Le judo est ancré dans l'ADN japonais. Le surf , comme le base-ball, extrêmement populaire sur l'archipel, est un produit d'importation. Et pas n'importe lequel. Impossible de distinguer la planche reine des vagues de l'ombre prégnante américaine. Le double cataclysme d'Hiroshima-Nagasaki, en août 1945, contraint le pays à la reddition. Depuis, le Japon vit toujours avec la présence militaire américaine, dispersée en diverses bases - dont celle, majeure, de l'île d'Okinawa - et une vaste influence culturelle yankee. Qui, en 2021, mobilise encore 37 000 soldats de l'US Army en différents points du pays. "En fait, le surf a été une sorte de transition entre l'ancienne société japonaise et la modernité des années 1960", résume Michio Degawa, 70 ans, champion de surf dans le Japon des sixties-seventies. Belle gueule, belle silhouette, il habite et travaille à Kamakura, où il possède un magasin chic qui vend entre autres ses propres créations de planches. Cette cité balnéaire à une heure de train de Tokyo évoque une sorte de mini-San Francisco par son évident boboïsme et son imprenable vue sur le Pacifique. Avec maisons en bois sur les hauteurs et avertissements affichés dans la rue qu'en cas de tsunami, l'abri se trouve à 950 mètres de la plage. D'où les é...

Le judo est ancré dans l'ADN japonais. Le surf , comme le base-ball, extrêmement populaire sur l'archipel, est un produit d'importation. Et pas n'importe lequel. Impossible de distinguer la planche reine des vagues de l'ombre prégnante américaine. Le double cataclysme d'Hiroshima-Nagasaki, en août 1945, contraint le pays à la reddition. Depuis, le Japon vit toujours avec la présence militaire américaine, dispersée en diverses bases - dont celle, majeure, de l'île d'Okinawa - et une vaste influence culturelle yankee. Qui, en 2021, mobilise encore 37 000 soldats de l'US Army en différents points du pays. "En fait, le surf a été une sorte de transition entre l'ancienne société japonaise et la modernité des années 1960", résume Michio Degawa, 70 ans, champion de surf dans le Japon des sixties-seventies. Belle gueule, belle silhouette, il habite et travaille à Kamakura, où il possède un magasin chic qui vend entre autres ses propres créations de planches. Cette cité balnéaire à une heure de train de Tokyo évoque une sorte de mini-San Francisco par son évident boboïsme et son imprenable vue sur le Pacifique. Avec maisons en bois sur les hauteurs et avertissements affichés dans la rue qu'en cas de tsunami, l'abri se trouve à 950 mètres de la plage. D'où les énormes structures de béton qui, en théorie, mettent la digue à l'abri. Rappelant, mine de rien, que cet archipel de 6 852 îles vit depuis des millénaires avec une épée de Damoclès qui s'appelle ici tremblements de terre et vagues géantes. Comme pour justifier le temps qui passe, la vaste baie de Kamakura fut en 1964 le site des compétitions olympiques de voile et elle est devenue, au fil des décennies, "le centre spirituel du surf japonais" selon Michio Degawa, qu'on nomme, formule de politesse incluse, Degawa San. Un de ses amis, GG San, que l'on repère parce qu'il fume la pipe à côté de sa planche en regardant la mer, corrobore l'idée que le surf via les Américains des bases alentours a donné un autre parfum aux presque 30 000 kilomètres de côtes japonaises: "Notre génération a quand même été épatée par l'exemple des surfeurs américains qui venaient à Kamakura et ailleurs. Ils avaient des corps athlétiques et puis la volonté d'affronter l'océan." Kamakura est un endroit d'autant plus particulier qu'au-delà de ses atours de carte postale superagréable, la localité bénéficie pendant toute l'année d'un climat clément. L'été, la fraîcheur océanique évite la désagréable chaleur humide de Tokyo. Elle permet même d'affronter un hiver bien moins rigoureux qu'au nord de l'Archipel, notamment de la très neigeuse île d'Hokkaido. Très loin de la monotonie urbaine, celle des 37 millions de Tokyoïtes et de l'insensée sensation d'infinité urbaine, Kamakura donne un peu d'espace, de respiration, voire de bohème. Y compris aux surfeuses. Eriko, l'épouse de Michio Degawa, précise que dans les années 1960-1970, "le surf était perçu comme une pratique de quasi-voyous, de gens alternatifs, à ne pas fréquenter". On rumine la définition d'Eriko en regardant les archives de Degawa San: des images en super-8 des Américains dans les sixties mais aussi de beaux instantanés vintage où les participants saluent l'océan, notamment devant un autel construit pour l'occasion. Mais les olympiades de surf 2021 n'ont pas eu lieu à Kamakura. Elles se sont déroulées à Ichinomiya, de l'autre côté de la baie de Tokyo, du 25 au 28 juillet. Les vagues y font des rouleaux spectaculaires et, lorsqu'on y passe, on voit un océan courroucé et gris, qui semble fâché avec sa propre histoire. Peut-être pas un hasard, puisque c'est depuis ce spot sauvage qu'en 1945, l'armée japonaise a lancé ses dernières billes . Soit des ballons-bombes supposés être transportés par les courants venteux jusqu'à la côte ouest des Etats-Unis. Le résultat final sera peu probant - quelques morts en Oregon - mais symboliquement fort. Qui aurait imaginé qu'un sport créé par les Américains concourrait pour l'olympisme, au même endroit, trois quarts de siècle plus tard?