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De plus en plus de mouvements sociaux, parfois radicaux, se sont dressés, ces dernières années, pour tenter de faire bouger les décideurs. On se souvient des grèves scolaires du vendredi et des jeunes qui manifestent aux quatre coins de la planète, avant l'épidémie de Covid-19. Le mouvement s'est réamorcé depuis peu. "Cet engagement est profond, il s'inscrit aussi dans leur vie quotidienne dès le lever du lit, dans leur choix pour s'alimenter, se déplacer, se laver même, analyse Geoffrey Pleyers, sociologue à l'UCLouvain, auteur d'études sur l'activisme des jeunes. Ils sont évidemment plus concernés par l'avenir climatique".Aux manifestations de rue se sont ajoutées des actions de désobéissance civile. En avril 2019, le groupe anglais Extinction Rebellion (XR) a organisé une série d'événements dans une trentaine de pays, d'abord avec une spectaculaire opération de blocage de lieux emblématiques de Londres, par des chaînes humaines. Y participaient des milliers de personnes qui n'avaient jamais manifesté de leur vie. XR est toujours actif: ses militants ont paralysé le centre de Zurich, le 4 octobre dernier. Aux Etats-Unis, le mouvement de jeunes Sunrise, qui a pesé sur la campagne présidentielle de 2020, est du même acabit. Fin 2017, ils avaient occupé le bureau de Nancy Pelosi, chef des démocrates à la Chambre des représentants. L'ONG 350.org a été à l'origine de nombreuses campagnes pour le climat, dont celle, planétaire, du désinvestissement fossile. Pour Christiana Figueres, la responsable climat de l'ONU qui a joué un rôle clé dans l'accord de Paris (COP 21), les actions de résistance citoyenne peuvent être très efficaces. "L'histoire a montré que si 3,5% de la population prenaient part à un mouvement de protestation non violent, cela pouvait entraîner une mutation politique systémique", écrit-elle dans son livre Inventons notre avenir! (Albin Michel, 2021). Pour elle, "l'une de nos responsabilités les plus pressantes est de nous engager à tous les niveaux du système politique et de demander des comptes à nos représentants". A fortiori dans les pays où les autorités ont déclaré "l'état d'urgence climatique", à la suite de l'appel de l'ONU il y a deux ans. L'UE en fait partie. De plus en plus, l'action citoyenne se joue aussi par la voie judiciaire. "L'affaire du siècle", initiative de plusieurs ONG, vient d'obtenir la condamnation de l'Etat français pour non-respect de ses engagements en matière de réduction des gaz à effet de serre. Ce n'est pas une première. En 2019, l'ONG Urgenda avait fait condamner le gouvernement néerlandais qui avait ensuite réagi en interdisant le charbon pour la production d'électricité. Idem en Belgique où les différents gouvernements se sont vu condamner pour leur politique climatique négligente, le 17 juin dernier, dans l'"Affaire climat" engageant près de soixante mille citoyens. En vain jusqu'ici. L'"Affaire climat" a récemment écrit une lettre ouverte au Premier ministre pour déplorer son "silence assourdissant" après le jugement.