De notre envoyé spécial
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De notre envoyé spécial Président " mal élu ", Joseph Kabila misait sur le sommet de Kinshasa pour retrouver une légitimité sur la scène internationale et obtenir le soutien de ses pairs africains et occidentaux face à Kigali. " Pari gagné ", " Défi relevé "... titraient, au lendemain du XIVe Sommet de la francophonie, les journaux kinois inféodés à des proches du régime. Certes, le président congolais a pu montrer une autre image du Congo : artères du centre-ville asphaltées, façades et bordures de routes repeintes, trottoirs sans cesse balayés, Palais du peuple rénové... L'organisation de la rencontre, sans être impeccable, n'a pas sombré dans le chaos. Quelques couacs, tout de même : la soirée de gala au Théâtre de verdure annulée au dernier moment, les grands hôtels mécontents de la gestion des réquisitions de chambres destinées aux délégations, la conférence des chefs d'Etat et de gouvernement retardée de plus d'une heure et demie. La grande fête annoncée n'a toutefois touché que quelques Kinois privilégiés. " Ni en ville, ni en cité, la population n'a pu participer aux réjouissances ", constate un coopérant belge. Le Village de la francophonie - une centaine de stands institutionnels, commerciaux et culturels aménagés au pied du stade des Martyrs - a attiré des visiteurs étrangers et des Congolais, mais les files d'attente pour accéder au site, les contrôles de sécurité et la fermeture de plusieurs axes de circulation ont découragé la grande foule. " L'omniprésence des militaires et la tension palpable lors du passage de cortèges officiels ont rappelé l'ambiance pesante des dernières élections ", estime un expatrié belge. Le déploiement de " robocops ", les policiers anti-émeutes, a en tout cas neutralisé toute tentative de sortie des manifestants de l'opposition tshisekediste. Le sommet lui-même, dans ses résolutions, est un demi-succès pour Kabila. Le président congolais a réussi à pointer du doigt et à isoler le Rwanda au sujet du conflit à l'Est. Des sanctions internationales ciblées sont recommandées contre les responsables d'exactions commises dans la région. Toutefois, il aura surtout été question, à Kinshasa, du déficit de démocratie au Congo. François Hollande n'a pas mentionné son hôte dans son discours et son contact avec Kabila a été glacial. Mais le président français avait largement déminé le terrain trois jours avant le sommet, en envoyant sa " petite bombe " sur la situation des droits de l'homme en RDC. L'essentiel de son plaidoyer en faveur des démocrates africains a été dit au Sénégal, bon élève de l'alternance politique, où Hollande a fait escale sur la route du Congo. " Notre président est très fort pour vendre de l'utopie, glisse une source diplomatique à l'ambassade de France à Kinshasa. Cela ne résout pas les problèmes du moment, mais on en a besoin. " Reste que Kabila est toujours appuyé par l'Europe - Grande-Bretagne en tête -, les Etats-Unis et la Chine. Et que les pays occidentaux défenseurs de la démocratie en RDC feraient peut-être bien de se préoccuper de l'état comateux dans lequel est désormais plongée l'opposition congolaise. Olivier RogeauQui aidera l'opposition congolaise à se reconstruire ?