Déjà accablée par un reconfinement largement partagé, l'Europe va-t-elle devoir affronter une vague de terrorisme, ajoutant de l'angoisse à une fébrilité psychologique avérée? L'attaque commise par un individu armé d'un fusil d'assaut, d'un pistolet et d'une arme blanche dans la soirée du lundi 2 novembre dans des rues du centre de Vienne, entre opéra et synagogue, provoquant la mort de quatre personnes, fait suite à trois attentats qui, en un peu plus d'un mois, ont frappé la France: le 25 septembre à Paris devant les anciens bureaux de Charlie Hebdo, le 16 octobre aux abords du collège de Conflans-Sainte-Honorine où exe...

Déjà accablée par un reconfinement largement partagé, l'Europe va-t-elle devoir affronter une vague de terrorisme, ajoutant de l'angoisse à une fébrilité psychologique avérée? L'attaque commise par un individu armé d'un fusil d'assaut, d'un pistolet et d'une arme blanche dans la soirée du lundi 2 novembre dans des rues du centre de Vienne, entre opéra et synagogue, provoquant la mort de quatre personnes, fait suite à trois attentats qui, en un peu plus d'un mois, ont frappé la France: le 25 septembre à Paris devant les anciens bureaux de Charlie Hebdo, le 16 octobre aux abords du collège de Conflans-Sainte-Honorine où exerçait comme professeur Samuel Paty, et le 29 octobre à l'intérieur de la basilique Notre-Dame de Nice. Si ces actes sont liés au contexte de la republication des caricatures de Mahomet, l'attaque dans la capitale autrichienne ne relève pas a priori d'une action dirigée en représailles à un positionnement particulier des autorités du pays. Le gouvernement du chancelier conservateur Sebastian Kurz est une coalition entre son parti, l'ÖVP, et les Verts, une première pour les écologistes dans l'histoire de l'Autriche. Cette irruption du terrorisme islamiste dans un pays qui en a été largement épargné ces dernières décennies constitue donc une épreuve pour la formation verte et pour l'alliance gouvernementale. D'autant que les premiers résultats de l'enquête ont révélé que l'assaillant, abattu par la police, était connu des services de sécurité pour radicalisme.L'homme, âgé de 20 ans et originaire de la République de Macédoine du Nord dont un tiers de la population est de confession musulmane, avait été condamné, en avril 2019, à vingt-deux mois de prison pour avoir voulu rejoindre le groupe Etat islamique en Syrie. Il avait été libéré sous conditions huit mois plus tard. Ce parcours risque de fragiliser la ministre de la Justice issue des rangs écologistes, Alma Zadic, née en Bosnie-Herzégovine et première personnalité issue de l'immigration devenue ministre. Une fragilité que ne manquera pas de tenter d'exploiter le Parti de la liberté d'Autriche (FPÖ), la formation d'extrême droite partenaire du Parti populaire dans le premier gouvernement Kurz entre 2017 et 2019. Directement après l'attentat, c'est le ministre de l'Intérieur, le conservateur Karl Nehammer, qui est monté au front, au côté du chancelier, non sans entretenir une certaine confusion, notamment sur la possibilité de la présence d'un second assaillant. Heureusement infirmée. On n'ose imaginer le bilan que l'attaque aurait provoqué si cela avait été le cas. Beaucoup de Viennois profitaient, le lundi 2 novembre, de la dernière soirée d'ouverture des bars et restaurants avant le reconfinement prévu à minuit et étaient en terrasse en raison du temps clément. En regard de ce mode opératoire, difficile de ne pas établir un parallèle entre l'attaque de Vienne et celles de Paris, le 13 novembre 2015. Et si l'Etat islamique, dont s'est revendiqué l'assaillant, n'a plus les moyens de projeter un commando meurtrier sur le sol européen, il a encore la faculté d'y entretenir la terreur.