S'il a meurtri Bruxelles en 2016, le terrorisme djihadiste s'est aussi répandu comme une déferlante sans précédent en de nombreuses régions du monde. Hors les zones de conflit, il a frappé spectaculairement la Turquie, en miroir du chaos syro-irakien, la Libye ou l'Egypte. Il a ébranlé l'Arabie saoudite, le Pakistan et le Bangladesh. Et, à partir du Nigeria, autre foyer de violences, il a essaimé jusqu'au Burkina Faso et en Côte d'Ivoire. Dans son dernier ouvrage Daech, la main du diable (L'Archipel), ...

S'il a meurtri Bruxelles en 2016, le terrorisme djihadiste s'est aussi répandu comme une déferlante sans précédent en de nombreuses régions du monde. Hors les zones de conflit, il a frappé spectaculairement la Turquie, en miroir du chaos syro-irakien, la Libye ou l'Egypte. Il a ébranlé l'Arabie saoudite, le Pakistan et le Bangladesh. Et, à partir du Nigeria, autre foyer de violences, il a essaimé jusqu'au Burkina Faso et en Côte d'Ivoire. Dans son dernier ouvrage Daech, la main du diable (L'Archipel), l'expert Claude Moniquet établit à 6 418 le nombre de décès consécutifs aux seules opérations de l'Etat islamique pendant les dix premiers mois de 2016, soit trois fois plus que pour toute l'année 2015. En Europe, les attentats de Paris et de Bruxelles relèvent des " opérations planifiées et préparées par l'organisation centrale ", identifiées par le cofondateur de l'European Strategic Intelligence and Security Center (Esisc) comme les plus rares en Occident parce que les plus complexes à mettre en oeuvre. Il décèle deux autres types d'attaques : les " opérations initiées par des sympathisants isolés mais "doués" " (exemple, les 14 personnes tuées par un couple radicalisé à San Bernardino, aux Etats-Unis, en décembre 2015), et " les attaques par des djihadistes individuels ". C'est à cette catégorie qu'il faut rattacher les attentats qui ont frappé les esprits occidentaux cette année. Dans la nuit du 11 au 12 juin, Omar Seddique Mateen abat 49 clients du club Pulse d'Orlando, fréquenté essentiellement par des homosexuels. C'est l'attaque terroriste la plus meurtrière sur le sol américain depuis le 11-Septembre. Le soir du 14 juillet, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel fauche 86 spectateurs ayant assisté au feu d'artifice de la fête nationale organisé sur la Promenade des Anglais, à Nice. Entre ces deux meurtriers de masse, des similitudes : une radicalisation récente et un modus operandi sans soutien logistique d'envergure. L'attentat du 19 décembre, à Berlin, sur un marché de Noël, viendra-t-il confirmer la forme de terreur désormais privilégiée par Daech : faire éclore des " vocations " isolées qui peuvent être aussi féminines, encourager, même avec des moyens " réduits ", le passage à l'acte, revendiquer l'action et entretenir un climat de peur ? En privilégiant des cibles à forte charge symbolique : des policiers (le 13 juin à Magnanville), un prêtre au coeur de son église (le 26 juillet à Saint-Etienne-du-Rouvray). La pression sur Daech au Moyen-Orient ne préfigure pas un répit à court terme en Europe.