Une illustration saisissante en est encore fournie par le récit de la Japonaise Kumi Sasaki. Elle a été victime dès l'âge de 12 ans d'agressions sexuelles par des prédateurs dans les trains à l'heure du rush des transhumances professionnelles à Tokyo, dénommés Tchikan, titre de son ou...

Une illustration saisissante en est encore fournie par le récit de la Japonaise Kumi Sasaki. Elle a été victime dès l'âge de 12 ans d'agressions sexuelles par des prédateurs dans les trains à l'heure du rush des transhumances professionnelles à Tokyo, dénommés Tchikan, titre de son ouvrage corédigé par Emmanuel Arnaud (éd. Thierry Marchaisse, 128 p.). Par des propos parfois crus mais utiles à son témoignage, l'auteure raconte comment le " monde de l'habitude " - le trajet quotidien que suivent les jeunes filles pour rejoindre leur école - peut se transformer en un " événement horrible " du fait d'hommes costumés et cravatés en quête de " fantaisie dans une vie hypernormée ". Le lieu du crime n'est pas innocent : la promiscuité des wagons favorise l'anonymat et l'impunité. L'épreuve est d'autant plus traumatisante que la société japonaise n'est pas prête, selon Kumi Sasaki, à véritablement combattre ces actes. " On donne des semblants de façons de se défendre aux victimes plutôt que de s'attaquer aux coupables ", déplore l'auteure. Elle en fera elle-même la douloureuse expérience, devant des policiers auprès desquels elle a eu le courage de dénoncer un tchikan et, surtout, face à sa mère qui, par manque cruel d'empathie - " C'est aussi de ta faute, tu vois... ", reproche-t-elle à sa fille jugée trop " coquette " - lui procurera le sentiment d'avoir été agressée une deuxième fois. Eloquent et effrayant.