Les habitants des îles Palaos ont un adage que l'on pourrait traduire en français par "demain est encore à venir". Il enseigne aux enfants de cet archipel composé de plusieurs centaines d'îles du Pacifique à prendre en considération l'impact qu'auront leurs actions présentes sur les générations futures. Malgré leur prédisposition depuis leur plus jeune âge à se soucier de l'avenir de leur prochain, les enfants de cet état insulaire sont les premiers touchés par le dérèglement climatique, une crise qu'ils n'ont ni provoquée, ni les moyens de combattre seuls.

Les leaders présents à la COP de Glasgow n'ont pas pris la mesure de cette profonde injustice. Nous ne voulons pas vivre sur une planète minée par leur inaction politique. C'est pour cela que nous avons fait le voyage jusqu'à Glasgow : nous voulons les interpeller sur le fait que les mesures entreprises jusqu'ici sont loin d'être suffisantes. Nous sommes 60 jeunes issus d'horizons divers, mais nous sommes tous confrontés aux effets dévastateurs de la crise climatique dans nos pays respectifs, à savoir le Burkina Faso, le Burundi, le Niger, la République centrafricaine, la Colombie, les Pays-Bas, le Danemark, la Hongrie, la Lettonie, l'Espagne et la Belgique.

Nous pensons que les gros pollueurs historiques ont le devoir moral de considérer les pertes et les préjudices subis par les pays à faible revenu comme une question prioritaire dans les négociations sur les politiques climatiques, et non comme une question subsidiaire. Nous exigeons que les pertes et préjudices qu'ils ont causés soient une priorité lors de la COP 26 et un thème récurent de toutes les COP qui suivront. Ceux qui ont détruit la planète doivent payer pour atténuer les effets du changement climatique subis de plein fouet par les communautés qui y ont le moins contribué.

La COP des promesses non tenues

Pourtant, les promesses des pays riches n'ont toujours pas été tenues. L'objectif de 100 milliards de dollars pour les pays du Sud ne serait atteignable qu'en 2023, nous promet-on à Glasgow. Aujourd'hui, ceux qui détruisent nos écosystèmes laissent les autres payer le prix fort de la crise climatique. Ils n'ont que faire des adages des peuples profondément connectés à leur environnement. Les ouragans, les sécheresses et les inondations toujours plus fréquents et intenses qu'ils subissent sont les conséquences directes d'un climat de violence alimentés depuis des décennies par la cupidité, l'exploitation, la concurrence à outrance, la colonisation, les inégalités, le racisme, l'injustice intergénérationnelle et la violence fondée sur le genre.

Des conséquences qui ne devraient bientôt plus être de l'ordre de l'abstrait pour les dirigeants des pays industrialisés qui eux aussi commencent à subir les effets du dérèglement climatique. Pourtant, ces effets ne sont pas vécus de la même manière partout dans le monde. Projetez-vous un instant dans un pays qui subit de plein fouet les conséquences de la crise climatique. Imaginez que votre subsistance dépende de la culture d'une terre que vous ne possédez pas et dont vous ne pouvez pas hériter en raison de votre sexe, et pourtant vous vous échinez chaque jour pour la rendre productive. Seulement voilà, la surconsommation des pays riches entraîne dans le pays dans lequel vous vivez un réchauffement deux fois plus rapide que la moyenne mondiale. Résultat, la fertilité de vos sols part en poussière et vous finissez par perdre vos moyens de subsistance, votre travail et finalement votre maison. Vous essayez tant bien que mal de réclamer des réparations mais on vous ignore. Et lorsque vous êtes démunis au point que n'avez plus d'autre choix que de prendre le chemin de l'exil, comme les 30 millions de personnes qui sont devenues des réfugiés climatiques avant vous, on vous claque la porte au nez.

L'activisme, une question de survie

Cette métaphore fait écho aux innombrables récits qui nous ont été rapportés par les personnes que nous avons rencontrées à Glasgow, devenues activistes pour éviter à toujours plus d'habitants de la planète d'endurer ce qui est devenu leur réalité quotidienne. Des personnes comme Marinel Sumook Ubaldo, une Philippine de 24 ans dont la famille menait une vie en harmonie avec la nature avant d'être déracinée par le passage destructeur du typhon Haiyan. Elle n'a eu d'autre choix que de devenir militante, car pour elle, il s'agit d'une question de survie pour sa communauté et pour éviter notre destruction commune à tous.

C'est cette bienveillance qui doit être au coeur des politiques climatiques en matière de pertes et de préjudices. Nous avons besoin de réponses locales, collectives et intersectionnelles et qui reposent sur l'égalité et la justice. C'est pourquoi les nations et les multinationales qui ont le plus contribué à la crise climatique ne peuvent plus échapper à leurs responsabilités historiques. Ces politiques ne peuvent plus reposer sur un engagement volontaire de leur part mais doivent devenir juridiquement contraignante. Il faut un cadre structurel qui prévoit que les dommages provoqués par les gros pollueurs soient pris en compte et où l'adaptation et l'atténuation deviennent prioritaires afin d'éviter les pertes et dommages futurs. Ces financements doivent être basés sur le sens des responsabilités, et non sur une supposée culpabilité ou de la charité, et ils doivent être séparés des financements nécessaires à la mise en oeuvre des stratégies d'adaptation et d'atténuation au changement climatique. Des CND (contributions déterminées au niveau national) plus régulières, comprenant des plans de contribution aux pertes et dommages réguliers, explicites et juridiquement contraignants, contribueront à garantir que les responsables politiques respecteront leurs engagements.

Financement climat : un devoir moral

Les communautés qui sont en première ligne doivent être décisionnaires en matière de pertes et de préjudices. Elles sont les mieux placées pour déterminer leur portée puisqu'elles sont les premières concernées. Il faut qu'elles puissent gérer les ressources financières qui seront dégagées par la communauté internationale et nous devons nous assurer que les femmes et les jeunes soient représentés à tous les stades de leur déploiement. Pour éviter d'autres pertes et préjudices, la protection des forêts et des habitats naturels doit être confiée à leurs gardiens légitimes afin que les écosystèmes dans lesquels ils vivent puissent retrouver la riche biodiversité qui leur permet de s'épanouir et de prospérer. Le changement climatique ne provoque pas uniquement des pertes et préjudices économiques, ils ont aussi de graves impacts sur la santé mentale des communautés concernées. Il faut dès lors prendre en compte l'impact du dérèglement climatique sur le bien-être psychologique par le biais de mesures politiques explicites.

Enfin, il faut repenser la citoyenneté mondiale à la lumière des migrations climatiques. Ceux qui détruisent les écosystèmes loin de chez eux doivent partager l'espace qu'ils occupent avec ceux qu'ils ont contraint à fuir. Il faut faire en sorte que les personnes puissent se déplacer de manière ordonnée, sans devoir périr en mer ou au cours d'un voyage périlleux. Repensez l'enfance que vous voulez nous donner afin que nous n'ayons plus à subir les conséquences des bouleversements climatiques que vous avez provoqués.

Nous venons de plus de 10 pays différents. L'anglais n'est pas notre langue langue maternelle et pourtant, en moins de quatre heures, nous avons réussi à nous écouter, à partager nos expériences et à élaborer notre vision de l'avenir dont nous voulons hériter. Si nous pouvons le faire, les décideurs politiques peuvent le faire aussi.

Cette tribune a été rédigée par 60 jeunes du monde entier qui se sont réunis pour lancer un appel à la justice climatique aux leaders présents à la COP-26

Les habitants des îles Palaos ont un adage que l'on pourrait traduire en français par "demain est encore à venir". Il enseigne aux enfants de cet archipel composé de plusieurs centaines d'îles du Pacifique à prendre en considération l'impact qu'auront leurs actions présentes sur les générations futures. Malgré leur prédisposition depuis leur plus jeune âge à se soucier de l'avenir de leur prochain, les enfants de cet état insulaire sont les premiers touchés par le dérèglement climatique, une crise qu'ils n'ont ni provoquée, ni les moyens de combattre seuls. Les leaders présents à la COP de Glasgow n'ont pas pris la mesure de cette profonde injustice. Nous ne voulons pas vivre sur une planète minée par leur inaction politique. C'est pour cela que nous avons fait le voyage jusqu'à Glasgow : nous voulons les interpeller sur le fait que les mesures entreprises jusqu'ici sont loin d'être suffisantes. Nous sommes 60 jeunes issus d'horizons divers, mais nous sommes tous confrontés aux effets dévastateurs de la crise climatique dans nos pays respectifs, à savoir le Burkina Faso, le Burundi, le Niger, la République centrafricaine, la Colombie, les Pays-Bas, le Danemark, la Hongrie, la Lettonie, l'Espagne et la Belgique.Nous pensons que les gros pollueurs historiques ont le devoir moral de considérer les pertes et les préjudices subis par les pays à faible revenu comme une question prioritaire dans les négociations sur les politiques climatiques, et non comme une question subsidiaire. Nous exigeons que les pertes et préjudices qu'ils ont causés soient une priorité lors de la COP 26 et un thème récurent de toutes les COP qui suivront. Ceux qui ont détruit la planète doivent payer pour atténuer les effets du changement climatique subis de plein fouet par les communautés qui y ont le moins contribué. Pourtant, les promesses des pays riches n'ont toujours pas été tenues. L'objectif de 100 milliards de dollars pour les pays du Sud ne serait atteignable qu'en 2023, nous promet-on à Glasgow. Aujourd'hui, ceux qui détruisent nos écosystèmes laissent les autres payer le prix fort de la crise climatique. Ils n'ont que faire des adages des peuples profondément connectés à leur environnement. Les ouragans, les sécheresses et les inondations toujours plus fréquents et intenses qu'ils subissent sont les conséquences directes d'un climat de violence alimentés depuis des décennies par la cupidité, l'exploitation, la concurrence à outrance, la colonisation, les inégalités, le racisme, l'injustice intergénérationnelle et la violence fondée sur le genre.Des conséquences qui ne devraient bientôt plus être de l'ordre de l'abstrait pour les dirigeants des pays industrialisés qui eux aussi commencent à subir les effets du dérèglement climatique. Pourtant, ces effets ne sont pas vécus de la même manière partout dans le monde. Projetez-vous un instant dans un pays qui subit de plein fouet les conséquences de la crise climatique. Imaginez que votre subsistance dépende de la culture d'une terre que vous ne possédez pas et dont vous ne pouvez pas hériter en raison de votre sexe, et pourtant vous vous échinez chaque jour pour la rendre productive. Seulement voilà, la surconsommation des pays riches entraîne dans le pays dans lequel vous vivez un réchauffement deux fois plus rapide que la moyenne mondiale. Résultat, la fertilité de vos sols part en poussière et vous finissez par perdre vos moyens de subsistance, votre travail et finalement votre maison. Vous essayez tant bien que mal de réclamer des réparations mais on vous ignore. Et lorsque vous êtes démunis au point que n'avez plus d'autre choix que de prendre le chemin de l'exil, comme les 30 millions de personnes qui sont devenues des réfugiés climatiques avant vous, on vous claque la porte au nez. Cette métaphore fait écho aux innombrables récits qui nous ont été rapportés par les personnes que nous avons rencontrées à Glasgow, devenues activistes pour éviter à toujours plus d'habitants de la planète d'endurer ce qui est devenu leur réalité quotidienne. Des personnes comme Marinel Sumook Ubaldo, une Philippine de 24 ans dont la famille menait une vie en harmonie avec la nature avant d'être déracinée par le passage destructeur du typhon Haiyan. Elle n'a eu d'autre choix que de devenir militante, car pour elle, il s'agit d'une question de survie pour sa communauté et pour éviter notre destruction commune à tous. C'est cette bienveillance qui doit être au coeur des politiques climatiques en matière de pertes et de préjudices. Nous avons besoin de réponses locales, collectives et intersectionnelles et qui reposent sur l'égalité et la justice. C'est pourquoi les nations et les multinationales qui ont le plus contribué à la crise climatique ne peuvent plus échapper à leurs responsabilités historiques. Ces politiques ne peuvent plus reposer sur un engagement volontaire de leur part mais doivent devenir juridiquement contraignante. Il faut un cadre structurel qui prévoit que les dommages provoqués par les gros pollueurs soient pris en compte et où l'adaptation et l'atténuation deviennent prioritaires afin d'éviter les pertes et dommages futurs. Ces financements doivent être basés sur le sens des responsabilités, et non sur une supposée culpabilité ou de la charité, et ils doivent être séparés des financements nécessaires à la mise en oeuvre des stratégies d'adaptation et d'atténuation au changement climatique. Des CND (contributions déterminées au niveau national) plus régulières, comprenant des plans de contribution aux pertes et dommages réguliers, explicites et juridiquement contraignants, contribueront à garantir que les responsables politiques respecteront leurs engagements.Les communautés qui sont en première ligne doivent être décisionnaires en matière de pertes et de préjudices. Elles sont les mieux placées pour déterminer leur portée puisqu'elles sont les premières concernées. Il faut qu'elles puissent gérer les ressources financières qui seront dégagées par la communauté internationale et nous devons nous assurer que les femmes et les jeunes soient représentés à tous les stades de leur déploiement. Pour éviter d'autres pertes et préjudices, la protection des forêts et des habitats naturels doit être confiée à leurs gardiens légitimes afin que les écosystèmes dans lesquels ils vivent puissent retrouver la riche biodiversité qui leur permet de s'épanouir et de prospérer. Le changement climatique ne provoque pas uniquement des pertes et préjudices économiques, ils ont aussi de graves impacts sur la santé mentale des communautés concernées. Il faut dès lors prendre en compte l'impact du dérèglement climatique sur le bien-être psychologique par le biais de mesures politiques explicites.Enfin, il faut repenser la citoyenneté mondiale à la lumière des migrations climatiques. Ceux qui détruisent les écosystèmes loin de chez eux doivent partager l'espace qu'ils occupent avec ceux qu'ils ont contraint à fuir. Il faut faire en sorte que les personnes puissent se déplacer de manière ordonnée, sans devoir périr en mer ou au cours d'un voyage périlleux. Repensez l'enfance que vous voulez nous donner afin que nous n'ayons plus à subir les conséquences des bouleversements climatiques que vous avez provoqués.Nous venons de plus de 10 pays différents. L'anglais n'est pas notre langue langue maternelle et pourtant, en moins de quatre heures, nous avons réussi à nous écouter, à partager nos expériences et à élaborer notre vision de l'avenir dont nous voulons hériter. Si nous pouvons le faire, les décideurs politiques peuvent le faire aussi.Cette tribune a été rédigée par 60 jeunes du monde entier qui se sont réunis pour lancer un appel à la justice climatique aux leaders présents à la COP-26