"La Chine et la Russie deviennent de plus en plus agressives. Le contexte a changé depuis la guerre froide, mais la menace n'a pas changé", analyse Dorothée Vandamme, docteure en relations internationales à l'UMons et l'UCLouvain. Les pays veulent donc montrer de la force, et pour ce faire, rien de plus démonstratif qu'une arme de dissuasion, une arme qui dit : ne nous attaquez pas.
...

"La Chine et la Russie deviennent de plus en plus agressives. Le contexte a changé depuis la guerre froide, mais la menace n'a pas changé", analyse Dorothée Vandamme, docteure en relations internationales à l'UMons et l'UCLouvain. Les pays veulent donc montrer de la force, et pour ce faire, rien de plus démonstratif qu'une arme de dissuasion, une arme qui dit : ne nous attaquez pas."Même si, dans l'ensemble, aucune puissance nucléaire ne veut entrer en guerre", relativise la docteure. Elle observe néanmoins un accroissement et une modernisation des armements. Michel Liégeois, professeur en relations internationales à l'UCLouvain également, constate une amélioration des armements, avec des applications plus spécifiques, et moins de dommages collatéraux. Une arme qui pourrait détruire des structures profondément enfouies sous terre, comme des mines d'uranium en Iran, par exemple. "Et le fait d'avoir ces armes, plus petites, et moins destructrices, peut pousser à vouloir les utiliser", réfléchit le spécialiste, et rappelle que depuis Nagasaki, aucune arme nucléaire n'a été utilisée sciemment.Après la Seconde Guerre mondiale, la Guerre froide s'est déclarée, et le menace d'une bombe nucléaire semblait constante. La Belgique, membre de l'Otan, n'y a pas échappé.Pendant la guerre froide, des armes nucléaires américaines étaient stockées en Belgique, parce que la Belgique fait partie de l'Otan et que l'idée de l'Otan est de faire un front commun, de montrer une force commune, afin de dissuader l'Union soviétique d'attaquer l'Ouest, explique Michel Liégeois. "Mais la présence de ces armes n'a jamais été confirmée officiellement."Selon le spécialiste, la Russie serait aujourd'hui moins menaçante, même s'il y a des tensions, et qu'elle commence à se montrer plus hégémonique. D'un point de vue militaire, ces armes ne seraient plus nécessaires. Mais d'un point de vue politique, symbolique, pour marquer l'engagement dans les alliances? "La réponse dépend de la personne à qui on pose la question. Mais les avis pour ouvrir le débat semblent de plus en plus nombreux. La Belgique ne voudrait pas se retirer unilatéralement de l'Otan sur cette question, mais elle pourrait dans le futur être ouverte à en discuter avec les autres pays membres", continue Michel Liégeois.Ces armes, toujours présentes, seront remplacés entre 2022 et 2024, par des armes plus facilement déployables. "Je ne pense pas que la Russie va être choquée. Il ne devrait pas y avoir de bouleversement", estime Dorothée Vandamme. Les armes américaines doivent être remplacées pour respecter les engagements de la Belgique auprès de l'Otan, et à cause de modifications technologiques.A l'exact opposé de la Terre, une autre polémique d'armement fait rage.Les sous-marins commandés par l'Australie, qu'ils soient français ou américains, ne sont pas des armes nucléaires. Les modèles américains fonctionnent à propulsion nucléaire. Cette technologie permet de ne pas devoir les recharger, car le moteur fonctionne avec de l'énergie nucléaire, qui peut presque continuer à l'infini. Mais cette commande s'inscrit dans un contexte de tensions avec la Chine, expansionniste sur le Pacifique."Il s'agit d'un message de dissuasion envers la Chine", explique Dorothée Vandamme. "Et le fait de choisir les sous-marins américains montre un front commun sur le Pacifique, une alliance avec les Etats-Unis, contre la Chine." Mais un choix qui peut également se retourner contre l'Otan, car la désunion et les tensions diplomatiques avec la France jouent le jeu de la Chine et de la Russie."L'Australie anticipe le durcissement de la Chine, et commande des sous-marins qui ne sont pas livrés avant 2030, au moins. Mais pour se faire respecter, il faut montrer des moyens qui peuvent calmer les ardeurs des opposants", analyse aussi Michel Liégeois. Selon le chercheur, des experts pensent que l'Australie se trouverait alors sur la pente glissante vers l'armement nucléaire. Mais l'Australie n'aurait jamais exprimé le souhait de devenir une puissance nucléaire. Elle est d'ailleurs signataire du Traité sur la non-prolifération de l'armement nucléaire (TNP), et devrait d'abord s'en extraire pour pouvoir s'armer.Le TNP est entré en 1970. En principe, il encourage les Etats signataires à ne pas augmenter leur capacité en armement nucléaire. "On constate que les Etats font peu d'efforts vers le désarmement", analyse Dorothée Vandamme (le désarmement étant une des clauses du traité). Le remplacement des armes nucléaires en Belgique ne serait ainsi d'ailleurs pas contraire au droit international, car il n'y aurait pas d'augmentation du nombre d'armes."Depuis les années 90, et certainement depuis le début des années 2000, le TNP fait objet de révisions. Les dernières révisions ont d'ailleurs été des échecs cuisants", ajoute Dorothée Vandamme. Pour Michel Liégeois, le traité est un outil de contrôle important, qui permet de faire des vérifications sur l'utilisation des armes nucléaires auprès des pays signataires. Ce qui crée la discorde avec l'Iran : pays qui a signé, mais ne veut pas se soumettre aux contrôles.Seule l'Inde, le Pakistan, le Soudan du Sud, et Israël n'ont pas signé ce traité. La Corée du Nord s'est retirée en 2003. Un autre traité, sur l'interdiction des essais nucléaires n'a pas reçu assez de signatures pour être recevable.Le traité sur l'interdiction des armes nucléaires a été signé en 2020. Il n'a pas été signé par les puissances nucléaires, ni les pays membres de l'Otan, dont la Belgique, donc ne s'applique pas à ces pays (contrairement à ce qu'affirmait sur les ondes de la RTBF Samuel Legros, porte-parole de la Coordination nationale d'action pour la paix et la démocratie, CNPAD). Les pays qui l'ont signé sont pour la plupart des pays du Sud. La valeur du traité est avant tout symbolique, car il interdit l'arme nucléaire dans des pays qui ne l'utilisent pas, et ne l'interdit pas à ceux qui l'utilisent."Ce traité veut interdire les armes nucléaires, sur le modèle des traités sur l'interdiction des armes de destructions de masse, comme les armes chimiques, biologiques, et les mines anti-personnel", analyse Michel Liégeois. "Mais l'utilisation des armes nucléaires n'est de facto pas la même, c'est surtout une stratégie de défense, et un pays, comme Israël notamment, ne peut pas simplement arrêter sa stratégie de défense comme ça, il devrait alors tout changer." Le professeur estime qu'une folie comme la course à l'armement entre les Américains et les Soviétiques n'est plus pensable aujourd'hui. "Les Américains avaient 30.000 têtes nucléaires à un moment donné, qui étaient capables de détruire la Terre plusieurs fois, mais ça n'aurait plus de sens aujourd'hui. Politiquement on n'est pas plus fort avec des têtes en plus, un peu de nucléaire suffit déjà pour dissuader, et avoir un place dans le Conseil de Sécurité de l'ONU." Les opposants aux armes nucléaires pointent avant tout le fait qu'un accident ou une escalade d'un conflit peut vite arriver, et que cela aurait des conséquences dramatiques, irréversibles, et à très long terme sur les populations et l'environnement concernés.