Sur internet, les publications et les forums où se rejoignent les extrémistes regorgent de déception et de dissensions depuis l'échec de l'insurrection du 6 janvier au Capitole à Washington, et depuis l'investiture de Joe Biden comme président des Etats-Unis.

Les adeptes de QAnon, un mouvement conspirationniste avec son oracle "Q", sont principalement en proie au désarroi, leurs prédictions millénaristes de chaos avec l'arrivée au pouvoir du démocrate ne s'étant pas --pour le moment-- réalisées.

Les groupes ultranationalistes, de suprémacistes blancs et autres néo-nazis, ont été poussés encore plus vers la clandestinité avec les arrestations de leurs membres ayant pris part à l'insurrection au Capitole.

Selon des experts sur les mouvements extrémistes et le terrorisme intérieur, la fin de la présidence Trump a représenté un revers pour ces groupes. Mais ils affirment également que ces derniers sont loin de disparaître, et sont d'une certaine manière encore plus enclins au passage à la violence.

Loin de disparaître, les groupes ultranationalistes, de suprémacistes blancs et autres néo-nazis sont d'une certaine manière encore plus enclins au passage à la violence

Les groupes les plus radicaux se tournent vers le vaste bassin de recrutement que représentent les adeptes déçus de QAnon, soutiennent également les experts.

"Les discours demeurent houleux (...). Les gens ne se font pas bien à l'idée de (la présidence) Biden", précise Michael Edison Hayden, du groupe de recherche sur l'extrémisme Southern Poverty Law Center.

Loin d'être épuisées, "l'énergie et la dynamique de l'extrême droite sont plus fortes qu'à n'importe quel moment de l'histoire récente", souligne aussi Colin P. Clarke de The Soufan Group, un groupe de recherche en sécurité et renseignement.

Pro Trump à l'assaut du Capitole, le 6 janvier 2021, Reuters
Pro Trump à l'assaut du Capitole, le 6 janvier 2021 © Reuters

Unis dans la colère

La fin de la présidence Trump et la mise au ban des extrémistes sur les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter n'ont fait qu'attiser les passions. Le bannissement des réseaux sociaux lui-même "est devenu un grief unificateur" pour les groupes disparates d'extrême droite, indique Michael Edison Hayden.

Beaucoup ont migré vers le peu de plateformes qui demeurent accueillantes, principalement Telegram, où quelques pages QAnon et du groupe ultranationaliste Proud Boys comptent des centaines de milliers d'abonnés.

"L'infrastructure existe toujours" pour que l'extrême droite s'organise, dit M. Hayden.

Le mouvement QAnon a commencé à émerger à la fin 2017 avec les publications cryptiques d'un énigmatique utilisateur nommé "Q" sur le site internet 8kun. Personne n'avait idée de l'identité de Q, mais ses publications ont mobilisé les partisans de Donald Trump derrière la notion persistante selon laquelle un complot se trame contre le président républicain, fomenté par les démocrates et un "Etat profond".

A la suite de la défaite du désormais ex-président, ils ont représenté une part importante de la dynamique du mouvement "Stop the Steal" affirmant que Joe Biden avait volé l'élection grâce à une fraude électorale d'envergure.

Beaucoup sont aujourd'hui furieux que Donald Trump ait décidé de ne pas défendre expressément les quelque 120 manifestants arrêtés et les centaines d'autres qui font l'objet d'une enquête pour l'attaque du 6 janvier sur le Capitole. Et l'extrême droite s'est désormais résolue à son départ et s'est rassemblée sans lui, indique Michael Edison Hayden.

"Coup dur"

Les adeptes de QAnon ont cependant reçu un second coup de massue.

Mercredi, Ron Watkins, dont le père contrôle le site 8kun, et que beaucoup identifient comme Q, ou du moins comme un initié sur l'identité de ce dernier, a annoncé qu'il quittait le mouvement et effacé l'intégralité des archives QAnon de 8kun.

"Nous avons tout donné. Maintenant nous devons garder la tête haute, et retourner à nos vies du mieux que nous pouvons", a-t-il déclaré sur Telegram.

"Ça a représenté un énorme coup dur pour le mouvement", souligne Karim Zidan, un enquêteur pour le projet de veille sur l'extrême droite Right Wing Watch. Mais pour M. Zidan, le mouvement a déjà prouvé qu'il pouvait survivre sans Q.

Le chercheur compare le niveau de colère à celui existant au début des années 1990, lorsque plusieurs actes de terrorisme intérieur ont été perpétrés par des extrémistes anti-gouvernementaux

Les "influenceurs" liés à QAnon, et leurs dizaines de milliers d'abonnés, ainsi que les personnalités publiques qui ont mené la campagne "Stop the Steal" de Donald Trump, sont en train d'inspirer le mouvement à continuer.

L'avocat Lin Wood, par exemple, a accumulé plus de 592.000 abonnés en seulement une semaine après avoir migré vers Telegram, indique Karim Zidan.

Le 19 avril 1995, à Oklahoma City, l'attentat perpetré par Timothy McVeigh fait 168 morts., P. BUCK ET B. DAEMMERICH/AFP
Le 19 avril 1995, à Oklahoma City, l'attentat perpetré par Timothy McVeigh fait 168 morts. © P. BUCK ET B. DAEMMERICH/AFP

Pour Colin P. Clarke, les groupes violents d'extrême droite n'ont besoin de recruter qu'une faible proportion d'adeptes de mouvements comme QAnon pour construire des réseaux capables de violence destructrice. Le chercheur compare le niveau de colère à celui existant au début des années 1990, lorsque plusieurs actes de terrorisme intérieur ont été perpétrés par des extrémistes anti-gouvernementaux, comme l'attentat à la bombe d'Oklahoma City qui avait fait 165 morts en 1995.

Sur internet, les publications et les forums où se rejoignent les extrémistes regorgent de déception et de dissensions depuis l'échec de l'insurrection du 6 janvier au Capitole à Washington, et depuis l'investiture de Joe Biden comme président des Etats-Unis.Les adeptes de QAnon, un mouvement conspirationniste avec son oracle "Q", sont principalement en proie au désarroi, leurs prédictions millénaristes de chaos avec l'arrivée au pouvoir du démocrate ne s'étant pas --pour le moment-- réalisées.Les groupes ultranationalistes, de suprémacistes blancs et autres néo-nazis, ont été poussés encore plus vers la clandestinité avec les arrestations de leurs membres ayant pris part à l'insurrection au Capitole.Selon des experts sur les mouvements extrémistes et le terrorisme intérieur, la fin de la présidence Trump a représenté un revers pour ces groupes. Mais ils affirment également que ces derniers sont loin de disparaître, et sont d'une certaine manière encore plus enclins au passage à la violence.Les groupes les plus radicaux se tournent vers le vaste bassin de recrutement que représentent les adeptes déçus de QAnon, soutiennent également les experts."Les discours demeurent houleux (...). Les gens ne se font pas bien à l'idée de (la présidence) Biden", précise Michael Edison Hayden, du groupe de recherche sur l'extrémisme Southern Poverty Law Center.Loin d'être épuisées, "l'énergie et la dynamique de l'extrême droite sont plus fortes qu'à n'importe quel moment de l'histoire récente", souligne aussi Colin P. Clarke de The Soufan Group, un groupe de recherche en sécurité et renseignement.La fin de la présidence Trump et la mise au ban des extrémistes sur les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter n'ont fait qu'attiser les passions. Le bannissement des réseaux sociaux lui-même "est devenu un grief unificateur" pour les groupes disparates d'extrême droite, indique Michael Edison Hayden. Beaucoup ont migré vers le peu de plateformes qui demeurent accueillantes, principalement Telegram, où quelques pages QAnon et du groupe ultranationaliste Proud Boys comptent des centaines de milliers d'abonnés."L'infrastructure existe toujours" pour que l'extrême droite s'organise, dit M. Hayden.Le mouvement QAnon a commencé à émerger à la fin 2017 avec les publications cryptiques d'un énigmatique utilisateur nommé "Q" sur le site internet 8kun. Personne n'avait idée de l'identité de Q, mais ses publications ont mobilisé les partisans de Donald Trump derrière la notion persistante selon laquelle un complot se trame contre le président républicain, fomenté par les démocrates et un "Etat profond".A la suite de la défaite du désormais ex-président, ils ont représenté une part importante de la dynamique du mouvement "Stop the Steal" affirmant que Joe Biden avait volé l'élection grâce à une fraude électorale d'envergure.Beaucoup sont aujourd'hui furieux que Donald Trump ait décidé de ne pas défendre expressément les quelque 120 manifestants arrêtés et les centaines d'autres qui font l'objet d'une enquête pour l'attaque du 6 janvier sur le Capitole. Et l'extrême droite s'est désormais résolue à son départ et s'est rassemblée sans lui, indique Michael Edison Hayden.Les adeptes de QAnon ont cependant reçu un second coup de massue.Mercredi, Ron Watkins, dont le père contrôle le site 8kun, et que beaucoup identifient comme Q, ou du moins comme un initié sur l'identité de ce dernier, a annoncé qu'il quittait le mouvement et effacé l'intégralité des archives QAnon de 8kun."Nous avons tout donné. Maintenant nous devons garder la tête haute, et retourner à nos vies du mieux que nous pouvons", a-t-il déclaré sur Telegram."Ça a représenté un énorme coup dur pour le mouvement", souligne Karim Zidan, un enquêteur pour le projet de veille sur l'extrême droite Right Wing Watch. Mais pour M. Zidan, le mouvement a déjà prouvé qu'il pouvait survivre sans Q.Les "influenceurs" liés à QAnon, et leurs dizaines de milliers d'abonnés, ainsi que les personnalités publiques qui ont mené la campagne "Stop the Steal" de Donald Trump, sont en train d'inspirer le mouvement à continuer.L'avocat Lin Wood, par exemple, a accumulé plus de 592.000 abonnés en seulement une semaine après avoir migré vers Telegram, indique Karim Zidan.Pour Colin P. Clarke, les groupes violents d'extrême droite n'ont besoin de recruter qu'une faible proportion d'adeptes de mouvements comme QAnon pour construire des réseaux capables de violence destructrice. Le chercheur compare le niveau de colère à celui existant au début des années 1990, lorsque plusieurs actes de terrorisme intérieur ont été perpétrés par des extrémistes anti-gouvernementaux, comme l'attentat à la bombe d'Oklahoma City qui avait fait 165 morts en 1995.