Le contexte
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Pas de certitudes, pas de preuves, pas de traces. Depuis sept ans, les familles des passagers et des membres d'équipage du Boeing 777-200 de la Malaysia Airlines disparu aux premières heures du 8 mars 2014 entre la Malaisie et le Vietnam attendent une explication crédible à cette invraisemblance. Les recherches, d'abord en mer de Chine, puis à l'ouest de l'Australie dans l'océan Indien n'ont jamais permis la localisation de l'appareil. Tout juste a-t-on retrouvé des débris sur l'île de la Réunion et sur des côtes africaines. Pour les uns, ils démontrent que l'avion a bien terminé son parcours dans ces eaux. Pour les autres, les doutes persistants sur leur provenance infirment la version officielle d'un crash de l'appareil à des milliers de kilomètres de la zone où, en cette nuit calme, on a perdu le contact avec lui. Le mystère du vol MH 370 demeure, conforté par une série de "vérités" sujettes à caution. "Un Boeing 777, sans doute l'avion le plus sûr de toute l'histoire de l'aviation civile, ne disparaît pas sans laisser de traces dans l'une des régions les plus politiquement sensibles et les plus surveillées de la planète", étaye Florence de Changy, une des meilleures spécialistes du dossier, dans son dernier livre Vol MH370 La disparition (1). Démontant les arguments du scénario délivré par les autorités malaisiennes et australiennes, la correspondante du Monde en Asie avance une hypothèse nouvelle qui expliquerait à la fois comment le Boeing de la Malaysia Airlines s'est volatilisé et pourquoi ce qui lui est arrivé reste secret. La démonstration de Florence de Changy procède en deux phases. D'abord prouver que l'avion n'a pas opéré de demi-tour comme le prétend la version officielle et qu'il a au contraire poursuivi sa trajectoire vers sa destination initiale, Pékin et la Chine. Ensuite, donner les clés d'une explication à ce qui lui est arrivé en mer de Chine. La thèse des autorités repose sur trois "certitudes". Les systèmes de communication du Boeing ont été éteints par un "acte délibéré", probablement dans le chef du pilote. L'avion a fait demi-tour et a survolé la Malaisie jusqu'au nord du détroit de Malacca. Enfin, il a pris la direction du grand sud pour s'échouer dans l'océan Indien. L'autrice oppose à ces arguments la possibilité que les dispositifs de communication aient été neutralisés par deux avions Awacs américains présents dans la région, le constat que le demi-tour de l'appareil n'a été enregistré que par l'armée malaisienne sans que ne soient divulguées les indications radars le prouvant ; et les doutes sur la véracité des données de la société de satellites britannique Inmarsat, elles non plus jamais complètement dévoilées, qui ont conduit à la thèse du crash final à l'ouest de la ville australienne de Perth. A l'opposé, Florence de Changy exhume des informations négligées à l'époque pour appuyer l'hypothèse d'une poursuite du trajet du Boeing vers le nord de la mer de Chine. La perte de contact des autorités malaisiennes avec l'avion aurait eu lieu à 2 h 40 plutôt qu' à 1 h 30. Le contrôle aérien vietnamien aurait enregistré sa présence 67 kilomètres plus loin que le lieu officiel de sa disparition. Des pêcheurs présents sur la côte nord-est de la Malaisie auraient vu un avion volant à basse altitude. Des images satellites chinoises auraient montré la présence de larges débris et de nappes de fioul plus au nord de la mer de Chine. Pour l'auteure de Vol MH370 La disparition, il ne fait pas de doute que la cause de la disparition du Boeing 777-200 est différente de celle, d'ailleurs inexpliquée, d'un "détournement" vers l'océan Indien. Elle se trouve probablement, selon elle, dans une partie de la cargaison de l'appareil, soit un mystérieux colis arrivé du Pakistan quelques jours avant l'embarquement dans lequel auraient pu se trouver des pièces d'un drone américain abattu en Afghanistan, soit le contenu non entièrement identifié d'un chargement de la société d'électronique et de télécommunications Motorola. Le plan initial aurait prévu une interception de l'aéronef par l'aviation américaine, un atterrissage sur un aéroport en Thaïlande, le déchargement de la cargaison sensible, et la poursuite du vol vers Pékin. Mais les pilote et copilote auraient pu refuser de se plier aux injonctions extérieures et poursuivi leur route jusqu'à un domaine de l'espace aérien où l'interception n'était plus possible. "L'avion a donc été abattu soit par erreur ; soit délibérément, en dernier ressort, s'il fallait absolument empêcher sa précieuse cargaison d'arriver en Chine, soutient Florence de Changy. On ne peut pas éliminer la possibilité que ce soit la Chine qui a abattu le MH370, par précaution, particulièrement dans cette zone extrêmement sensible. [...] Impossible, le cas échéant, de savoir qu'un avion civil se trouvait au milieu de cet ensemble menaçant." L'implication des Etats-Unis et de la Chine dans ce scénario expliquerait aussi la "nécessité géopolitique" de trouver une "vérité alternative" à ce drame, sous le mandat de Barack Obama pourtant, et d'imposer une chape de silence aux pays de la région pour masquer l'inavouable.(1) Vol MH 370 La disparition, par Florence de Changy, Les Arènes, 528 p.