Vendredi dernier, AstraZeneca a fait savoir qu'il ne pouvait livrer que 60% des vaccins initialement prévus. Ensuite, il s'est avéré que pour le premier trimestre de cette année l'entreprise ne peut livrer que 31 millionsde doses sur les 80 millions prévues.
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Vendredi dernier, AstraZeneca a fait savoir qu'il ne pouvait livrer que 60% des vaccins initialement prévus. Ensuite, il s'est avéré que pour le premier trimestre de cette année l'entreprise ne peut livrer que 31 millionsde doses sur les 80 millions prévues. L'annonce irrite les états membres. D'abord et avant tout, elle compromet les calendriers de vaccination des états membres - en tout, 300 millions de doses ont été commandées. Pour la Belgique, qui devait recevoir 7,5 millions de doses selon la clé de répartition européenne - les conséquences sont lourdes. Au premier trimestre, notre pays devait voir arriver 1,5 million de doses qui lui permettraient de vacciner les soins de première ligne à partir de février. "Ils nous rendent la tâche très difficile", constate le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke (sp.a).Pourtant, ces six derniers mois, l'Union européenne a procuré beaucoup de moyens supplémentaires à AstraZeneca pour augmenter la capacité de production. Le but était qu'AstraZeneca commence à produire à l'avance de sorte qu'elle puisse livrer immédiatement après l'approbation par l'Agence européenne du médicament (EMA). "Qu'a fait l'entreprise ces derniers mois ?", entend-on dans les cercles européens. À cet égard, il est frappant qu'AstraZeneca n'enregistre que des retards sur le territoire européen. Ailleurs dans le monde, et notamment au Royaume-Uni, il n'y a pas de problème de livraisons. Pour Peter Liese, parlementaire européen et docteur en médecine, il est inacceptable que l'Union européenne soit la seule touchée par les retards chez AstraZeneca. "AstraZeneca attribue le problème aux chaînes d'approvisionnement. Mais c'est n'importe quoi. Si vous avez des déficits, ils sont perceptibles ailleurs aussi", a déclaré Liese lors d'un briefing lundi midi. "Tout le monde devrait avoir un peu de moins, au lieu de rejeter la pénurie sur un client. AstraZeneca devrait amener ses vaccins depuis le Royaume-Uni et ailleurs vers l'Union européenne." Registre de transparence La question est donc de savoir ce qui s'est passé avec l'argent ou les vaccins. Le site d'informations européen écrit que certains états membres soupçonnent AstraZeneca d'avoir utilisé les moyens européens pour intensifier leur production et ensuite vendre les doses supplémentaires à d'autres pays. L'entreprise dément ces accusations. AstraZeneca impute ses problèmes notamment aux difficultés de production sur son site de Seneffe dans la province du Hainaut.Pour clarifier la situation, la Commission européenne a présenté un registre de transparence où les entreprises de vaccins installées sur le sol européen expliqueraient leurs projets d'export vers des pays tiers. On ignore encore si ce sera obligatoire. La parlementaire européenne Kathleen Van Brempt estime que c'est une mauvaise idée. "L'imposition d'entraves à l'exportation pour compenser le manque de pouvoir juridique des contrats de vaccins ne permettra pas de corriger les rapports de force faussés entre les gouvernements et les grandes entreprises pharmaceutiques. Il est temps de repenser le rôle des droits de propriété intellectuelle lors des crises sanitaires.""L'UE a préfinancé le développement du vaccin et sa production. Elle veut en voir le retour", a martelé la commissaire à la Santé Stella Kyriakides. "Elle veut savoir exactement quelles doses ont été produites par AstraZeneca jusqu'à présent, et où, ainsi qu'à quels destinataires ont déjà été fournies, si elles ont été fournies".Lundi matin, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a appelé le directeur général d'AstraZeneca, Pascal Soriot, pour exiger qu'il honore les livraisons de son vaccin anti-Covid conformément au contrat avec l'UE. Lundi, la Commission et les états membres ont demandé des comptes à l'entreprise pharmaceutique. Selon Kyriakides, les réponses d'AstraZeneca ne suffisent pas. Mercredi, une nouvelle concertation est prévue pour éclaircir la question.