Et là, sans prévenir, Michel Cymes a fait le coup du sourcil en circonflexe. Le gauche, celui qui fait marrer les téléspectateurs de France Télévisions depuis seize ans, et qui rappelle vaguement Jean Dujardin dans OSS 117. Ou plutôt un Michel Creton qui se prendrait pour Jean Dujardin dans OSS 117. Jusque-là, dans son bureau jouxtant les studios de 17 juin Média, à Issy-les-Moulineaux (sud-ouest de Paris), le docteur du paysage audiovisuel français (PAF) incarnait la synthèse parfaite de la cinquantaine médicale : le vélo dès 6 heures pour garder la forme, le beau pavillon en banlieue ouest, la passion des fourneaux et du club de football du Paris Saint-Germain (PSG), le rituel de la blouse et du spéculum, deux fois par semaine, dans un grand hôpital parisien qu'il demande de ne pas nommer (mais que tous ses fans connaissent) parce qu'il entend exercer son métier loin des caméras. Ses amis confirment une indifférence absolue aux paillettes. Ils pointent aussi un grand souci de réussite, un besoin pathologique de plaire et une tendance à l'esquive. D'où la mimique, signe d'étonnement : " Moi, je n'aime pas les conflits ? Mais si ! J'ai même accepté d'aller bientôt sur le plateau d'On n'est pas couché, où je suis sûr de me faire éreinter ! Et il m'arrive très souvent de dire non. Si je sens qu'un projet est susceptible d'éveiller un micron de doute sur ma crédibilité dans l'esprit de mes patients, je le refuse. "
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Et là, sans prévenir, Michel Cymes a fait le coup du sourcil en circonflexe. Le gauche, celui qui fait marrer les téléspectateurs de France Télévisions depuis seize ans, et qui rappelle vaguement Jean Dujardin dans OSS 117. Ou plutôt un Michel Creton qui se prendrait pour Jean Dujardin dans OSS 117. Jusque-là, dans son bureau jouxtant les studios de 17 juin Média, à Issy-les-Moulineaux (sud-ouest de Paris), le docteur du paysage audiovisuel français (PAF) incarnait la synthèse parfaite de la cinquantaine médicale : le vélo dès 6 heures pour garder la forme, le beau pavillon en banlieue ouest, la passion des fourneaux et du club de football du Paris Saint-Germain (PSG), le rituel de la blouse et du spéculum, deux fois par semaine, dans un grand hôpital parisien qu'il demande de ne pas nommer (mais que tous ses fans connaissent) parce qu'il entend exercer son métier loin des caméras. Ses amis confirment une indifférence absolue aux paillettes. Ils pointent aussi un grand souci de réussite, un besoin pathologique de plaire et une tendance à l'esquive. D'où la mimique, signe d'étonnement : " Moi, je n'aime pas les conflits ? Mais si ! J'ai même accepté d'aller bientôt sur le plateau d'On n'est pas couché, où je suis sûr de me faire éreinter ! Et il m'arrive très souvent de dire non. Si je sens qu'un projet est susceptible d'éveiller un micron de doute sur ma crédibilité dans l'esprit de mes patients, je le refuse. " Ce sourcil qui fait le yoyo, c'est un peu le trait d'union qui relie Michel Cymes à ses deux vies. Ici, Michel, fils aîné d'un couple d'anciens ouvriers de la confection d'origine juive polonaise. Premier de sa lignée à avoir obtenu le bac, Michel a soldé des jeans, tiré des pénos dans le salon familial, étudié joyeusement la médecine avant de fumer, à 30 ans passés, un premier pétard, dont il a mis deux jours à se remettre. A 56 ans, le spécialiste en ORL ne pratique plus la chirurgie, mais continue de percevoir 60 euros par vacation. " La médecine est mon seul et vrai métier. " Et puis, il y a l'autre Cymes, bateleur jamais à court de blagues grivoises ou d'astuces marketing pour diffuser son message pédagogique et ses produits. L'animateur refuse de poser en famille pour Gala. Il vient de renoncer à prendre les commandes d'une émission de divertissement pour l'une des chaînes du groupe Canal +. A part ça, il est partout : sur RTL, chaque matin, pour une chronique santé sponsorisée par la Mutuelle générale ; au cinéma, où on l'a vu endosser la blouse du Dr Ohana de La Vérité si je mens 3. Sur France 5, bien sûr, dans l'émission qui a fait de lui l'un des animateurs préférés du PAF (800 000 téléspectateurs en moyenne) et un héros récurrent du zapping : Le Magazine de la santé, suivi d'Allô docteurs. Soit une heure et demie de direct, où le doc traite des mycoses des orteils ou de l'ischémie transitoire avec un mélange de décontraction et de sérieux, dédramatisant la parole savante. Marina Carrère d'Encausse, sa complice d'antenne, est pliée de rire. La concurrence, sous terre : en 2012, C'est grave, Docteur ?, l'émission rivale de TMC, a rendu sa blouse après un petit mois d'existence. Même désert médical du côté de TF 1, où le show présenté par le romancier urgentiste Patrick Bauwen n'a pu dépasser le stade du pilote. Michel Cymes apparaît régulièrement dans les talk-shows qu'il jure ne pas vouloir présenter, comme Le Grand Journal. Depuis 2012 et le lancement du Club Santé Débat, une " boîte à outils " de la prévention créée avec son frère, Franck, le touche-à-tout se décline aussi en conférences médicales et même en application mobile. L'ensemble est gratuit, car en grande partie financé par un partenariat avec la troisième mutuelle de France, précise d'une seule voix le tandem, un brin crispé à l'idée que l'on ausculte son business. PME à lui tout seul, Michel Cymes empile les sociétés comme des Lego - quatre, dont la dernière-née, une plateforme de bien-être baptisée Betterise, sera lancée au printemps. Mais il se dit fâché avec les chiffres. Son frère, passé par les structures commerciales du PSG, de TF 1 et de France Télévisions Distribution, n'en livre que deux, à la gloire de l'aîné, bien sûr : 25 000 personnes ont déjà assisté aux shows du Dr Cymes à travers la France. 65 000 ont téléchargé ses conseils antitabac. Ce succès a un prix. Dans la rue, les femmes rougissent devant celui qui est un peu leur " Dr House " à elles. Les maris le prennent en photo. Des " Hep, docteur ! " fusent des tribunes du Parc des Princes entre deux chants de supporteurs. " Quand un passant me demande de lui raconter une blague, je me dis qu'il faut que je prenne garde à mon image... " reconnaît l'intéressé. Son ami et confrère, Jack Benzaken, se souvient d'un congrès où le doc ne pouvait avancer sans qu'une main ou une joue se tende. " Jacky ", le camarade de jeunesse, est un peu la vigie de Cymes, celui qui lui chauffe les tympans quand il délaisse un peu trop ceux de ses patients. La dernière fois, c'était après un passage chez Arthur. " Tu n'as rien à faire aux Enfants de la télé ! ", avait gourmandé Jacky au téléphone. " Tu as raison ", avait répondu Cymes, comme souvent. L'homme se surveille, pourtant. Il garde la cicatrice d'une convocation devant le Conseil de l'ordre, au début des années 1990, après la plainte d'une association de la presse médicale. Pour éviter tout conflit d'intérêts, celui qui était alors chroniqueur sur France Info a quitté son cabinet privé à Antony (sud-ouest de Paris) et cessé son pas de deux avec l'industrie pharmaceutique. Fini, les voyages à Washington aux frais de GlaxoSmithKline pour parler de migraine, les symposiums où il tendait le micro à des confrères moins drôles que lui. " J'ai pu faire preuve de naïveté il y a vingt ans. Je suis d'une extrême vigilance aujourd'hui ", admet-il. Mais sa voix grave porte et ne lui vaut pas que des amis parmi ses pairs. L'an dernier, sa campagne, pantalon baissé et index en l'air, en faveur du dépistage du cancer de la prostate, a suscité les foudres d'une partie de la blogosphère médicale. En cause : la proximité supposée du médecin avec le lobby des urologues. " Le problème n'est pas l'humour décalé de Michel Cymes, ni son indéniable talent médiatique, mais le message scientifique qu'il diffuse. Il a défendu les traitements hormonaux de la ménopause il y a vingt ans. Il encourage aujourd'hui, contre l'avis de la Haute Autorité de Santé, le dépistage systématique du cancer de la prostate, alors que la science a démontré que celui-ci était le plus souvent dangereux et inutile ", dénonce le Dr Dominique Dupagne, auteur du blog Atoute.org et meneur de la fronde. Le point est sensible pour Cymes, très chatouilleux quand il s'agit de son éthique professionnelle. " Je ne roule pour personne, sinon pour la santé publique. J'ai peut-être fait preuve de maladresse en utilisant le mot "cancer" dans le slogan de la campagne. Mais il s'agissait de prôner le libre choix du patient qui, en tant qu'adulte responsable, a le droit de savoir et de décider des suites à donner, avec son médecin traitant, à un éventuel dépistage positif. " On le sent agacé, mais non. Le temps d'une petite vanne sur la bande dessinée publiée ces jours-ci aux éditions Bamboo, où il se met en scène en paria de la télé (allô Jacky ?) et il redevient lui-même, facétieux et pressé. L'équipe du Magazine de la santé l'attend. Dans ses rêves, l'hyperactif s'accorde une pause pour réaliser son projet le plus ambitieux : un livre sur les expérimentations médicales menées dans les camps d'extermination. Il y a deux ans, l'enfant de la rue Myrha, à Paris, a fait l'aller-retour, seul, en Pologne, sur les traces de ses grands-pères, morts en déportation. Paris-Cracovie, puis le bus jusqu'à Auschwitz, pour le plus long dimanche de sa vie. Il en est revenu avec la date précise du décès de Chaïm, le père de son père, et, plus que jamais, l'envie d'écrire. L'éditeur Stock s'est engagé. Ne reste plus qu'à trouver un peu de place dans un agenda couvert de gris : il y a les tournages, les conférences, un projet de fiction avec Bruno Solo, la promo de son nouveau prime time, sur France 2, Aventures de médecine : au coeur de l'homme. Sans compter cette croisière de Belle-Ile à Copenhague, offerte par un magazine de déco et un armateur de luxe. Huit jours en mai pour causer de bien-être devant une assemblée d'avance conquise. Comment aurait-il pu résister ? Par Géraldine Catalano" J'ai pu faire preuve de naïveté il y a vingt ans. Je suis d'une extrême vigilance aujourd'hui "