C'est Salah Abdeslam lui-même qui a contacté Olivia Ronen depuis sa cellule. Il lui a demandé si elle voulait le représenter. Abdeslam aurait vu un documentaire sur le djihad français, dans lequel elle apparaissait. "Cependant, Ronen n'est pas un nom connu en Belgique ou à Paris", explique au Standaard Sven Mary, qui a décidé le mois dernier de ne pas représenter Abdeslam à Paris.
...

C'est Salah Abdeslam lui-même qui a contacté Olivia Ronen depuis sa cellule. Il lui a demandé si elle voulait le représenter. Abdeslam aurait vu un documentaire sur le djihad français, dans lequel elle apparaissait. "Cependant, Ronen n'est pas un nom connu en Belgique ou à Paris", explique au Standaard Sven Mary, qui a décidé le mois dernier de ne pas représenter Abdeslam à Paris.Lorsque le journal flamand lui demande qui elle est exactement, Mary répond qu'il ne peut pas répondre. "Je sais qu'elle a 31 ans et notre communication était difficile. Je lui souhaite également plein de succès."Profil bien éloigné du médiatique ténor du barreau de Lille Frank Berton, un temps l'avocat de Salah Abdeslam, Olivia Ronen a été officiellement désignée en novembre dernier. Mais celle qui répète qu'elle ne veut pas "attirer la lumière" s'était gardée d'en faire la publicité, et veut repousser au maximum le moment où elle se retrouvera sous les feux des médias.Sur le plan médiatique, Olivia Ronen est donc prudente, et peu communicative, à l'inverse d'un Sven Mary plus excentrique. Ses interviews sont rares et elle n'aborde jamais de gros sujets de discussion. Mais ses ex-collègues la décrivent comme brillante, discrète et ultra-efficace. Dans une interview à France Inter, elle se dit travailleuse acharnée.Elle ne révèlera rien sur l'état d'esprit de Salah Abdeslam, ni de la manière dont il compte aborder son procès, lui qui est resté mutique pendant des années. Et ce, pour ne pas "l'enfermer dans quelque chose de prédéfini", explique Me Ronen à l'AFP. Et puis, si "c'est un dossier qui intéresse et concerne tout le monde, je veux rester très scrupuleuse sur le respect du secret de mes échanges avec lui"."C'est lorsqu'on a le moins envie de comprendre que c'est le plus intéressant d'y aller. Plus l'étau se resserre, plus notre rôle est essentiel", dira juste cette "grande bosseuse", "extrêmement exigeante avec elle-même", selon des confrères cités par l'AFP.Silhouette menue et élégante, cheveux noirs en chignon haut sur la tête, elle a, quand elle enfile sa robe noire, "une très grande force de conviction", une énergie "incroyable", assure sa consoeur Me Fanny Vial, également en défense dans le procès du 13-Novembre."L'envergure du procès du 13-Novembre est inédite, on ne peut pas y être préparé avant de le vivre. Mais elle maîtrise la matière", souligne Me Lucile Collot, secrétaire de la conférence dans la même promotion, qui rappelle que sa génération a "baigné dans les dossiers terroristes".Olivia Ronen aime travailler seule, a ouvert son cabinet en solo mais a fait appel à un confrère de sa génération pour l'aider à assurer la défense de Salah Abdeslam: Martin Vettes, 32 ans, avec qui elle a déjà travaillé sur plusieurs dossiers d'assises.Avec nos "cinq ans de barreau" chacun, dit Me Vettes de son côté, "on aborde ce procès avec humilité". "Comment ce procès 'hors-normes' va se passer, personne ne le sait. On y va, pas bardés de certitudes, mais avec détermination".Dans sa jeunesse, Olivia Ronen dansait le ballet classique, "dix heures par semaine au conservatoire". Après cela, elle a fait du théâtre, auquel elle s'est entièrement consacrée, pour finalement se lancer dans sa carrière d'avocat. "Si j'ai une passion, je ne peux pas en avoir d'autre à part. Je tire une satisfaction intellectuelle de ce travail, et je me sens utile. C'est formidable socialement et aussi artistiquement, parce que je veux que mes plaidoyers soient justes et beaux."Une de ses soeurs était gravement handicapée, elle est décédée il y a quatre ans. Sa soeur ne pouvait pas parler, mais communiquait par d'autres moyens. Ronen dit que sa soeur l'a inspirée, à "prendre soin des autres". Sur son poignet gauche, elle a d'ailleurs un tatouage à sa mémoire.Il semble que sa carrière d'avocate évolue très rapidement. Bien que Mary dise que Ronen n'est pas un grand nom. En 2015, le pénal est une "évidence" et elle se bat "comme une dingue" pour obtenir un stage chez le célèbre pénaliste Thierry Lévy. Elle remportera par la suite un concours d'éloquence. Elle a notamment défendu Erwan Guillard, un ancien militaire qui a combattu pour l'État islamique en Syrie. Mais aussi d'autres clients, dont des personnes d'extrême droite.Elle apparaît également dans le dénouement judiciaire après l'attentat de Nice. Elle y défend un homme qui était lié au terroriste. "Quand nous avons dû comparaître à nouveau devant le juge d'instruction, il a soudain dit : 'Je n'en peux plus, je vais me suicider', explique-t-elle à France Inter. Quelques jours plus tard, l'homme a été retrouvé mort dans sa cellule. "Cela a été un coup dur pour moi."L'avocate criminelle a écrit sa thèse sur les prisons et comment la récidive peut ou ne peut pas être évitée. "La mort de mon client m'a traumatisée, mais je suis maintenant encore plus déterminée à me battre pour mes clients."En général, ses clients ne sont pas des anges. Et certainement pas dans le cas d'Abdeslam. "Ma mère a du mal avec ça", dit Ronen au média français. "Mais je sais que cela fait partie du package. Bien sûr, après une audition, on me reproche souvent : "Comment peux-tu défendre quelqu'un comme ça ? Cela arrive tout le temps", raconte-t-elle. "Mais j'essaie toujours de montrer que même les gens que nous appelons des terroristes sont des gens ordinaires comme nous, qui ont déraillé à un moment.""J'ai été très surpris qu'Abdeslam me contacte lui-même",déclarait Ronen au Parisien. Elle a ensuite conduit directement vers la prison. "Nous avons parlé longtemps, j'y ai réfléchi et j'ai décidé de le défendre. J'aime les défis. Et je ne défends pas une affaire, je défends un individu."(Sources : AFP, De Standaard, France Inter, Le Parisien)