Qui a remporté l'or au trampoline? Boh. Qui a été médaillé au canoë slalom? Aucune idée. Qui s'est imposé à l'aviron? Bonne question. De cet été sportif, on retiendra par contre qu'au beach handball, la culotte des joueuses se doit d'être "échancrée et ajustée", selon le règlement de la fédération internationale, et que le bord de ce bikini ne peut outrepasser dix centimètres, sous peine d'une amende de 150 euros par tête. De cette quinzaine estivale olympienne, on se souviendra des gymnastes allemandes Elisabeth Seitz, Sarah Voss, Pauline Schaefer-Betz et Kim Bùi non pas pour leurs performances, mais bien pour avoir porté une combinaison intégrale plutôt que le traditionnel justaucorps (qui, pourtant, n'est imposé par aucun règlement). De ces aventures tokyoïtes, on n'oubliera pas les petites boutades du journaliste flamand Eddy Demarez, qui ne se croyait plus à l'antenne et se pensait donc à l'aise pour lancer un dégoûté "presque toutes des lesbiennes" aux Belgian Cats qui, selon lui...

Qui a remporté l'or au trampoline? Boh. Qui a été médaillé au canoë slalom? Aucune idée. Qui s'est imposé à l'aviron? Bonne question. De cet été sportif, on retiendra par contre qu'au beach handball, la culotte des joueuses se doit d'être "échancrée et ajustée", selon le règlement de la fédération internationale, et que le bord de ce bikini ne peut outrepasser dix centimètres, sous peine d'une amende de 150 euros par tête. De cette quinzaine estivale olympienne, on se souviendra des gymnastes allemandes Elisabeth Seitz, Sarah Voss, Pauline Schaefer-Betz et Kim Bùi non pas pour leurs performances, mais bien pour avoir porté une combinaison intégrale plutôt que le traditionnel justaucorps (qui, pourtant, n'est imposé par aucun règlement). De ces aventures tokyoïtes, on n'oubliera pas les petites boutades du journaliste flamand Eddy Demarez, qui ne se croyait plus à l'antenne et se pensait donc à l'aise pour lancer un dégoûté "presque toutes des lesbiennes" aux Belgian Cats qui, selon lui, ressemblent tantôt "à un homme", tantôt "à une montagne". Un avis sur l'apparence, sur les tenues des athlètes masculins, peut-être? Non, aucun. Bien sûr. Evidemment. Seules leurs performances sont commentées, à eux. Un petit exemple relevé le 7 août, dans Libération, vaut sans doute mieux qu'un long discours. Titre 1 (consacré à un article sur la victoire de l'équipe masculine de handball): "La France s'offre le Danemark et l'or". Titre 2 (dédié aux résultats de l'équipe féminine de basket): "Les basketteuses françaises finissent bronzées et en beauté". Jeu de mots révélateur. Des corps, toujours, avant d'être des championnes. Nafissatou Thiam aurait-elle couru moins vite en portant une tenue plus couvrante? Si le bikini favorisait les performances, sûr et certain que les heptathloniens s'y seraient mis aussi, à la place de leur long cycliste et de leur débardeur recouvrant leurs tablettes de chocolat. "De nombreuses sportives ne se rendent pas nécessairement compte de l'utilisation de leur corps, analysait, fin juin, la chercheuse Géraldine Zeimers (UCLouvain). Mais il est évident que l'on utilise le corps de la femme pour des objectifs qui sont très différents d'un but purement sportif et qui renvoient à des valeurs très sexistes." L'objectif de cette semi-nudité, poursuivi par les fédérations internationales, serait donc d'augmenter l'audimat, selon cette spécialiste. Déjà qu'elles performent moins bien que les mecs, faudrait pas non plus qu'elles soient filmées en col roulé... Sinon, qui regarderait? Qui regarde, d'ailleurs? Pas sûr que beaucoup de femmes ont passé leurs nuits d'été à mater la télé. Qui élabore, aussi, les règlements des fédérations, ceux qui imposent ces culottes à maximum dix centimètres de largeur? Le sport est censé être ouvert à tout le monde, et, pourtant, il n'est pratiqué, décidé, financé, consommé majoritairement que par des mâles. Rien d'étonnant à ce qu'il "fasse partie des activités de loisir où les stéréotypes de genre sont les plus présents", comme le rappelait, en 2020, un rapport de l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes. Si davantage de décideuses étaient aux commandes, il n'aurait sans doute pas fallu attendre 2007 pour que la charte olympique rende obligatoire la présence de femmes dans toute discipline.