D'autres oubliés

Rarement un président des Etats-Unis aura préparé l'entame de son mandat dans une environnement aussi délétère. Pourtant, l'élection de Joe Biden n'est pas une victoire au rabais. La forte participation aidant, le nombre de ses électeurs dépasse le record pour l'élection d'un président qu'avait engrangé Barak Obama en 2008. En dépit ou à cause de ce contexte, la victoire de Joe Biden procure un soulagement légitime aux démocrates, dans l'acception institutionnelle du terme, qui ont vu pendant quatre ans les Etats-Unis renier une partie de leurs valeurs, transiger avec les droits humains, mettre à mal des acquis sociaux atténuant les inégalités et l'Etat de droit. Les manoeuvres de ces derniers jours ont porté ce dévoiement à son paroxysme.

Pourtant, Donald Trump n'est pas surgi de nulle part en accédant à la fonction suprême en 2016. Il a incontestablement représenté une frange des Américains qui longtemps, n'a pas eu voix au chapitre face au mantra ressassé de la dérégulation économique et de la mondialisation heureuse. La faute du président sortant a été, une fois élu, de ne parler qu'à ses fans inconditionnels, de n'agir qu'en fonction de leurs attentes supposées, et de ne pas voir que l'Amérique recelait d'autres oubliés...

Ressurgie des quartiers défavorisés des métropoles, la colère des Afro-Américains après une énième bavure policière, dont la brutalité filmée a démultiplié l'impact, a démontré que le mouvement des droits civiques des années 1960 n'avait pas été au bout de son oeuvre, voire qu'il était aujourd'hui détricoté. Donald Trump a voulu réduire cette contestation à un complot de l'extrême gauche contre sa présidence alors qu'elle exprimait la crainte d'un abandon pas fondamentalement différent de celui ressenti par les Blancs des Etats ruraux et des banlieues résidentielles des villes moyennes. De part et d'autre du spectre politique, l'Amérique des oubliés...

Gigantesque chantier

Joe Biden devra relever le défi de réconcilier ces deux Amériques, ou, à tout le moins, d'apaiser les tensions qui les traversent. Le chantier est gigantesque.

Au sortir des primaires démocrates, peu d'observateurs auraient parié sur la victoire à la présidentielle de Joe Biden. La crise du coronavirus, ses conséquences sur l'économie, et sa gestion fantasque par le locataire de la Maison-Blanche ont incontestablement servi la candidature de l'ancien vice-président. Bénéficier d'un tel impondérable appelle à être humble dans la victoire. Il faut néanmoins porter au crédit de Joe Biden d'avoir uni les militants démocrates divisés entre le centre et la gauche, d'avoir mobilisé les minorités souvent peu motivées qui penchent traditionnellement pour son camp, enfin d'avoir développé une empathie sincère, fruit d'une vie marquée par les drames, qui est peut-être ce dont les Américains ont le plus besoin, même pour une période de transition, après les quatre années de bruits et de fureur qu'ils ont connues avec Trump. On ne peut que souhaiter qu'un cycle vertueux de l'écoute et du dialogue s'incruste à la Maison- Blanche au bénéfice du plus grand nombre d'Américains.

Rarement un président des Etats-Unis aura préparé l'entame de son mandat dans une environnement aussi délétère. Pourtant, l'élection de Joe Biden n'est pas une victoire au rabais. La forte participation aidant, le nombre de ses électeurs dépasse le record pour l'élection d'un président qu'avait engrangé Barak Obama en 2008. En dépit ou à cause de ce contexte, la victoire de Joe Biden procure un soulagement légitime aux démocrates, dans l'acception institutionnelle du terme, qui ont vu pendant quatre ans les Etats-Unis renier une partie de leurs valeurs, transiger avec les droits humains, mettre à mal des acquis sociaux atténuant les inégalités et l'Etat de droit. Les manoeuvres de ces derniers jours ont porté ce dévoiement à son paroxysme. Pourtant, Donald Trump n'est pas surgi de nulle part en accédant à la fonction suprême en 2016. Il a incontestablement représenté une frange des Américains qui longtemps, n'a pas eu voix au chapitre face au mantra ressassé de la dérégulation économique et de la mondialisation heureuse. La faute du président sortant a été, une fois élu, de ne parler qu'à ses fans inconditionnels, de n'agir qu'en fonction de leurs attentes supposées, et de ne pas voir que l'Amérique recelait d'autres oubliés...Ressurgie des quartiers défavorisés des métropoles, la colère des Afro-Américains après une énième bavure policière, dont la brutalité filmée a démultiplié l'impact, a démontré que le mouvement des droits civiques des années 1960 n'avait pas été au bout de son oeuvre, voire qu'il était aujourd'hui détricoté. Donald Trump a voulu réduire cette contestation à un complot de l'extrême gauche contre sa présidence alors qu'elle exprimait la crainte d'un abandon pas fondamentalement différent de celui ressenti par les Blancs des Etats ruraux et des banlieues résidentielles des villes moyennes. De part et d'autre du spectre politique, l'Amérique des oubliés... Joe Biden devra relever le défi de réconcilier ces deux Amériques, ou, à tout le moins, d'apaiser les tensions qui les traversent. Le chantier est gigantesque.Au sortir des primaires démocrates, peu d'observateurs auraient parié sur la victoire à la présidentielle de Joe Biden. La crise du coronavirus, ses conséquences sur l'économie, et sa gestion fantasque par le locataire de la Maison-Blanche ont incontestablement servi la candidature de l'ancien vice-président. Bénéficier d'un tel impondérable appelle à être humble dans la victoire. Il faut néanmoins porter au crédit de Joe Biden d'avoir uni les militants démocrates divisés entre le centre et la gauche, d'avoir mobilisé les minorités souvent peu motivées qui penchent traditionnellement pour son camp, enfin d'avoir développé une empathie sincère, fruit d'une vie marquée par les drames, qui est peut-être ce dont les Américains ont le plus besoin, même pour une période de transition, après les quatre années de bruits et de fureur qu'ils ont connues avec Trump. On ne peut que souhaiter qu'un cycle vertueux de l'écoute et du dialogue s'incruste à la Maison- Blanche au bénéfice du plus grand nombre d'Américains.