Contrairement à nombre de ses homologues, Kim Jong Un n'a pas à s'inquiéter d'élections, d'une limitation de ses mandats ni même, à 37 ans, de son âge, et pourrait rester en poste pendant plusieurs dizaines d'années, si sa santé le lui permet.

Le chemin parcouru lors des dix dernières années laisse entrevoir, selon les experts, la trajectoire à venir, entre isolement et développement de la technologie nucléaire, s'invitant sur la scène diplomatique auprès des dirigeants les plus puissants du monde. "Il ne peut pas nourrir les gens, mais il est capable de maintenir son régime politique en survie" avec ses armes, estime Soo Kim, analyste chez Rand Corporation. "Et c'est plus important pour Kim".

D'abord perçu comme l'homme à la main des généraux nord-coréens et des bureaucrates du Parti des travailleurs, le fils et successeur de Kim Jong Il, mort le 17 décembre 2011, a installé son autorité avec brutalité, faisant exécuter son oncle par alliance Jang Song Thaek pour trahison en 2013. Il a aussi été accusé d'avoir commandité l'assassinat de son demi-frère Kim Jong Nam, tué à l'aéroport de Kuala Lumpur à l'aide d'un agent neurotoxique en 2017.

Dans le même temps, M. Kim a procédé à quatre essais nucléaires et au lancement en 2017 de missiles balistiques pouvant atteindre l'ensemble du territoire continental des États-Unis, défiant au passage les sanctions de plus en plus sévères du Conseil de sécurité des Nations unies. Pendant des mois, il a déployé une rhétorique virulente à l'encontre du président américain Donald Trump, laissant craindre un conflit armé dans la péninsule coréenne.

Il a ensuite déclaré l'arsenal nucléaire nord-coréen "complet" et est venu frappé à la porte des autres puissances.

'Un alignement fortuit'

Avec l'aide du président pacifiste de Corée du Sud Moon Jae-in, M. Kim est devenu en 2018 le premier dirigeant nord-coréen à rencontrer un président américain en exercice lors du sommet de Singapour. Cette rencontre a été possible en grande partie du fait de l'arsenal nucléaire de Pyongyang, selon Soo Kim. "Le développement par la Corée du Nord de son programme d'armement, la crédibilité de la menace nucléaire et des missiles, ainsi que l'alignement fortuit des dirigeants - Trump, Moon et Kim - ont contribué à créer les conditions nécessaires", explique-t-elle.

En une seule rencontre, le jeune dirigeant a charmé l'Américain, ex-homme d'affaires de près de 40 ans son aîné. M. Trump a soudain loué "le lien spécial", parlant parfois d'"amour", avec celui qu'il surnommait auparavant "little rocket man" (petit homme-fusée). La même année, M. Kim a échangé avec M. Moon lors d'une promenade et a rencontré à plusieurs reprises le président chinois Xi Jinping, principal soutien de la Corée du Nord.

"L'effet était séduisant", a déclaré Sung-yoon Lee, professeur d'études coréennes à l'université Tufts. "Le dictateur cruel, à l'allure cocasse s'était transformé en un réformateur enclin à la paix, un intendant responsable d'armes nucléaires et de goulags, peut-être disposé à la dénucléarisation". L'esprit amical a fait long feu: le second sommet Trump-Kim, à Hanoï, a achoppé sur l'assouplissement des sanctions et sur ce que Pyongyang était prêt à céder en échange.

Une autre rencontre dans la zone démilitarisée qui sépare les deux Corées n'a pas permis de sortir de l'impasse.

'Adversaire commun'

Les diplomates et les experts estiment que Kim Jong Un n'a jamais eu l'intention d'abandonner entièrement l'arme nucléaire, pour lequel la Corée du Nord a consacré beaucoup d'argent et qui lui vaut en grande partie son isolement, et Pyongyang entendrait même continuer à développer cet arsenal.

Les liens entre Pyongyang et Pékin - forgés pendant la guerre de Corée, lorsque leurs forces ont paralysé la Corée du Sud et une coalition de l'ONU dirigée par les États-Unis - sont "une relation d'amour-haine entre deux frères ennemis", selon le professeur Lee de la Tufts University. "Aucun des deux n'adore l'autre, mais chacun reconnaît que l'autre est son allié le plus proche en termes de stratégie, d'idéologie, d'histoire, et pour apprivoiser les États-Unis, l'adversaire commun", ajoute-t-il.

'Succès considérable'

Il suffit au maître de Pyongyang de regarder de l'autre côté de sa frontière septentrionale pour constater que l'augmentation des richesses peut renforcer la popularité d'un Etat dirigé par un parti unique.

Mais, si la Corée du Nord a développé un large éventail d'armement, son économie dirigée est piètrement gérée depuis des décennies, même avant les sanctions, et sa population souffre de pénuries alimentaires chroniques.

A ces difficultés s'ajoutent la fermeture totale des frontières pour empêcher l'importation du coronavirus apparu pour la première fois en Chine.

"Sur le plan économique, la Corée du Nord est tout en bas de l'échelle de l'ordre international", a déclaré Park Won-gon, professeur d'études nord-coréennes à l'université Ewha Womans de Séoul. "Mais avec son arsenal nucléaire, elle est capable d'exercer son influence entre deux puissances mondiales, les États-Unis et la Chine", a-t-il ajouté. "Je qualifierais cela de succès considérable de la part de Pyongyang".

Contrairement à nombre de ses homologues, Kim Jong Un n'a pas à s'inquiéter d'élections, d'une limitation de ses mandats ni même, à 37 ans, de son âge, et pourrait rester en poste pendant plusieurs dizaines d'années, si sa santé le lui permet.Le chemin parcouru lors des dix dernières années laisse entrevoir, selon les experts, la trajectoire à venir, entre isolement et développement de la technologie nucléaire, s'invitant sur la scène diplomatique auprès des dirigeants les plus puissants du monde. "Il ne peut pas nourrir les gens, mais il est capable de maintenir son régime politique en survie" avec ses armes, estime Soo Kim, analyste chez Rand Corporation. "Et c'est plus important pour Kim".D'abord perçu comme l'homme à la main des généraux nord-coréens et des bureaucrates du Parti des travailleurs, le fils et successeur de Kim Jong Il, mort le 17 décembre 2011, a installé son autorité avec brutalité, faisant exécuter son oncle par alliance Jang Song Thaek pour trahison en 2013. Il a aussi été accusé d'avoir commandité l'assassinat de son demi-frère Kim Jong Nam, tué à l'aéroport de Kuala Lumpur à l'aide d'un agent neurotoxique en 2017.Dans le même temps, M. Kim a procédé à quatre essais nucléaires et au lancement en 2017 de missiles balistiques pouvant atteindre l'ensemble du territoire continental des États-Unis, défiant au passage les sanctions de plus en plus sévères du Conseil de sécurité des Nations unies. Pendant des mois, il a déployé une rhétorique virulente à l'encontre du président américain Donald Trump, laissant craindre un conflit armé dans la péninsule coréenne.Il a ensuite déclaré l'arsenal nucléaire nord-coréen "complet" et est venu frappé à la porte des autres puissances.Avec l'aide du président pacifiste de Corée du Sud Moon Jae-in, M. Kim est devenu en 2018 le premier dirigeant nord-coréen à rencontrer un président américain en exercice lors du sommet de Singapour. Cette rencontre a été possible en grande partie du fait de l'arsenal nucléaire de Pyongyang, selon Soo Kim. "Le développement par la Corée du Nord de son programme d'armement, la crédibilité de la menace nucléaire et des missiles, ainsi que l'alignement fortuit des dirigeants - Trump, Moon et Kim - ont contribué à créer les conditions nécessaires", explique-t-elle.En une seule rencontre, le jeune dirigeant a charmé l'Américain, ex-homme d'affaires de près de 40 ans son aîné. M. Trump a soudain loué "le lien spécial", parlant parfois d'"amour", avec celui qu'il surnommait auparavant "little rocket man" (petit homme-fusée). La même année, M. Kim a échangé avec M. Moon lors d'une promenade et a rencontré à plusieurs reprises le président chinois Xi Jinping, principal soutien de la Corée du Nord."L'effet était séduisant", a déclaré Sung-yoon Lee, professeur d'études coréennes à l'université Tufts. "Le dictateur cruel, à l'allure cocasse s'était transformé en un réformateur enclin à la paix, un intendant responsable d'armes nucléaires et de goulags, peut-être disposé à la dénucléarisation". L'esprit amical a fait long feu: le second sommet Trump-Kim, à Hanoï, a achoppé sur l'assouplissement des sanctions et sur ce que Pyongyang était prêt à céder en échange.Une autre rencontre dans la zone démilitarisée qui sépare les deux Corées n'a pas permis de sortir de l'impasse.Les diplomates et les experts estiment que Kim Jong Un n'a jamais eu l'intention d'abandonner entièrement l'arme nucléaire, pour lequel la Corée du Nord a consacré beaucoup d'argent et qui lui vaut en grande partie son isolement, et Pyongyang entendrait même continuer à développer cet arsenal.Les liens entre Pyongyang et Pékin - forgés pendant la guerre de Corée, lorsque leurs forces ont paralysé la Corée du Sud et une coalition de l'ONU dirigée par les États-Unis - sont "une relation d'amour-haine entre deux frères ennemis", selon le professeur Lee de la Tufts University. "Aucun des deux n'adore l'autre, mais chacun reconnaît que l'autre est son allié le plus proche en termes de stratégie, d'idéologie, d'histoire, et pour apprivoiser les États-Unis, l'adversaire commun", ajoute-t-il. Il suffit au maître de Pyongyang de regarder de l'autre côté de sa frontière septentrionale pour constater que l'augmentation des richesses peut renforcer la popularité d'un Etat dirigé par un parti unique.Mais, si la Corée du Nord a développé un large éventail d'armement, son économie dirigée est piètrement gérée depuis des décennies, même avant les sanctions, et sa population souffre de pénuries alimentaires chroniques.A ces difficultés s'ajoutent la fermeture totale des frontières pour empêcher l'importation du coronavirus apparu pour la première fois en Chine."Sur le plan économique, la Corée du Nord est tout en bas de l'échelle de l'ordre international", a déclaré Park Won-gon, professeur d'études nord-coréennes à l'université Ewha Womans de Séoul. "Mais avec son arsenal nucléaire, elle est capable d'exercer son influence entre deux puissances mondiales, les États-Unis et la Chine", a-t-il ajouté. "Je qualifierais cela de succès considérable de la part de Pyongyang".