" Stephen Harper avec un sourire. " La blague qui circule sur le candidat du Parti conservateur aux élections fédérales canadiennes du 21 octobre en dit long sur son manque de charisme : Andrew Scheer ne serait qu'un clone de l'ancien Premier ministre conservateur Stephen Harper, qui a passé neuf ans à la tête du gouvernement, à Ottawa, avant d'être évincé, en 2015, par le libéral Justin Trudeau. Un clone jovial et sympathique, certes, mais un clone quand même. Et donc, un adversaire a priori guère menaçant pour Trudeau, lequel agite le spectre d'un retour des années Harper... comme si son opposant était transparent.
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" Stephen Harper avec un sourire. " La blague qui circule sur le candidat du Parti conservateur aux élections fédérales canadiennes du 21 octobre en dit long sur son manque de charisme : Andrew Scheer ne serait qu'un clone de l'ancien Premier ministre conservateur Stephen Harper, qui a passé neuf ans à la tête du gouvernement, à Ottawa, avant d'être évincé, en 2015, par le libéral Justin Trudeau. Un clone jovial et sympathique, certes, mais un clone quand même. Et donc, un adversaire a priori guère menaçant pour Trudeau, lequel agite le spectre d'un retour des années Harper... comme si son opposant était transparent. Avec son visage poupin et ses tout juste 40 ans (il les a fêtés au printemps), Scheer pourrait passer pour un jeunot de la politique. Il n'en est rien : élu pour la première fois député à 25 ans, dans la Saskatchewan (une province du centre du pays, dans les Prairies, terreau des conservateurs), ce natif de l'Ontario siège à la Chambre des communes (le Parlement fédéral) depuis plus de quinze ans. Il en a même été le plus jeune président, poussé par Harper pour occuper ce poste prestigieux - et très exposé - de 2011 à 2015. Quand il s'est agi de prendre la tête du Parti conservateur, en 2017, les poids lourds de son camp lui ont laissé le champ libre, pensant que l'élection de 2019 ne serait qu'un tour de chauffe et que la véritable opportunité pour reprendre les rênes du pays surviendrait quatre ans plus tard. Mais les déboires de Trudeau, empêtré depuis l'hiver dernier dans l'affaire SNC-Lavalin (il est soupçonné d'avoir enfreint la loi pour protéger cette entreprise québécoise), puis piégé à la rentrée par la publication d'images anciennes le montrant avec un visage maquillé en noir, ont servi les conservateurs, au coude-à-coude dans les sondages avec les libéraux.Problème : les malheurs du Premier ministre n'ont pas aidé Andrew Scheer à percer. Dans l'entourage même du chef conservateur, on s'inquiète de sa faible popularité : " trop gentil ", " trop sur la défensive ", " pas assez bagarreur ". Ce père de cinq enfants, en dépit de son expérience politique et d'une opinion publique plutôt favorable à son camp, peine à s'imposer. A tel point que des leaders conservateurs récemment élus à la tête de provinces, tels Doug Ford, en Ontario, et Jason Kenney, en Alberta, lui font de l'ombre.Il faut dire que ces deux-là n'hésitent pas à assumer leurs positions radicales, coupant allègrement dans les dépenses publiques, dénonçant sans complexes la taxe carbone instaurée par Trudeau ou son ouverture à l'immigration. Au point de gêner Scheer, qui hésite à s'afficher avec des figures aussi encombrantes. S'il veut remporter des sièges au Québec et en Ontario, deux provinces clés pour le scrutin, il lui faut montrer un visage plus consensuel.Un exercice délicat, alors que sont ressorties ses déclarations contre le mariage gay et l'avortement. Pressé par ses adversaires et par les medias, ce fervent catholique a fini par reconnaître être " personnellement pro-vie ", tout en promettant de s'opposer à une remise en cause du droit à l'IVG. Absent de la marche pour le climat à Montréal, le 27 septembre, il défendait, le lendemain, en Alberta, son projet contesté de " corridor énergétique ". Il a dû aussi se justifier sur sa double nationalité canado- américaine, sujet sensible dans un pays soumis à l'influence de son grand voisin. Pour convaincre, il reste à Scheer sa promesse de " remettre de l'argent dans les poches des Canadiens ". L'argument paiera-t-il ?Par Valérie Lion.