Les migrants ou un soutien en Syrie: le chantage de la Turquie

Le 28 février, la Turquie, qui accueille quelque quatre millions de réfugiés dont une majorité de Syriens, menace les Européens de laisser passer un afflux de migrants si elle n'obtient pas un soutien actif des Occidentaux dans son bras-de-fer avec la Russie en Syrie.

Prise en dépit d'un accord conclu en 2016 avec Bruxelles aux termes duquel Ankara s'engageait à lutter contre les passages clandestins en échange d'une aide financière, la décision turque réveille le souvenir de la crise migratoire majeure qui a secoué l'Europe en 2015.

Erdogan: "Vous allez prendre votre part du fardeau"

Le 2 février, Erdogan somme l'Europe de "prendre sa part du fardeau" dans l'accueil des migrants. "Après que nous avons ouvert les portes, les coups de téléphone se sont multipliés, ils nous disent fermez les portes. Je leur ai dit: C'est fait, c'est fini. Les portes sont désormais ouvertes. Maintenant, vous allez prendre votre part du fardeau", affirme-t-il.

AFP
© AFP

Selon lui, des "millions" de migrants se dirigeront "bientôt" vers l'Europe, accentuant la pression sur le Vieux Continent qui redoute un afflux majeur. "Depuis que nous avons ouvert nos frontières, le nombre de ceux qui se sont dirigés vers l'Europe a atteint les centaines de milliers. Bientôt, ce nombre s'exprimera en millions". Ces chiffres semblent très surévalués par rapport à la réalité observée sur le terrain par l'AFP.

Renforts aux frontières et afflux de migrants

La Grèce, notamment, annonce alors un renforcement des patrouilles aux frontières avec la Turquie. Des centaines de migrants sont bloqués par les garde-frontières grecs au poste frontalier de Kastanies (nord-est de la Grèce). Deux bateaux avec 70 demandeurs d'asile à bord arrivent sur l'île grecque de Lesbos.

La Commission européenne appelle Ankara à respecter ses "engagements" pris en 2016.

Qu'en est-il de l'accord ?

L'Union européenne attend de la Turquie qu'elle respecte l'accord visant à empêcher les migrants d'atteindre l'Europe, a déclaré le porte-parole d'Angela Merkel. "Nous sommes convaincus de la valeur de l'accord et nous attendons qu'il soit respecté", a déclaré Steffen Seibert lors d'une conférence de presse à Berlin. "Nous vivons sans aucun doute une situation qui n'est pas dans l'esprit de cet accord", a-t-il relevé. Mais nous "n'avons rien entendu concernant une résiliation", a-t-il souligné, jugeant que l'UE avait jusqu'à présent "rempli" ses engagements contrairement aux critiques côté turc.

Sur les 6 milliards d'euros promis à la Turquie dans l'accord conclu avec Bruxelles en 2016, 3,2 milliards ont été versés, a-t-il détaillé. L'argent doit aider Ankara à financer l'accueil des réfugiés, en particulier les Syriens fuyant la guerre, et à empêcher qu'ils se dirigent vers l'Union européenne. "S'il y a du mécontentement côté turc sur l'application de l'accord, surtout sur la façon dont sont effectués les paiements (...), alors il faut en parler entre nous", a insisté le porte-parole de la chancelière allemande.

Le 29 février, la Turquie annonce qu'elle maintiendra ses frontières avec l'Europe ouvertes. Selon l'Organisation internationale des migrations (OIM), quelque 13.000 migrants sont massés le long des 212 km de la frontière terrestre gréco-turque qui borde le fleuve Evros. Des échauffourées éclatent entre policiers grecs tirant des grenades lacrymogènes et migrants jetant des pierres.

Selon les garde-côtes grecs, quelque 180 migrants sont arrivés dans la journée sur les îles de Lesbos et Samos. Le ministère turc de l'Intérieur affirme que près de 50.000 migrants sont entrés en Europe depuis la province turque d'Edirne (nord-ouest) depuis la veille, un chiffre invérifiable qui semble surévalué.

Entre "alerte maximale" et appel au calme

Le 1er mars, l'agence européenne de contrôle des frontières Frontex déploie des renforts et relève son niveau d'alerte à la frontière gréco-turque. Athènes déclare avoir empêché en 24 heures "l'entrée illégale" de 15.500 migrants le long du fleuve Evros.

La Grèce en première ligne

"Le défi que doit relever la Grèce est un défi européen", a déclaré au cours d'une conférence de presse Mme von der Leyen, qui va rencontrer le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis. "La Grèce a notre entier soutien", a-t-elle ajouté.

BELGAIMAGE
© BELGAIMAGE

A propos de la décision d'Ankara d'ouvrir ses frontières avec l'Europe et de laisser passer les réfugiés afin d'obtenir un appui occidental en Syrie, la présidente de la Commission a reconnu que la Turquie était "dans une situation difficile en ce qui concerne les réfugiés et les migrants". "Mais ce que nous voyons maintenant ne peut être la réponse et la solution", a-t-elle poursuivi. "Il y a un accord en place, auquel nous nous tenons", a ajouté Mme von der Leyen, évoquant ainsi le pacte migratoire conclu en 2016 avec la Turquie.

Les Nations unies appellent au calme et à ne pas utiliser une force "excessive" contre les migrants.

Environ 2.000 personnes supplémentaires arrivent au poste-frontière turc de Pazarkule (Kastanies côté grec). En mer Egée, au moins 500 migrants accostent à bord d'une dizaine d'embarcations en différents points de Lesbos, alors que des habitants de l'île incendient un centre d'accueil inoccupé. La Grèce se place en état d'alerte "maximum" pour protéger ses frontières. (avec AFP)

Le 28 février, la Turquie, qui accueille quelque quatre millions de réfugiés dont une majorité de Syriens, menace les Européens de laisser passer un afflux de migrants si elle n'obtient pas un soutien actif des Occidentaux dans son bras-de-fer avec la Russie en Syrie. Prise en dépit d'un accord conclu en 2016 avec Bruxelles aux termes duquel Ankara s'engageait à lutter contre les passages clandestins en échange d'une aide financière, la décision turque réveille le souvenir de la crise migratoire majeure qui a secoué l'Europe en 2015.La Grèce, notamment, annonce alors un renforcement des patrouilles aux frontières avec la Turquie. Des centaines de migrants sont bloqués par les garde-frontières grecs au poste frontalier de Kastanies (nord-est de la Grèce). Deux bateaux avec 70 demandeurs d'asile à bord arrivent sur l'île grecque de Lesbos.La Commission européenne appelle Ankara à respecter ses "engagements" pris en 2016.Le 29 février, la Turquie annonce qu'elle maintiendra ses frontières avec l'Europe ouvertes. Selon l'Organisation internationale des migrations (OIM), quelque 13.000 migrants sont massés le long des 212 km de la frontière terrestre gréco-turque qui borde le fleuve Evros. Des échauffourées éclatent entre policiers grecs tirant des grenades lacrymogènes et migrants jetant des pierres.Selon les garde-côtes grecs, quelque 180 migrants sont arrivés dans la journée sur les îles de Lesbos et Samos. Le ministère turc de l'Intérieur affirme que près de 50.000 migrants sont entrés en Europe depuis la province turque d'Edirne (nord-ouest) depuis la veille, un chiffre invérifiable qui semble surévalué.Le 1er mars, l'agence européenne de contrôle des frontières Frontex déploie des renforts et relève son niveau d'alerte à la frontière gréco-turque. Athènes déclare avoir empêché en 24 heures "l'entrée illégale" de 15.500 migrants le long du fleuve Evros.Les Nations unies appellent au calme et à ne pas utiliser une force "excessive" contre les migrants.Environ 2.000 personnes supplémentaires arrivent au poste-frontière turc de Pazarkule (Kastanies côté grec). En mer Egée, au moins 500 migrants accostent à bord d'une dizaine d'embarcations en différents points de Lesbos, alors que des habitants de l'île incendient un centre d'accueil inoccupé. La Grèce se place en état d'alerte "maximum" pour protéger ses frontières. (avec AFP)