Les Etats-Unis sont contrôlés par des puissances occultes que seul Donald Trump pourra contrer... s'il est réélu: cette théorie du complot, propagée sur les réseaux sociaux par la mouvance "QAnon", rassemble de nombreux adeptes, se frayant un chemin jusque dans les couloirs de la Maison Blanche.

Twitter a annoncé mardi avoir supprimé plus de 7.000 comptes liés à "QAnon" et va limiter la circulation des contenus liés à ses théories conspirationnistes, considérées désormais par la plateforme comme un "effort coordonné pour nuire".

Né en 2017, le mouvement conspirationniste s'est répandu sur les réseaux sociaux grâce à une armée de "soldats numériques", selon le centre Soufan, un centre d'études sur la sécurté, dirigé par un ex-agent du FBI, Ali Soufan.

Il a aussi essaimé à l'étranger, en Europe et jusqu'en Australie.

QAnon désigne une nébuleuse pro-Trump, qui répand des théories du complot en ligne. Selon ses adeptes, les Etats-Unis sont dirigés depuis des décennies par "l'Etat profond", une organisation secrète rassemblant des hauts responsables des ministères, les Clinton, les Obama, les Rothschild, le puissant investisseur George Soros, des vedettes d'Hollywood et d'autres membres de l'élite mondiale.

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Ils sont impliqués dans des réseaux pédophiles internationaux et veulent créer un nouvel ordre mondial dans lequel les Etats auraient abandonné leur souveraineté au profit de cette élite.

Les premiers messages cryptiques sont apparus en octobre 2017, écrit par un mystérieux "Q", du nom d'une accréditation de haut niveau au ministère américain de l'Energie.

Selon ses partisans, Q est une taupe évoluant dans le cercle rapproché du président, qui a décidé de révéler des bribes de renseignements concernant cette machination mondiale sur des forums de discussion comme 4Chan. Les informations sont ensuite propagées sur les grands réseaux sociaux.

"Ce qu'il y a de spécial avec QAnon", dit Travis View, le chercheur de San Diego qui rend compte quotidiennement des développements avec son podcast QAnon Anonymous, "c'est que les théories s'accordent parfaitement avec les enquêtes officielles du gouvernement Trump et des ¬Républicains au Sénat. C'est un cercle vicieux dans lequel Trump et QAnon se confirment et se renforcent continuellement".

C'est pourquoi certains partisans pensent même que Trump est Q. D'autres voient dans Q un collectif de partisan de Trump. Certains pensent que ce n'est qu'un plaisantin qui voulait voir à quel point les gens sont crédules. Et les plus cyniques pensent que son identité a changé à plusieurs reprises et que Q est maintenant Jim Watkins, ¬propriétaire du forum 8kun, anciennement 8chan, qui gère le site où sont postés les messages et renfloue ainsi ses caisses.

- Haine et antisémitisme -

L'Anti-Defamation League (ADL), une organisation américaine de lutte contre l'extrémisme, a cité fin juin des vidéos de la mouvance "qui puise dans la haine et les rhétoriques antisémites".

Ce phénomène comporte des dangers bien réels, menant le FBI à considérer QAnon comme un risque de "menace terroriste intérieure" en 2019.

Un homme armé, arrêté début juillet près de la résidence du Premier ministre canadien Justin Trudeau à Ottawa, était un "avide consommateurs de complots" propagés par QAnon, affirme le centre Soufan.

Des experts en sécurité craignent notamment que ses partisans viennent s'ajouter aux militants extrémistes et suprémacistes blancs comme les "Boogaloo", des activistes anti-gouvernement qui appellent à la guerre civile.

L'idéologie QAnon s'est aussi propagée dans la politique américaine.

Puissant et dangereux ?

Selon une estimation du Guardian, le mouvement compte désormais trois millions d'adeptes. Trois candidats républicains à la présidentielles se réclament de QAnon : deux pour la Chambre des représentants et une pour le Sénat, et par coïncidence, ce sont trois femmes. Selon le réalisateur de podcasts Travis View, c'est beaucoup. "Un mouvement politique qui débarque à Washington trois ans après être sorti du néant, c'est un succès".

Cela ne rend pas, encore, le mouvement dangereux selon les experts. Les vrais extrémistes de droite, avec leurs attaques racistes et antisémites, se sont révélés plus dangereux jusqu'à présent. "Les affiliés Q font le plus de dégâts dans leur propre vie", dit-il. "Ils attendent une utopie, mais négligent leur vie et délaissent amis et famille", selon Travis.

Si Trump perd l'élection, les adeptes continueront à croire que ça fait partie du "plan". "Ils penseront que Trump continuera à combattre l'État profond, mais de l'extérieur, plus efficacement que jamais. Le plan a toujours raison " dit encore Travis.

- "Prêtez serment" -

Des adeptes de la mouvance se sont affichés dans plusieurs meetings de Donald Trump, notamment en arborant des affiches comportant la lettre Q ou le slogan du mouvement: "Where we go one, we go all" (Où l'un de nous va, nous allons tous), parfois réduit à ses initiales WWG1WGA.

Ils croient que le milliardaire républicain viendra à bout du complot des élites internationales et rendra le pouvoir au peuple.

Selon l'organisation Media Matters, 14 candidats - en majorité conservateurs - aux élections parlementaires de novembre s'en réclament.

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Le 4 juillet, l'ex-conseiller à la sécurité nationale de M. Trump, Michael Flynn, a posté sur Twitter une vidéo dans laquelle il répète le slogan QAnon après avoir fait allégeance à la constitution américaine, accompagnée du mot-dièse "Prêtez serment". La vidéo avait été "aimée" plus de 100.000 fois jeudi.

Le fils cadet de M. Trump, Eric, a également repris en partie ce slogan en juin, dans un message sur Instagram qu'il a ensuite effacé.

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Le président lui-même, qui qualifie régulièrement les grands médias de "Fake news" (fausses informations), a retweeté ces derniers mois au moins 90 fois des messages émanant de partisans déclarés de Q, selon Media Matters.

L'ADL craint que le soutien de QAnon à M. Trump "perpétue la croyance que ses adversaires politiques sont des ennemis illégitimes de l'humanité".

Le centre Soufan s'inquiète notamment qu'une défaite de M. Trump en novembre "encourage les partisans de QAnon à des actes de violence".

Les Etats-Unis sont contrôlés par des puissances occultes que seul Donald Trump pourra contrer... s'il est réélu: cette théorie du complot, propagée sur les réseaux sociaux par la mouvance "QAnon", rassemble de nombreux adeptes, se frayant un chemin jusque dans les couloirs de la Maison Blanche.Twitter a annoncé mardi avoir supprimé plus de 7.000 comptes liés à "QAnon" et va limiter la circulation des contenus liés à ses théories conspirationnistes, considérées désormais par la plateforme comme un "effort coordonné pour nuire".Né en 2017, le mouvement conspirationniste s'est répandu sur les réseaux sociaux grâce à une armée de "soldats numériques", selon le centre Soufan, un centre d'études sur la sécurté, dirigé par un ex-agent du FBI, Ali Soufan.Il a aussi essaimé à l'étranger, en Europe et jusqu'en Australie.QAnon désigne une nébuleuse pro-Trump, qui répand des théories du complot en ligne. Selon ses adeptes, les Etats-Unis sont dirigés depuis des décennies par "l'Etat profond", une organisation secrète rassemblant des hauts responsables des ministères, les Clinton, les Obama, les Rothschild, le puissant investisseur George Soros, des vedettes d'Hollywood et d'autres membres de l'élite mondiale. Ils sont impliqués dans des réseaux pédophiles internationaux et veulent créer un nouvel ordre mondial dans lequel les Etats auraient abandonné leur souveraineté au profit de cette élite.Les premiers messages cryptiques sont apparus en octobre 2017, écrit par un mystérieux "Q", du nom d'une accréditation de haut niveau au ministère américain de l'Energie. Selon ses partisans, Q est une taupe évoluant dans le cercle rapproché du président, qui a décidé de révéler des bribes de renseignements concernant cette machination mondiale sur des forums de discussion comme 4Chan. Les informations sont ensuite propagées sur les grands réseaux sociaux.L'Anti-Defamation League (ADL), une organisation américaine de lutte contre l'extrémisme, a cité fin juin des vidéos de la mouvance "qui puise dans la haine et les rhétoriques antisémites".Ce phénomène comporte des dangers bien réels, menant le FBI à considérer QAnon comme un risque de "menace terroriste intérieure" en 2019.Un homme armé, arrêté début juillet près de la résidence du Premier ministre canadien Justin Trudeau à Ottawa, était un "avide consommateurs de complots" propagés par QAnon, affirme le centre Soufan. Des experts en sécurité craignent notamment que ses partisans viennent s'ajouter aux militants extrémistes et suprémacistes blancs comme les "Boogaloo", des activistes anti-gouvernement qui appellent à la guerre civile.L'idéologie QAnon s'est aussi propagée dans la politique américaine.Des adeptes de la mouvance se sont affichés dans plusieurs meetings de Donald Trump, notamment en arborant des affiches comportant la lettre Q ou le slogan du mouvement: "Where we go one, we go all" (Où l'un de nous va, nous allons tous), parfois réduit à ses initiales WWG1WGA. Ils croient que le milliardaire républicain viendra à bout du complot des élites internationales et rendra le pouvoir au peuple.Selon l'organisation Media Matters, 14 candidats - en majorité conservateurs - aux élections parlementaires de novembre s'en réclament.Le 4 juillet, l'ex-conseiller à la sécurité nationale de M. Trump, Michael Flynn, a posté sur Twitter une vidéo dans laquelle il répète le slogan QAnon après avoir fait allégeance à la constitution américaine, accompagnée du mot-dièse "Prêtez serment". La vidéo avait été "aimée" plus de 100.000 fois jeudi.Le fils cadet de M. Trump, Eric, a également repris en partie ce slogan en juin, dans un message sur Instagram qu'il a ensuite effacé.Le président lui-même, qui qualifie régulièrement les grands médias de "Fake news" (fausses informations), a retweeté ces derniers mois au moins 90 fois des messages émanant de partisans déclarés de Q, selon Media Matters. L'ADL craint que le soutien de QAnon à M. Trump "perpétue la croyance que ses adversaires politiques sont des ennemis illégitimes de l'humanité".Le centre Soufan s'inquiète notamment qu'une défaite de M. Trump en novembre "encourage les partisans de QAnon à des actes de violence".