L'enrichissement à 60% marquerait une étape supplémentaire et inédite dans la violation des engagements pris par l'Iran en vertu d'un accord international conclu à Vienne en 2015 pour limiter son programme nucléaire, au moment même où des discussions doivent continuer en Autriche pour sauver ce pacte. En riposte au retrait américain en 2018 de cet accord international et au rétablissement par Washington de sanctions au nom d'une politique de "pression maximale" à son encontre, l'Iran s'est affranchi depuis 2019 de la plupart des engagements clés pris à Vienne.

le complexe nucléaire de Natanz, BELGAIMAGE
le complexe nucléaire de Natanz © BELGAIMAGE

Abbas Araghchi, ministre des Affaires étrangères adjoint, a annoncé les intentions d'enrichissement à 60% de l'Iran "dans une lettre à Rafael Grossi", directeur exécutif de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), le gendarme onusien du nucléaire, selon l'agence de presse officielle Irna. "Les préparatifs (pour la mise en oeuvre de cette décision) commenceront cette nuit" à Natanz, a annoncé l'Organisation iranienne de l'énergie atomique (OIEA). L'uranium enrichi à 60% servira à "produire du molybdène utilisé à des fins de fabrication de différents produits radiothérapeutiques", affirme l'OIEA. Le mobyldène est un métal dur généralement utilisé dans les alliages.

Que s'est-il passé à Natanz?

Difficile d'être affirmatif. Les informations disponibles sont parcellaires et les éléments communiqués par les autorités iraniennes parfois contradictoires. Les médias iraniens n'ont publié aucune photo ni vidéo des lieux depuis dimanche. "Le sabotage de dimanche a eu lieu dans un fourreau de câbles électriques alimentant le système des centrifugeuses (utilisées pour enrichir l'uranium), ce qui a endommagé celui-ci", a déclaré mardi Ali Rabii, porte-parole du gouvernement iranien. "Ce n'était pas une attaque externe et l'endroit du sabotage a été clairement établi", a-t-il ajouté. La veille, l'Organisation iranienne de l'énergie atomique avait fini par reconnaître qu'une "petite explosion" avait causé des dégâts "rapidement" réparables. Mais, selon la diplomatie iranienne qui accuse Israël et a promis une "vengeance" en temps et en heure, des centrifugeuses dites de première génération (IR-1) ont été endommagées.Selon le New York Times, citant des responsables au sein des renseignements israéliens et américains, "Israël a joué un rôle" dans ce qu'il s'est passé à Natanz, où "une forte explosion" causée par une bombe introduite "clandestinement" dans l'usine aurait "totalement détruit (...) le système électrique interne alimentant les centrifugeuses qui enrichissent de l'uranium sous terre". Washington nie toute implication.

La République islamique enrichit actuellement de l'uranium à 20% en isotope 235, au-delà de la limite de 3,67% fixée par l'accord. Un enrichissement à 60% la mettrait en mesure de passer rapidement aux 90% nécessaires pour une utilisation à des fins militaires. La République islamique a toujours nié vouloir se doter de l'arme nucléaire.

L'AIEA a confirmé avoir été informée par l'Iran de son intention d'enrichir l'uranium à 60%, une décision que la France a "condamné" comme un "développement grave" nécessitant "une réponse coordonnée" des pays impliqués dans les négociations sur le dossier nucléaire. La Maison Blanche a de son côté affirmé rester disposée à poursuivre les négociations avec l'Iran malgré ces "annonces provocantes".

- "Sauvegarder l'accord" -

Dans sa lettre, M. Araghchi déclare que "1.000 centrifugeuses supplémentaires d'une capacité 50% supérieure seront ajoutées aux machines présentes à Natanz, en sus du remplacement des machines abîmées" par l'explosion survenue dimanche dans ce complexe nucléaire du centre de l'Iran, ajoute Irna sans plus de précisions. Ces annonces surviennent quelques heures après une rencontre à Téhéran entre le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, et son homologue russe, Sergueï Lavrov.

Abbas Araghchi, ISOPIX
Abbas Araghchi © ISOPIX

Plus tôt, la télévision d'Etat avait annoncé que M. Araghchi avait quitté Téhéran pour participer mercredi à Vienne à une réunion sur les discussions en cours. Mais selon Moscou, cette réunion a été reportée à jeudi. Ces discussions sont destinées à réintégrer les Etats-Unis au sein de l'accord de 2015 et à ramener Téhéran à l'application stricte du texte, en échange de la levée des sanctions américaines. "Nous tablons sur le fait qu'on pourra sauvegarder l'accord et que Washington reviendra enfin à (sa) mise en oeuvre pleine et entière", a déclaré Sergueï Lavrov. M. Lavrov s'en est aussi pris avec virulence à l'UE et à sa décision de sanctionner huit responsables iraniens pour leur rôle dans la répression violente d'une vague de contestation en novembre 2019.

"Si cette décision a été prise de manière volontaire en pleine négociations à Vienne (...), alors c'est une erreur qui serait pire qu'un crime", a-t-il lâché.

- "Mauvais pari" -

"Grâce au (Premier ministre israélien Benjamin) Netanyahu et à la pression maximale de Washington, l'Iran (...) va maintenant enrichir à des niveaux sans précédent, avec moins de surveillance internationale. Bravo à tous !", a commenté sur Twitter, non sans ironie, Ali Vaez, de l'International Crisis Group. Téhéran a accusé Israël d'avoir saboté dimanche son usine d'enrichissement d'uranium de Natanz, promettant une "vengeance" en temps et en heure. Selon l'Iran, une "petite explosion" a entraîné une panne de courant et des dégâts "rapidement" réparables.

Mohammad Javad Zarif, AFP
Mohammad Javad Zarif © AFP

Le New York Times, selon qui l'opération a été menée par les Israéliens, écrit mardi de Jérusalem, citant "un responsable des renseignements", qu'"un engin explosif a été introduit clandestinement dans l'usine". Washington a nié toute implication. "Les Israéliens, s'ils pensaient pouvoir stopper les efforts de l'Iran pour faire lever les sanctions (...), ont fait un très mauvais pari", a dit M. Zarif. Mardi, une chaîne israélienne a rapporté qu'un bateau israélien avait été la cible d'une attaque près des côtes émiraties, au large de l'Iran. Les discussions de Vienne réunissent les Etats encore parties à l'accord sur le nucléaire iranien (Allemagne, Chine, France, Royaume-Uni, Iran et Russie), sous l'égide de l'Union européenne. Washington y est associé mais sans contact direct avec les Iraniens. Joe Biden, qui a succédé à M. Trump en janvier, a signalé son intention de réintégrer l'accord de 2015. Mais jusqu'à présent, Téhéran et Washington exigent mutuellement de l'autre qu'il fasse le premier pas. La Maison Blanche a "réaffirmé" mardi "l'indéfectible engagement" du gouvernement américain "en faveur de la sécurité d'Israël et à garantir que l'Iran n'obtienne jamais l'arme nucléaire".

L'enrichissement à 60% marquerait une étape supplémentaire et inédite dans la violation des engagements pris par l'Iran en vertu d'un accord international conclu à Vienne en 2015 pour limiter son programme nucléaire, au moment même où des discussions doivent continuer en Autriche pour sauver ce pacte. En riposte au retrait américain en 2018 de cet accord international et au rétablissement par Washington de sanctions au nom d'une politique de "pression maximale" à son encontre, l'Iran s'est affranchi depuis 2019 de la plupart des engagements clés pris à Vienne. Abbas Araghchi, ministre des Affaires étrangères adjoint, a annoncé les intentions d'enrichissement à 60% de l'Iran "dans une lettre à Rafael Grossi", directeur exécutif de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), le gendarme onusien du nucléaire, selon l'agence de presse officielle Irna. "Les préparatifs (pour la mise en oeuvre de cette décision) commenceront cette nuit" à Natanz, a annoncé l'Organisation iranienne de l'énergie atomique (OIEA). L'uranium enrichi à 60% servira à "produire du molybdène utilisé à des fins de fabrication de différents produits radiothérapeutiques", affirme l'OIEA. Le mobyldène est un métal dur généralement utilisé dans les alliages.La République islamique enrichit actuellement de l'uranium à 20% en isotope 235, au-delà de la limite de 3,67% fixée par l'accord. Un enrichissement à 60% la mettrait en mesure de passer rapidement aux 90% nécessaires pour une utilisation à des fins militaires. La République islamique a toujours nié vouloir se doter de l'arme nucléaire. L'AIEA a confirmé avoir été informée par l'Iran de son intention d'enrichir l'uranium à 60%, une décision que la France a "condamné" comme un "développement grave" nécessitant "une réponse coordonnée" des pays impliqués dans les négociations sur le dossier nucléaire. La Maison Blanche a de son côté affirmé rester disposée à poursuivre les négociations avec l'Iran malgré ces "annonces provocantes".Dans sa lettre, M. Araghchi déclare que "1.000 centrifugeuses supplémentaires d'une capacité 50% supérieure seront ajoutées aux machines présentes à Natanz, en sus du remplacement des machines abîmées" par l'explosion survenue dimanche dans ce complexe nucléaire du centre de l'Iran, ajoute Irna sans plus de précisions. Ces annonces surviennent quelques heures après une rencontre à Téhéran entre le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, et son homologue russe, Sergueï Lavrov. Plus tôt, la télévision d'Etat avait annoncé que M. Araghchi avait quitté Téhéran pour participer mercredi à Vienne à une réunion sur les discussions en cours. Mais selon Moscou, cette réunion a été reportée à jeudi. Ces discussions sont destinées à réintégrer les Etats-Unis au sein de l'accord de 2015 et à ramener Téhéran à l'application stricte du texte, en échange de la levée des sanctions américaines. "Nous tablons sur le fait qu'on pourra sauvegarder l'accord et que Washington reviendra enfin à (sa) mise en oeuvre pleine et entière", a déclaré Sergueï Lavrov. M. Lavrov s'en est aussi pris avec virulence à l'UE et à sa décision de sanctionner huit responsables iraniens pour leur rôle dans la répression violente d'une vague de contestation en novembre 2019."Si cette décision a été prise de manière volontaire en pleine négociations à Vienne (...), alors c'est une erreur qui serait pire qu'un crime", a-t-il lâché."Grâce au (Premier ministre israélien Benjamin) Netanyahu et à la pression maximale de Washington, l'Iran (...) va maintenant enrichir à des niveaux sans précédent, avec moins de surveillance internationale. Bravo à tous !", a commenté sur Twitter, non sans ironie, Ali Vaez, de l'International Crisis Group. Téhéran a accusé Israël d'avoir saboté dimanche son usine d'enrichissement d'uranium de Natanz, promettant une "vengeance" en temps et en heure. Selon l'Iran, une "petite explosion" a entraîné une panne de courant et des dégâts "rapidement" réparables.Le New York Times, selon qui l'opération a été menée par les Israéliens, écrit mardi de Jérusalem, citant "un responsable des renseignements", qu'"un engin explosif a été introduit clandestinement dans l'usine". Washington a nié toute implication. "Les Israéliens, s'ils pensaient pouvoir stopper les efforts de l'Iran pour faire lever les sanctions (...), ont fait un très mauvais pari", a dit M. Zarif. Mardi, une chaîne israélienne a rapporté qu'un bateau israélien avait été la cible d'une attaque près des côtes émiraties, au large de l'Iran. Les discussions de Vienne réunissent les Etats encore parties à l'accord sur le nucléaire iranien (Allemagne, Chine, France, Royaume-Uni, Iran et Russie), sous l'égide de l'Union européenne. Washington y est associé mais sans contact direct avec les Iraniens. Joe Biden, qui a succédé à M. Trump en janvier, a signalé son intention de réintégrer l'accord de 2015. Mais jusqu'à présent, Téhéran et Washington exigent mutuellement de l'autre qu'il fasse le premier pas. La Maison Blanche a "réaffirmé" mardi "l'indéfectible engagement" du gouvernement américain "en faveur de la sécurité d'Israël et à garantir que l'Iran n'obtienne jamais l'arme nucléaire".