Bart De Wever conquis par les vertus du scrutin majoritaire: étonnant?
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Bart De Wever conquis par les vertus du scrutin majoritaire: étonnant? Un peu, venant de la part du président d'un parti, la N-VA, qui n'aurait jamais vu le jour dans un système électoral basé sur le scrutin majoritaire... Je ne suis d'ailleurs pas sûr que sa proposition, certes opportuniste, jouerait aujourd'hui en sa faveur. En Flandre, ce n'est plus la N-VA mais le Vlaams Belang qui est capable de convaincre 15 000 personnes de faire route jusque Bruxelles, un dimanche matin par temps de pluie, pour former une caravane de 4 500 à 5 000 véhicules. Je trouve d'ailleurs que l'on a eu un peu trop tendance à minimiser l'importance et le succès d'une telle mobilisation. L'idée de Bart De Wever est sans doute lancée trop tard et risquerait bien de rater son but. On peut parfaitement imaginer que le Vlaams Belang récolte le fruit d'un scrutin majoritaire. Ce qui signifierait ipso facto la fin du cordon sanitaire en rendant le Vlaams Belang incontournable pour les francophones? Je l'ai déjà dit aux francophones: vous avez diabolisé Yves Leterme (NDLR: père de l'ex-cartel CD&V - N-VA et Premier ministre entre 2008 et 2011 ), vous avez diabolisé Bart De Wever, vous devrez un jour négocier avec Tom Van Grieken (NDLR: président du Vlaams Belang). Le scrutin majoritaire ne ferait que renforcer cette réalité à terme inévitable. Quelle mouche a donc piqué Bart De Wever? Une réaction de mauvais perdant? On peut y voir de la frustration après la conclusion de l'accord gouvernemental de la Vivaldi et le rejet de la N-VA dans l'opposition au niveau fédéral. Le but est peut-être aussi de chercher à séduire certains électeurs. Je pense pourtant que beaucoup restent attachés au scrutin proportionnel, même si la nécessité de conclure des compromis entre de nombreux partis peut être source de mécontentement. On peut de toute façon oublier l'idée de Bart De Wever puisque l'introduction du scrutin majoritaire nécessiterait une révision de la Constitution et supposerait une sorte de suicide collectif des autres partis politiques. Quelle formation acceptera de s'autodétruire? Un système winner takes all n'aurait-il pas le mérite de clarifier le paysage politique: le premier parti vainqueur rafle toute la mise et obtient le pouvoir, point à la ligne. C'est ce que Bart De Wever veut faire croire. Le scrutin majoritaire a l'avantage d'offrir à la majorité gouvernementale la possibilité de réaliser ses promesses électorales. Sauf que l'introduire en Belgique ne changerait strictement rien. Il ne fera que déboucher sur l'émergence de deux grands blocs politiques, l'un au nord et l'autre au sud du pays. Il ne livrera pas un mais deux vainqueurs qui seront de toute façon forcés de négocier un grand compromis à la belge à partir d'ambitions et de programmes totalement contradictoires. L'efficacité que l'on prête au scrutin majoritaire ne se vérifierait donc pas chez nous? Ce que propose Bart De Wever ne permettrait en rien d'éviter la longueur des négociations et la difficulté croissante à former un gouvernement fédéral. La logique de confrontation entre deux frères ennemis exigera un compromis. A moins de parier sur le blocage comme preuve que ce pays est ingouvernable et que retirer la prise s'impose. CQFD... Ce ne sera même pas le cas. Le blocage politique est devenu très relatif voire quasi inexistant en Belgique, on vient encore de le voir avec cette dernière crise déclenchée au fédéral en décembre 2018. Elle n'a pas empêché un gouvernement minoritaire de poursuivre la gestion de l'Etat fédéral ni les gouvernements régionaux de fonctionner pleinement. Le moteur crachote ou toussote mais il tourne toujours.