Elever le vélo au rang de transport en commun, au même titre que le tram et le bus ? L'idée avait de quoi séduire les métropoles encombrées par les embouteillages. La Rochelle s'est lancée la première, en 1974. Prise de conscience écologique aidant, de plus en plus de villes ont suivi. Dont Bruxelles. En septembre 2006, les habitants de la capitale découvraient les vélos en libre service de Cyclocity pour entrer, à leur tour, dans la fièvre du bike-sharing.
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Elever le vélo au rang de transport en commun, au même titre que le tram et le bus ? L'idée avait de quoi séduire les métropoles encombrées par les embouteillages. La Rochelle s'est lancée la première, en 1974. Prise de conscience écologique aidant, de plus en plus de villes ont suivi. Dont Bruxelles. En septembre 2006, les habitants de la capitale découvraient les vélos en libre service de Cyclocity pour entrer, à leur tour, dans la fièvre du bike-sharing. Après un an de fonctionnement, une conclusion s'imposait : la mayonnaise n'avait pas pris. Alors qu'à son premier anniversaire la bicyclette parisienne atteignait les 70 000 locations quotidiennes, sa cousine bruxelloise, pourtant élaborée par la même société, JC Decaux, comptabilisait un total de 20 000 locations... par an ! Raison majeure de cet échec, avancée par Jean-Sébastien Decaux : l'étroitesse du territoire couvert. " Les 23 stations sont concentrées dans le Pentagone, remarque-t-il. C'est comme si le réseau de la Stib ne fonctionnait qu'à l'intérieur de la petite ceinture... " Chez Provélo, une association qui promeut l'usage de la bicyclette depuis 1992, Jean-Luc Legrand partage cette analyse. " Le système fonctionne très bien à Paris, parce qu'on peut se rendre en toute quiétude dans n'importe quel coin de la ville et être certain d'y trouver une station Vélib'. A Bruxelles, l'utilisateur qui sort du Pentagone se retrouve coincé avec son vélo. " De plus, la première demi-heure est gratuite à Paris, mais payante à Bruxelles (50 centimes). Voilà pourquoi ce sont les touristes qui, en grande majorité, se partagent nos petites reines. Si un réseau restreint semblait voué à l'échec, pourquoi l'avoir lancé ? A Bruxelles, capitale du surréalisme, c'est la Ville qui a demandé à JC Decaux d'organiser un système de vélos partagés sur son territoire, sans se soucier du cas des 18 autres communes de la Région. Si la Ville a fait cavalier seul, c'est parce que la Région ne se décidait pas à embrayer, clament les uns. Mais d'autres soufflent que le projet représentait un beau coup de pub avant les élections communales d'octobre 2006 ! Résultat : la promotion du vélo s'est transformée en contre-publicité. Au cabinet de Pascal Smet, on garde pourtant l'espoir. Le ministre bruxellois en charge de la mobilité a fait de l'extension du réseau de vélos son cheval de bataille, notamment dans la perspective de Vélo-city, la conférence internationale de politique cycliste. Cette dernière se tiendra... à Bruxelles, en mai 2009. A cette date, Pascal Smet veut voir 2 500 vélos disponibles sur l'ensemble de la Région, gratuitement pour la première tranche horaire. Dans un deuxième temps, on passera à 5 000 engins. La récente attribution du marché à JC Decaux a été contestée, mais cela ne devrait pas perturber l'installation de la première phase du plan. " Avec un réseau élargi, il n'y a pas de raisons que ça ne fonctionne pas à Bruxelles ", soutient le ministre. Dans la capitale, 1 voiture sur 4 est utilisée pour parcourir moins de 1 kilomètre. Et 3 sur 5 roulent moins de 5 kilomètres par trajet, c'est-à-dire la distance sur laquelle le vélo est réputé faire un malheur. E.S.