Le regard est sans colère mais son intensité ne laisse aucun doute quant à la détermination de l'intéressé. La silhouette dégage une force tranquille. La mise, elle, s'affiche sobre : casquette de baseball noire et blazer. Rien dans l'apparence de Titus Kaphar (1976, Kalamazoo, Michigan), l'un des plasticiens les plus pertinents de sa génération, ne cultive le mythe de l'artiste. Détendu et affable, l'homme profite actuellement à Knokke d'une survey (une " vue d'ensemble "), mise sur pied par l'antenne littorale de la galerie Maruani Mercier, pour mettre des mots sur un corpus d'oeuvres auquel la vieille Europe n'avait consacré jusqu'ici que des expositions collectives (1). Cette perspective risque fort de changer au vu d'un talent qui sidère, abordant avec pudeur et justesse ce " corps noir " au coeur de la réalité socio-politique étasunienne, problématique cruciale dont les enjeux ont été si bien cernés par l'écrivain et journaliste Ta-Nehisi Coates (2). Exposé au même moment dans un ancien entrepôt de Zaventem, son Vesper Project est une installation immersive qui restitue une demeure du xixe siècle dont l'intérieur s'apparente à l'espace mental d'un personnage fictif en proie à des questions identitaires (3).
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