant des habitants avec lesquels j'ai fraternisé puisqu'ils se mettent au balcon, quelle que soit la saison, et m'adressent un certain nombre de signes d'amitié. " Ce 5 décembre, le chef de l'Etat français raconte l'envers du décor - ou plutôt son vis-à-vis -, dans une salle des fêtes du palais, pleine à craquer. Pour ses derniers voeux au personnel, le président est volubile : " Je leur réponds, à ces personnes, ce qui quelquefois crée des confusions avec le visiteur qui ne sait pas si cela s'adresse à lui ou à ceux qui se trouvent à l'étage, en face. " Les tapissiers, les lingères, les cuisiniers, les huissiers, les maîtres d'hôtel, les gardes républicains rigolent. François Hollande leur assure enfin qu'il les rencontrera individuellement, " pour savoir ce qui a véritablement changé " pendant le quinquennat. Ultime promesse. C'est peu dire que François Hollande a retrouvé de l'envie. Il est comme libéré. Soulagé d'un mensonge envers ses proches. Car il a caché sa décision jusqu'au bout. Seul le secrétaire général de l'Elysée, Jean-Pierre Jouyet, était dans la confidence, et réfléchissait à l'allocution télévisée du président depuis la mi-novembre. Soulagé aussi d'échapper à la primaire de la gauche, où il aurait servi de punching-ball à ses rivaux. Au moins, son geste restera dans l'histoire - laisser une trace est son obsession. " Son sourire et cet oeil qui s'allume témoignent d'une liberté sur laquelle vous n'avez pas prise, qui que vous soyez ", souligne l'écrivain et journaliste Pierre-Louis Basse. Le conseiller aux grands événements, qui part de l'Elysée le 20 janvier, ajoute : " Les scrogneugneux de tout poil peuvent aller se rhabiller : le président a fait une chose qui va bien au-delà de l'anecdote politique. Un contre-pied qui se lit sur son visage. " Depuis, François Hollande ose, s'impose, n'hésite plus. Transfiguré. Un jour, il prononce une grâce totale en faveur de Jacqueline Sauvage, en prison pour le meurtre de son mari violent. Un autre, il surgit sur le ponton du porte-avions Charles-de-Gaulle pour saluer les pilotes rentrant de Syrie. Ou encore, il fait un déplacement éclair en Irak, à 15 kilomètres de la ligne de front, près de Mossoul, comme naguère François Mitterrand lors du siège de Sarajevo. Paradoxe : ces trois initiatives faisaient partie d'un plan imaginé à l'automne par ses soutiens, pour préparer sa candidature. " A l'époque, il avait mis en avant divers prétextes, dont la sécurité, pour écarter ces propositions ", se lamente un hollandais. Il reste au président français quatre mois de CDD pour savourer sa collaboration avec Bernard Cazeneuve, un Premier ministre avec lequel le travail est fluide. La confiance, totale. " S'il a un seul regret, c'est de ne pas l'avoir nommé avant, glisse un proche. Avec lui, c'est bonheur et harmonie. " Le spectacle de la primaire le consterne. En privé, le président s'étonne de l'impréparation de Manuel Valls, qui se disait " prêt " à longueur d'interviews. Le programme d'Arnaud Montebourg lui paraît désuet et celui de Benoît Hamon, digne d'un congrès du PS, où les positionnements tactiques priment sur le fond. A tous, François Hollande explique que la " division de la gauche " est à l'origine de son retrait. " Pas les sondages. " " Ils se sont foutus de moi, mais ils vont découvrir qu'en politique, il faut faire la synthèse ", a-t-il confié à un ministre. Selon les jours, le président balance entre l'euphorie et les regrets, constatant les failles de François Fillon et la faiblesse des participants à la primaire. Il avait peut-être un coup à jouer. En attendant, il se tient éloigné du débat à gauche, mais dégaine des piques contre le FN et le programme de réduction du nombre de fonctionnaires de la droite. Au palais, il prévient tout le monde : " Ne vous affichez pas avec un candidat, je n'ai pas fait tout ça pour ça ", insiste François Hollande, lors de la réunion hebdomadaire de tous les conseillers. Le président y assiste, exceptionnellement, ce jour de la mi-décembre. Beaucoup de participants pensent que le président vient leur donner enfin une explication sur sa renonciation. Quelle déception ! Non seulement, le chef de l'Etat ne dit rien mais, en plus, il prend des accents d'instituteur pour leur mettre la pression : " Il faut mieux préparer les déplacements. Je veux aussi de meilleurs discours. J'attends vos textes pour les cérémonies des voeux. Vous avez des devoirs de vacances. " Se tournant vers Jouyet : " Y aura-t-il des gens, ici, pendant les vacances ? " " Oui, oui, il y aura des permanences ", répond le secrétaire général. Hollande ne peut s'empêcher de faire un jeu de mots, dans un silence glacial : " Ce sera moi le permanent de la République, car je ne prendrai pas de vacances. " En cette fin de quinquennat, l'ambiance est devenue pesante. Le cabinet se vide, chacun cherchant à rebondir ailleurs, professionnellement et politiquement. Certains envisagent même de rejoindre l'ancien secrétaire général adjoint du palais Emmanuel Macron. Quant au président, il a effectivement passé les fêtes à Paris - sauf trois petits jours dans le Sud pour rendre visite à son père. Mais il en a profité pour se détendre, aussi, alternant les rencontres avec des sportifs, des artistes, des journalistes, dînant au restaurant jusqu'à minuit, refaisant le monde avec d'anciens leaders de la gauche plurielle. " On avait peur qu'il se renferme. Il s'est ouvert ", note un intime. Sa source de fierté, à l'aube de son départ, est de repasser le film de sa carrière. Devant ses conseillers, il relate, par exemple, sa première visite du château des Chirac, à Bity, alors qu'il n'était qu'un jeune opposant socialiste et que le chef de file du RPR était capable des pires coups comme des attentions les plus remarquables. Sillonnant la Corrèze, justement, le 7 décembre, François Hollande fait ses adieux en remerciant ses soutiens de toujours, dans ce département qu'il connaît " commune par commune, presque habitant par habitant ". L'après-mai s'annonce humainement compliqué. " Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre ", disait Pascal. Comment François Hollande, allergique aux vacances et aux dimanches, s'occupera-t-il ? Une chose est sûre : pas de conférences rémunérées à la sauce Sarkozy. Son entourage évoque, pêle-mêle, des activités possibles dans l'enseignement, l'international, la participation à une fondation ou à un think tank. Le socialiste l'a dit et répété, il ne siégera pas au Conseil constitutionnel en tant qu'ancien président. Un vieux compagnon de route pense savoir pourquoi : " Si Hollande veut avoir un espoir de revenir dans le débat public, il ne doit pas être contraint par l'obligation de réserve qui s'impose aux membres de cette institution. " Revenir ? Dans son for intérieur, le Corrézien se répète qu'il n'a pas été battu, mais empêché par ses camarades. Ce qui change tout, à ses yeux. Le temps du mea culpa attendra. PAR MARCELO WESFREID