L'investiture du nouveau président à peine close, les deux grands partis sur l'échiquier politique américain sont pressés de se remettre au travail. Le Parti républicain entame, à la suite du coup de force des partisans de Donald Trump le 6 janvier au Capitole, une délicate phase de repositionnement idéologique qui pourrait lui coûter son unité. Le Parti démocrate, de son côté, concentre une partie de son énergie à finaliser au Sénat la procédure de destitution du président sortant enclenchée le 13 janvier.
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L'investiture du nouveau président à peine close, les deux grands partis sur l'échiquier politique américain sont pressés de se remettre au travail. Le Parti républicain entame, à la suite du coup de force des partisans de Donald Trump le 6 janvier au Capitole, une délicate phase de repositionnement idéologique qui pourrait lui coûter son unité. Le Parti démocrate, de son côté, concentre une partie de son énergie à finaliser au Sénat la procédure de destitution du président sortant enclenchée le 13 janvier. Censé être plus que jamais le président de tous les Américains, Joe Biden tente de prendre, autant que faire se peut, ses distances à l'égard du Sénat. Le groupe démocrate à la chambre haute de l'appareil législatif fédéral va tenter de réunir la majorité qualifiée de 67 sénateurs nécessaire pour envoyer Donald Trump aux oubliettes politiques de l'histoire. En cas de destitution, il faudrait ensuite passer par une procédure de vote à la majorité simple pour empêcher l'ancien président de se représenter en 2024. Ce scénario, paradoxalement, ne ferait pas nécessairement les affaires de l'administration Biden, qui, depuis deux semaines, évite prudemment le chapitre de l' impeachment dans un souci de privilégier une position de neutralité pour ne pas s'aliéner encore davantage un électorat républicain radical qui lui est déjà particulièrement hostile. Après avoir mis à profit la période de deux mois séparant l'officialisation de sa victoire et son entrée en fonction pour mettre sur pied une équipe gouvernementale marquée par une diversité de genre et raciale sans précédent dans l'histoire américaine (lire page 48), Joe Biden a fait du combat contre la pandémie du coronavirus et du redressement d'une économie intérieure abîmée ses priorités. Se positionnant en président rassembleur et évitant dans un premier temps les sujets polémiques, comme des dispositions législatives faisant écho aux revendications de la communauté afro-américaine à la suite des événements de l'été dernier, il traitera en toute probabilité les dossiers symboliquement chauds plus tard dans son mandat. Avec la lutte contre la Covid-19, le rétablissement de l'économie est l'urgence absolue de la nouvelle présidence, alors que plus d'un million de personnes supplémentaires sont venues gonfler en une semaine les chiffres des demandeurs d'allocations de chômage. Annoncé le 14 janvier, l'America Rescue Plan, nouveau plan d'aide fédéral, prévoit l'injection par les autorités de 1 900 milliards de dollars dans l'économie nationale pour lutter contre la propagation du virus, vacciner cent millions de personnes durant les cent premiers jours de la présidence, soutenir les finances publiques des Etats fédérés, rouvrir les écoles, et proposer à la population éligible des chèques de soutien de 1 400 dollars, ainsi que des allocations de chômage revues à la hausse, entre autres pour les travailleurs indépendants. Selon ses soutiens, le président des Etats-Unis voit dans cette période trouble et cette deuxième vague de contaminations une opportunité de ranimer l'économie nationale en empruntant sur les marchés à taux bas, et de soigner sa popularité en vue des élections de mi-mandat de 2022 sur la base de cet agenda: soutenir l'économie, vaincre le virus, et rouvrir les écoles. Les autres impératifs de l'équipe gouvernementale de Joe Biden n'ont guère évolué et tournent autour de trois chantiers annexes: la confirmation, par le Sénat, des membres de son cabinet, la ré- intégration dans l'Accord de Paris sur le climat et la régularisation de onze millions de personnes entrées illégalement sur le territoire américain, dont les dreamers, ces enfants débarqués très jeunes et dont les permis de séjour n'ont été délivrés que sur une base temporaire. Cette dernière disposition continue de faire grincer les dents chez les républicains et devra certainement faire l'objet d'aménagements. Au plan international, le dossier iranien sera traité plus tard, la "bonne volonté" de Téhéran faisant encore l'objet de suspicions. Comme l'a annoncé le, 16 janvier, son chef de cabinet Ron Klain, les dix premières journées de la présidence de Joe Biden seront marquées par un florilège de décrets présidentiels, et ce dans tous les domaines précités, ou encore pour annuler l'interdiction d'entrée sur le territoire édictée par Donald Trump peu après son entrée en fonction à l'encontre des ressortissants de six pays à population à majorité musulmane. Les décrets présidentiels constituent une des rares armes pour un président en exercice de mettre en oeuvre son agenda électoral en se passant de l'accord de la branche législative. Leur légalité est toutefois régulièrement contestée par le parti dans l'opposition, comme ce fut d'ailleurs le cas des démocrates sous Donald Trump. Joe Biden, bien conscient de marcher sur des oeufs face à l'électorat républicain, a déjà prévenu que leur légalité serait irréprochable. Mais passés ces dix premiers jours, c'est une fois son équipe définitivement installée que le travail de fond commencera pour Joe Biden. Son plan d'aide de 1 900 milliards nécessitera l'accord du Congrès, et il y a fort à parier que le nouveau président devra faire preuve d'une bonne dose de diplomatie pour convaincre démocrates et républicains modérés que l'avenir du pays se trouve, comme lui d'ailleurs, au centre, le tout avec une subtile dose de paternalisme étatique censé bénéficier aux moins fortunés. Le pays est en effet plus inégalitaire que jamais. Depuis le début de la pandémie, la richesse des 1% les plus aisés y a crû quatre fois plus que celle des 50% les moins favorisés.