Le tribunal a décidé "de réduire sa peine à 25 ans", a déclaré la juge Beatrice Mukamurenzi, au sujet de l'ancien directeur de l'hôtel des Mille Collines.

"Il a fondé une organisation terroriste, il a contribué financièrement à des activités terroristes", a déclaré la juge au sujet de Paul Rusesabagina, jugé pour son soutien Front de libération nationale (FLN), groupe rebelle accusé d'avoir mené des attaques meurtrières au Rwanda en 2018 et 2019.

La prison à vie avait été requise contre Paul Rusesabagina, 67 ans, rendu célèbre par le film "Hotel Rwanda" sorti en 2004, qui a raconté comment ce Hutu modéré a sauvé plus de 1.000 personnes durant le génocide de 1994 qui a fait 800.000 morts, principalement des Tutsi.

Après avoir été arrêté dans des conditions controversées à Kigali en août 2020, ce virulent opposant à Paul Kagame a été jugé, avec 20 autres personnes, de février à juillet pour neuf chefs d'accusation, dont celui de "terrorisme".

Paul Rusesabagina a participé à la fondation en 2017 du Mouvement rwandais pour le changement démocratique (MRCD), dont le FLN est considéré comme le bras armé, mais il a toujours nié toute implication dans ces attaques.

Ni l'accusé, qui pourra faire appel, ni ses avocats n'étaient présents à la lecture du verdict. Ils ont boycotté les audiences depuis mars, dénonçant un procès "politique" rendu possible par son "enlèvement" organisé par les autorités rwandaises, ainsi que des mauvais traitements en détention.

Sa famille et ses soutiens n'ont eu de cesse de dénoncer "un spectacle mis en place par le gouvernement rwandais pour faire taire un critique et refroidir toute dissidence future".

Rusesabagina n'a pas bénéficié d'un procès juste et équitable

Sophie Wilmès, via son porte-parole

Réaction en Belgique

De son côté, ce lundi, la Vice-Première ministre et ministre des Affaires étrangères, Sophie Wilmès, a réagi après avoir pris connaissance du jugement dans le procès de M. Rusesabagina, à Kigali. Elle a déclaré, par la voix de son porte-parole, que "malgré les appels répétés de la Belgique à ce sujet, force est de constater que M. Rusesabagina n'a pas bénéficié d'un procès juste et équitable ; particulièrement en ce qui concerne les droits de la défense."

Selon elle, "la présomption d'innocence n'a pas été respectée non plus. Ces éléments de facto remettent en question le procès et le jugement."

Sophie Wilmès s'entretiendra avec le Ministre rwandais, Vincent Biruta, à New-York cette semaine, en marge de l'Assemblée générale des Nations Unies. Sophie Wilmès a tenu a préciser qu'en attendant cette entrevue, "la Belgique reste en contact étroit avec M. Rusesabagina."

"Nous devons aussi parfois oser parler clair et fort, et condamner la politique d'intimidation et de répression"

Els Van Hoof, la présidente de la commission Affaires étrangères de la Chambre

La présidente de la commission Affaires étrangères de la Chambre, la CD&V Els Van Hoof, a estimé quant à elle lundi que l'on devrait revoir les relations avec le Rwanda de Paul Kagame. "'L'une après l'autre, des lignes rouges sont franchies, et malgré tout notre pays continue de se concentrer sur la diplomatie silencieuse et d'espérer que cela s'améliore. Nous devons aussi parfois oser parler clair et fort, et condamner la politique d'intimidation et de répression", indique l'élue. Elle souhaite que le gouvernement aborde avec le Rwanda la question d'un rapatriement de Paul Rusesabagina. C'était déjà l'objet d'une proposition de résolution qu'elle avait poussée à la Chambre, approuvée en plénière en juin. "L'affaire Rusesabagina n'est pas un cas isolé", insiste la députée. C'est "un exemple d'une problématique plus large et systématique dans le système judiciaire rwandais".

Belgaimage
© Belgaimage

Washington craint que Paul Rusesabagina n'ait pas eu un procès équitable

Les États-Unis craignent aussi que Paul Rusesabagina, ancien hôtelier dont l'histoire a inspiré le film "Hotel Rwanda", n'ait pas bénéficié d'un procès équitable, a indiqué lundi le porte-parole de la diplomatie américaine, Ned Price.

"Les États-Unis sont préoccupés par la condamnation de Paul Rusesabagina", qui détient un permis de résidence permanente aux États-Unis, a indiqué M. Price dans un communiqué. "L'absence de garanties d'un procès juste remet en cause l'équité du verdict". "Nous sommes préoccupés par les objections soulevées par M. Rusesabagina sur l'absence d'accès confidentiel et sans entrave à ses avocats ainsi qu'aux documents légaux le concernant, et par le fait qu'il n'a initialement eu accès à aucune défense", a poursuivi le porte-parole du département d'État.

"Enlèvement"

Les Etats-Unis, qui lui ont décerné la médaille présidentielle de la liberté en 2005, le Parlement européen et la Belgique, dont il est ressortissant, avaient déjà exprimé leurs préoccupations sur les conditions de son arrestation et l'équité du procès.

Dans un interview début septembre, le président rwandais Paul Kagame avait répondu aux critiques, assurant que Paul Rusesabagina serait "jugé aussi équitablement que possible".

Ce procès "n'a rien à voir avec le film (ni) avec son statut de célébrité", avait-il affirmé: "Il s'agit des vies de Rwandais perdues à cause de ses actions et à cause des organisations auxquelles il appartenait ou qu'il dirigeait".

Paul Rusesabgina est depuis plus de 20 ans un virulent opposant à Paul Kagame, qu'il accuse d'autoritarisme et d'alimenter un sentiment anti-Hutu.

Il vivait depuis 1996 en exil aux Etats-Unis et en Belgique, avant d'être arrêté à Kigali en 2020 dans des circonstances troubles, à la descente d'un avion qu'il pensait à destination du Burundi.

Le gouvernement rwandais a admis avoir "facilité le voyage" vers Kigali, mais affirmé que l'arrestation était "légale" et que "ses droits n'ont jamais été violés".

Les cinq mois de procès ont vu des témoignages contradictoires sur son rôle.

Un porte-parole du FLN a déclaré qu'il n'avait "pas donné d'ordres aux combattants du FLN". Un autre coaccusé a, lui, affirmé que tous les ordres venaient de lui.

Sa notoriété hollywoodienne avait suscité des critiques. Certains survivants des Mille Collines lui reprochent notamment de tirer profit de leur malheur et d'avoir embelli son rôle dans le sauvetage de plus de milliers .

Il avait également utilisé sa célébrité pour donner un écho mondial à ses positions de plus en plus virulentes contre le régime de Paul Kagame, ce qui lui vaut des attaques de partisans du régime.

Le tribunal a décidé "de réduire sa peine à 25 ans", a déclaré la juge Beatrice Mukamurenzi, au sujet de l'ancien directeur de l'hôtel des Mille Collines."Il a fondé une organisation terroriste, il a contribué financièrement à des activités terroristes", a déclaré la juge au sujet de Paul Rusesabagina, jugé pour son soutien Front de libération nationale (FLN), groupe rebelle accusé d'avoir mené des attaques meurtrières au Rwanda en 2018 et 2019. La prison à vie avait été requise contre Paul Rusesabagina, 67 ans, rendu célèbre par le film "Hotel Rwanda" sorti en 2004, qui a raconté comment ce Hutu modéré a sauvé plus de 1.000 personnes durant le génocide de 1994 qui a fait 800.000 morts, principalement des Tutsi.Après avoir été arrêté dans des conditions controversées à Kigali en août 2020, ce virulent opposant à Paul Kagame a été jugé, avec 20 autres personnes, de février à juillet pour neuf chefs d'accusation, dont celui de "terrorisme". Paul Rusesabagina a participé à la fondation en 2017 du Mouvement rwandais pour le changement démocratique (MRCD), dont le FLN est considéré comme le bras armé, mais il a toujours nié toute implication dans ces attaques.Ni l'accusé, qui pourra faire appel, ni ses avocats n'étaient présents à la lecture du verdict. Ils ont boycotté les audiences depuis mars, dénonçant un procès "politique" rendu possible par son "enlèvement" organisé par les autorités rwandaises, ainsi que des mauvais traitements en détention.Sa famille et ses soutiens n'ont eu de cesse de dénoncer "un spectacle mis en place par le gouvernement rwandais pour faire taire un critique et refroidir toute dissidence future".De son côté, ce lundi, la Vice-Première ministre et ministre des Affaires étrangères, Sophie Wilmès, a réagi après avoir pris connaissance du jugement dans le procès de M. Rusesabagina, à Kigali. Elle a déclaré, par la voix de son porte-parole, que "malgré les appels répétés de la Belgique à ce sujet, force est de constater que M. Rusesabagina n'a pas bénéficié d'un procès juste et équitable ; particulièrement en ce qui concerne les droits de la défense."Selon elle, "la présomption d'innocence n'a pas été respectée non plus. Ces éléments de facto remettent en question le procès et le jugement."Sophie Wilmès s'entretiendra avec le Ministre rwandais, Vincent Biruta, à New-York cette semaine, en marge de l'Assemblée générale des Nations Unies. Sophie Wilmès a tenu a préciser qu'en attendant cette entrevue, "la Belgique reste en contact étroit avec M. Rusesabagina."La présidente de la commission Affaires étrangères de la Chambre, la CD&V Els Van Hoof, a estimé quant à elle lundi que l'on devrait revoir les relations avec le Rwanda de Paul Kagame. "'L'une après l'autre, des lignes rouges sont franchies, et malgré tout notre pays continue de se concentrer sur la diplomatie silencieuse et d'espérer que cela s'améliore. Nous devons aussi parfois oser parler clair et fort, et condamner la politique d'intimidation et de répression", indique l'élue. Elle souhaite que le gouvernement aborde avec le Rwanda la question d'un rapatriement de Paul Rusesabagina. C'était déjà l'objet d'une proposition de résolution qu'elle avait poussée à la Chambre, approuvée en plénière en juin. "L'affaire Rusesabagina n'est pas un cas isolé", insiste la députée. C'est "un exemple d'une problématique plus large et systématique dans le système judiciaire rwandais". Les États-Unis craignent aussi que Paul Rusesabagina, ancien hôtelier dont l'histoire a inspiré le film "Hotel Rwanda", n'ait pas bénéficié d'un procès équitable, a indiqué lundi le porte-parole de la diplomatie américaine, Ned Price."Les États-Unis sont préoccupés par la condamnation de Paul Rusesabagina", qui détient un permis de résidence permanente aux États-Unis, a indiqué M. Price dans un communiqué. "L'absence de garanties d'un procès juste remet en cause l'équité du verdict". "Nous sommes préoccupés par les objections soulevées par M. Rusesabagina sur l'absence d'accès confidentiel et sans entrave à ses avocats ainsi qu'aux documents légaux le concernant, et par le fait qu'il n'a initialement eu accès à aucune défense", a poursuivi le porte-parole du département d'État.Les Etats-Unis, qui lui ont décerné la médaille présidentielle de la liberté en 2005, le Parlement européen et la Belgique, dont il est ressortissant, avaient déjà exprimé leurs préoccupations sur les conditions de son arrestation et l'équité du procès.Dans un interview début septembre, le président rwandais Paul Kagame avait répondu aux critiques, assurant que Paul Rusesabagina serait "jugé aussi équitablement que possible".Ce procès "n'a rien à voir avec le film (ni) avec son statut de célébrité", avait-il affirmé: "Il s'agit des vies de Rwandais perdues à cause de ses actions et à cause des organisations auxquelles il appartenait ou qu'il dirigeait".Paul Rusesabgina est depuis plus de 20 ans un virulent opposant à Paul Kagame, qu'il accuse d'autoritarisme et d'alimenter un sentiment anti-Hutu.Il vivait depuis 1996 en exil aux Etats-Unis et en Belgique, avant d'être arrêté à Kigali en 2020 dans des circonstances troubles, à la descente d'un avion qu'il pensait à destination du Burundi.Le gouvernement rwandais a admis avoir "facilité le voyage" vers Kigali, mais affirmé que l'arrestation était "légale" et que "ses droits n'ont jamais été violés".Les cinq mois de procès ont vu des témoignages contradictoires sur son rôle.Un porte-parole du FLN a déclaré qu'il n'avait "pas donné d'ordres aux combattants du FLN". Un autre coaccusé a, lui, affirmé que tous les ordres venaient de lui.Sa notoriété hollywoodienne avait suscité des critiques. Certains survivants des Mille Collines lui reprochent notamment de tirer profit de leur malheur et d'avoir embelli son rôle dans le sauvetage de plus de milliers .Il avait également utilisé sa célébrité pour donner un écho mondial à ses positions de plus en plus virulentes contre le régime de Paul Kagame, ce qui lui vaut des attaques de partisans du régime.