C'est d'abord le changement de texture sonore qui frappe ce matin à Paris. Un cri d'enfant provenant d'un immeuble déchire l'espace de la rue des martyrs, plongée à 9h encore dans le silence. Le bruit de roues crissant sur les pavés annonce une voiture qui est encore à distance. Sous les fenêtres ouvertes d'un appartement situé au 1 e étage, la voix d'un journaliste de France-Info est audible et scande les mesures à prendre avant le confinement annoncé à midi. Cette fois l'insoutenable légèreté des Parisiens qui a choqué le monde durant le week end où des milliers de personnes ont pick niqué dans les pelouses encore ouvertes ou sur les bords du canal St-Martin, est terminée.
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C'est d'abord le changement de texture sonore qui frappe ce matin à Paris. Un cri d'enfant provenant d'un immeuble déchire l'espace de la rue des martyrs, plongée à 9h encore dans le silence. Le bruit de roues crissant sur les pavés annonce une voiture qui est encore à distance. Sous les fenêtres ouvertes d'un appartement situé au 1 e étage, la voix d'un journaliste de France-Info est audible et scande les mesures à prendre avant le confinement annoncé à midi. Cette fois l'insoutenable légèreté des Parisiens qui a choqué le monde durant le week end où des milliers de personnes ont pick niqué dans les pelouses encore ouvertes ou sur les bords du canal St-Martin, est terminée. "Je crois qu'on a pris conscience de ce qui arrivait hier soir", reconnait une jeune femme qui a fait ses bagages et accompagné de ses deux enfants, attend un train depuis deux heures, à la gare du nord. Autour d'elle, d'autres personnes regardent les panneaux, chacun à distance, formant des petits groupes prêts pour le départ. Comme lors du grand exode des Parisiens en juin 1940, les plus aisés et informés sont déjà partis à la campagne, où ils ont une résidence. Depuis dimanche soir, ils ont emmené ordinateurs, livres, jeux et enfants dans leur voiture, pour y passer 5 semaines au minimum. Car le calcul est simple : dans moins de trois semaines les enfants parisiens sont en vacances, et l'école ne reprendra pas avant la fin des vacances. Alors, si les écoles ont annoncé des cours en ligne, la plupart peuvent le faire de la campagne où internet est présent. Depuis ce matin, ce sont les salariés qui ont attendu les ordres de leurs entreprises pour se décider à partir et tentent de rejoindre un grand parent ou un proche qui bénéficient d'une maison avec jardin. Car à Paris, les familles ne possèdent que rarement plus de 80 m2. Après ce grand départ, la ville ne comptera que les habitants restants: indépendants, personnes isolées, âgées, réquisitionnées pour le travail ou trop pauvres pour partir. Celles là font à présent de longue file pour entrer dans les supermarchés ou les boulangeries. Devant un carrefour boulevard de Clichy, il faut attendre une heure avant de franchir le seuil, gardé par un vigile. Ci et là, des personnes promènent leur chien, car elles ont l'autorisation de sortir pour faire une balade. Heureux celui qui a donc un chien à Paris en ce moment ! Les autres doivent avoir une attestation de déplacement dérogatoire ou ne peuvent justifier leur sortie que pour des achats de première nécessité, des urgences sanitaires, des motifs professionnels ou familiaux impérieux. A l'hôpital Lariboisière, situé à deux pas de la gare de du nord, les ambulances sont prêtes. "Nous avons été appelés en renfort ", assure un homme travaillant pour la Croix Rouge, "mais pour l'instant la situation est encore calme et les déplacements dans Paris sont extrêmement faciles, car il n'y a plus de trafic". Dans les urgences, une équipe sanitaire postée à l'entrée oriente les malades qui arrivent pied. La plupart sont renseignés puis renvoyés chez eux, avec des consignes stricts à suivre. Les personnes en situation critique arrivent en ambulance. Ici chacun porte un masque, mais en ville, les pharmacies affichent toutes la même chose: ni masque, ni gel antiseptique, ni gants. Les rares personnes qui circulent encore, n'ont pour la plupart qu'une écharpe pour se protéger. Certains portent des masques pour les yeux et d'autres encore ont mis un bonnet de soutien gorge sur la bouche... Les Français semblent avoir enfin pris la mesure de la gravité sanitaire et au son des oiseaux que l'on entend à présent chanter dans les parcs vides, s'apprêtent à de très longues semaines de confinement.