Cinquante mille personnes ont visité l'exposition Un voyage pas comme les autres lors de sa première édition, à Bruxelles, en 1996. Puis des milliers d'autres l'ont découverte au grand-duché de Luxembourg, en France, en Allemagne et en Italie. Aujourd'hui, après six ans de périple à travers l'Europe, elle est de retour en Belgique. Plus qu'une simple exposition, voilà un immense jeu de rôle auquel participe réellement le visiteur. Dès son arrivée, il reçoit une nouvelle "identité": il devient un homme ou une femme en danger qui doit quitter son pays à tout prix. But de la partie: sauver sa peau, mais, surtout, imaginer concrètement ce que vivent les réfugiés qui arrivent chez nous.
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Cinquante mille personnes ont visité l'exposition Un voyage pas comme les autres lors de sa première édition, à Bruxelles, en 1996. Puis des milliers d'autres l'ont découverte au grand-duché de Luxembourg, en France, en Allemagne et en Italie. Aujourd'hui, après six ans de périple à travers l'Europe, elle est de retour en Belgique. Plus qu'une simple exposition, voilà un immense jeu de rôle auquel participe réellement le visiteur. Dès son arrivée, il reçoit une nouvelle "identité": il devient un homme ou une femme en danger qui doit quitter son pays à tout prix. But de la partie: sauver sa peau, mais, surtout, imaginer concrètement ce que vivent les réfugiés qui arrivent chez nous. "Lorsque je pénètre dans la première salle de l'exposition, on me donne un nom: je deviens Sacha Andropov, 25 ans, Russe et persécutée par des mafieux. Je dispose de quelques minutes pour m'imprégner de mon personnage et découvrir la situation politique et économique de la Russie, mon pays d'origine et puis... c'est parti! Dans le vieil appartement sordide de ma tante, à Saint-Pétersbourg, je découvre une lettre dans laquelle elle m'envoie chez un passeur. Avant même de pouvoir le rencontrer, je suis arrêtée et jetée en prison. "Ne me regarde pas", aboie le policier qui m'enferme... Lorsque je suis enfin dans le camion qui doit me conduire en Belgique, je dois encore me cacher pour échapper aux contrôles. En dessous des sacs, il fait très chaud. Le voyage est long. A l'Office des étrangers, à Bruxelles, on me demande des comptes. Qui suis-je? Pourquoi suis-je là? Est-ce que je dis la vérité?""Généralement, c'est en protégeant son personnage que le visiteur entre vraiment dans la peau de l'exilé. Il doit répondre à des tas de questions et s'expliquer tout au long de son parcours. Alors, il ne se laisse pas faire, argumente, se défend... A ce moment-là, il est pris au jeu", raconte Silvia Peritore, une des actrices participant à l'exposition. Au total, 16 personnages sont interpretés par des comédiens: passeur, directeur de centre fermé ou encore habitant de bidonville. Ces artistes ont été recrutés par le Ciré - Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers - auprès de CPAS. En participant à ce projet, ils récupèrent leur droit au chômage et peuvent ainsi remettre un pied dans la vie active. Certains d'entre eux ont connu l'exil, ce qui leur permet de rendre l'interprétation de leur personnage encore plus réaliste et plus troublante pour le visiteur. Transporté par la dynamique de l'exposition, bousculé par les acteurs, il peut réellement se mettre à la place du réfugié et comprendre une tranche de sa vie. "Notre démarche est intellectuelle, mais aussi, et surtout, émotionnelle, explique Yves Caelen, le nouveau président du Ciré. On peut comprendre la problematique des exilés. Mais la vivre, c'est encore autre chose..."Les comédiens ne se sont pas contentés d'apprendre leur rôle. Ils se sont également occupés de rafraîchir les décors qui avaient souffert de leurs nombreux déplacements. Aussi, depuis 1996, l'exposition a beaucoup changé: nouveaux décors, nouveaux acteurs et, surtout, nouveaux personnages. Les scénarios stricts et statiques de la première édition ont été remplacés par d'autres, plus souples, laissant une plus grande place à l'improvisation. De plus, le choix des personnages a été adapté à l'actualité. Ainsi, les neuf nationalités endossables par le visiteur sont celles de pays en crise actuellement: l'Equateur, la Chine, l'Afghanistan... Un Afghan s'imposait puisque, sur les 12 millions de réfugiés que comptait le monde en 2000, le Haut Commissariat aux réfugiés des Nations unies dénombrait 3 580 000 Afghans. Sacha la Russe, Karim l'Algérien et Désiré le Congolais ont, eux, été créés pour coller à la réalité belge. En effet, aujourd'hui, en Belgique, la majorité des demandeurs d'asile sont Russes (sur les 24 549 demandes d'asile recensées en 2001, 2 424 ont été introduites par des Russes), Algériens (1 709) ou Congolais (1 371).Le souci du réalisme a aussi conduit les organisateurs et les acteurs de l'exposition à enquêter sur le terrain, en visitant le Petit-Château, par exemple. "Nous voulions à tout prix éviter de présenter une vision manichéenne de la question de l'asile où le réfugié serait la victime et l'employé de l'Office des étrangers le méchant", confie Yves Caelen. Tout a donc été mis en oevre pour vous permettre de vivre un voyage plus vrai que nature. Mais en gardant à l'esprit que, si votre exil dure seulement une heure, celui des réfugiés, lui, peut durer des années.Un voyage pas comme les autres, Bruxelles, ancien hôpital d'Ixelles, jusqu'au 31 mai 2002. Tél.: 02-629 77 32