Six mois au 16, rue de la Loi, et la coupe est déjà pleine. " Marre des défaitistes ! ", des esprits chagrins qui font profession de ne broyer que du noir. Ras-le-bol, à la fin. Non, tout ne va pas mal dans ce pays. Oui, ce gouvernement fédéral bosse dur et fait du bon boulot. Qu'on se le dise. Rien de tel qu'une petite colère admirablement maîtrisée, qu'on laisse éclater au moment choisi, pour mettre les points sur les i. Elio Di Rupo (PS) n'a écouté que son devoir de Premier ministre en s'emportant ainsi, au nom de son équipe Papillon en selle depuis le 6 décembre 2011.
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Six mois au 16, rue de la Loi, et la coupe est déjà pleine. " Marre des défaitistes ! ", des esprits chagrins qui font profession de ne broyer que du noir. Ras-le-bol, à la fin. Non, tout ne va pas mal dans ce pays. Oui, ce gouvernement fédéral bosse dur et fait du bon boulot. Qu'on se le dise. Rien de tel qu'une petite colère admirablement maîtrisée, qu'on laisse éclater au moment choisi, pour mettre les points sur les i. Elio Di Rupo (PS) n'a écouté que son devoir de Premier ministre en s'emportant ainsi, au nom de son équipe Papillon en selle depuis le 6 décembre 2011. Le voilà donc, le grand message à faire entrer dans les crânes : tout peut devenir meilleur en ce bas monde. A condition de se remuer, et surtout de le prendre positivement. Avec le sourire. Le discours officiel est rodé pour le faire croire. Les mots ne sont pas choisis au hasard pour convaincre. Jean Faniel, politologue au Crisp, l'a décodé pour le compte du magazine d'écologie Imagine (1). Di Rupo Ier sait tenir un langage censé faire du bien, là où en réalité cela va faire mal. Et donc : Ne dites plus " prépension " mais " chômage avec complément de l'entreprise ". C'est assumé en toutes lettres dans la déclaration de Di Rupo Ier. Et selon Jean Faniel, le poids de ces mots a valeur d'avertissement : " Les travailleurs âgés licenciés ne peuvent plus se considérer comme quasiment arrivés au terme de leur carrière, mais doivent se mettre dans la peau de chômeurs. " Le contrôle de leur disponibilité sur le marché de l'emploi jusqu'à 55 ans, bientôt 58 ans, devrait leur ôter tout doute à ce sujet. Ne dites plus " stage d'attente " mais " stage d'insertion professionnelle ". Il était temps de gommer la fâcheuse impression de passivité à la sortie des études. La vraie recherche d'un job se vérifiera à l'épreuve des contrôles qui conditionneront l'octroi, limité dans le temps, d' " allocations d'attente ", pardon, d' " allocations d'insertion professionnelle ". A bon entendeur : l'indemnité chômage devra se mériter pour les jeunes. Ne dites plus " administrations " mais " services publics orientés clients ". On dépoussière chez les fonctionnaires. Changement de programme : dixit l'accord de gouvernement, l'heure est à la " gestion moderne [sic] des ressources humaines " par des " managers publics " priés de viser " l'excellence ". Et à des " entreprises publiques orientées vers la satisfaction du client ". Où qu'il soit, l'agent de l'Etat est prié de respecter et d'appliquer scrupuleusement la loi : celle du marché. " Activation ", c'est donc le maître mot du prêche gouvernemental. Di Rupo Ier n'a pas tout inventé : ses prédécesseurs ont bien labouré le terrain, depuis la fin des années 1990 et l'arrivée des gouvernements Verhofstadt. Il en est même sorti l'" Etat social actif ", qui a reconverti les méchants " contrôleurs " de l'Onem en d'aimables " facilitateurs ". Facilitateurs d'exclusion de chômeurs, grinceront une fois encore ces " défaitistes " vilipendés par Di Rupo. Il faut dire que l'homme fort du PS ne doit guère se forcer pour intégrer un vocabulaire plus trendy. Lui-même a démontré un savoir-faire en la matière. Ainsi lorsque, ministre des Entreprises publiques dans les années 1990, il baptisait la privatisation de Belgacom du doux nom de " consolidation stratégique ". Tout cela est un peu court, estime Jean Faniel. Ces mots sont aussi pris pour masquer des maux. L'activation décrétée des chômeurs, jeunes ou vieux, cache mal des réalités moins reluisantes à dire : la répartition de plus en plus inégalitaire des richesses pour faire face au vieillissement démographique ; un manque chronique d'emplois décents à offrir aux jeunes et aux plus âgés. Le nouveau rôle assigné aux services publics fait aussi un peu vite oublier leur vocation première : assurer au plus grand nombre l'accès à des services collectifs financés par l'impôt. Place au langage de centre-droit ? " Je dirais plutôt un langage qui s'est imposé à tous les échelons, à commencer par le niveau international. Et que les partis sociaux-démocrates, socialistes ou écologistes ont aussi absorbé ", nuance Jean Faniel. Georges Orwell et son 1984 ne sont pas loin : une " novlangue ", mise au service du pouvoir pour anesthésier toute contestation. A ce propos, ne dites plus " interlocuteurs sociaux " mais " partenaires sociaux ". Cela fait moins lutte des classes. Jean Faniel, " Activez... votre langage ! ", revue Imagine, mai-juin 2012.Pierre HavauxLes contrôleurs de l'Onem reconvertis en facilitateurs : présentée ainsi, la pilule doit mieux passer