On la sentait venir, on n'osait encore trop se prononcer sur sa magnitude. Mais la tempête financière et économique frappe de plein fouet toutes les finances publiques du pays. Le plus effrayant, c'est qu'en déjouant continuellement tous les pronostics cette tornade balaie toutes les constructions budgétaires et les réduit à des exercices aléatoires. Du niveau fédéral aux entités fédérées, en passant par la sécurité sociale, tous les compteurs s'affolent. " Certaines institutions n'ont plus estimé utile ni possible de faire encore des prévisions. Nousn' avons d'autre choix que de modifier sans cesse nos chiffres. " Lâché au détour d'une énième interpellation parlementaire sur l'état de santé fin...

On la sentait venir, on n'osait encore trop se prononcer sur sa magnitude. Mais la tempête financière et économique frappe de plein fouet toutes les finances publiques du pays. Le plus effrayant, c'est qu'en déjouant continuellement tous les pronostics cette tornade balaie toutes les constructions budgétaires et les réduit à des exercices aléatoires. Du niveau fédéral aux entités fédérées, en passant par la sécurité sociale, tous les compteurs s'affolent. " Certaines institutions n'ont plus estimé utile ni possible de faire encore des prévisions. Nousn' avons d'autre choix que de modifier sans cesse nos chiffres. " Lâché au détour d'une énième interpellation parlementaire sur l'état de santé financière de l'Etat fédéral, l'aveu d'impuissance du secrétaire d'Etat au Budget, Melchior Wathelet (CDH), en dit long sur le côté incontrôlable de la situation. Les prévisions de croissance économique sont revues à la baisse à des cadences infernales. Moins 1,7 %, tablait il y a peu le Bureau du Plan. Moins 1,9 %, a rétorqué la Commission européenne. Dix jours avant ce verdict, la Banque nationale osait encore parier sur une croissance négative de 0,6 %. Comment maintenir raisonnablement un cap budgétaire, au milieu d'une telle volatilité ? > Budget fédéral aux abois. Son déficit pour 2009 n'est plus minimisé. La Commission européenne l'estime à 3 % du PIB. Soit une ardoise de plus de 10 milliards d'euros. Fini d'évoquer un plongeon très temporaire, et de miser sur un retour à l'équilibre budgétaire dès 2011. Fouetté par les mesures prises pour endiguer la crise financière, le taux d'endettement public est repassé de 81 à 87 % du PIB. De mauvais augure. > Sécu dans le rouge. Réceptacle des déboires et des besoins sociaux, la sécurité sociale accuse un déficit de 1,765 milliard d'euros. Faillites, pertes d'emplois et chute de la consommation plombent les rentrées en cotisations et en TVA de plus de 1,3 milliard d'euros. Alors que le chômage en hausse dope les dépenses de 500 millions. Tout le monde frappe à la porte de la Sécu pour obtenir de l'aide. Le patronat en tête, qui réclame l'extension d'urgence du chômage économique aux employés. Au risque de faire sauter la banque : les mesures déjà prises pour amortir la casse sociale font exploser le budget, passé de 434 millions à 811 millions d'euros. > Budgets wallon et francophone en péril. Michel Daerden (PS), grand argentier de la Région wallonne et de la Communauté française, en finirait par perdre le sourire. C'est dire la gravité de la situation. L'exercice budgétaire 2008, excédentaire, n'est déjà plus qu'un souvenir. Le revers de fortune contraint " papa " à dénicher de 100 à 150 millions d'euros. Pour l'instantà. > Budget flamand aux aguets. Désendettée, la Flandre affichait une insolente santé budgétaire. Mais le SERV (conseil économique et social flamand) vient de doucher les enthousiasmes : en s'invitant dans l'épure budgétaire 2009, la crise pourrait transformer l'excédent prévu de 268 millions d'euros en un déficit de 705 millions. Voire de plus de 1 milliard en 2010. Le gouvernement flamand refuse de paniquer, convaincu d' avoir les reins financiers assez solides. Il ne désespère même pas encore de maintenir un budget 2009 en équilibre. Méthode Coué ? On ne prête qu' aux riches. Impitoyables, les marchés sanctionnent la Belgique pour la dégradation de sa santé financière : lever des emprunts coûte déjà au budget de l'Etat sensiblement plus cher que si c'était l'Allemagne. Infernale spirale. Pierre Havaux