La discrimination des chrétiens dans le monde, longtemps négligée en Occident à cause notamment de la crainte d'essentialiser les victimes, est aujourd'hui de plus en plus documentée. L'index mondial de persécution des chrétiens, publié le 12 janvier par l'organisation Portes ouvertes France, présente ainsi, pour la période entre le 1er octobre 2019 et le 30 septembre 2020, un état des lieux au plus près de la réalité, même si certaines violences restent ignorées, par exemple en Corée du Nord où l'accès à l'information est particulièrement contrarié. Quel bilan tirer de l'année écoulée? Une hausse de 60% des chrétiens tués pour leur foi: ils ont été 4 761 à mourir et 91% d'entre eux l'ont été sur le continent africain. Et une progression globale des discriminations permise en particulier par la crise sanitaire et les confinements.
...

La discrimination des chrétiens dans le monde, longtemps négligée en Occident à cause notamment de la crainte d'essentialiser les victimes, est aujourd'hui de plus en plus documentée. L'index mondial de persécution des chrétiens, publié le 12 janvier par l'organisation Portes ouvertes France, présente ainsi, pour la période entre le 1er octobre 2019 et le 30 septembre 2020, un état des lieux au plus près de la réalité, même si certaines violences restent ignorées, par exemple en Corée du Nord où l'accès à l'information est particulièrement contrarié. Quel bilan tirer de l'année écoulée? Une hausse de 60% des chrétiens tués pour leur foi: ils ont été 4 761 à mourir et 91% d'entre eux l'ont été sur le continent africain. Et une progression globale des discriminations permise en particulier par la crise sanitaire et les confinements. Le pernicieux virus a eu en effet des conséquences inattendues sur les violations des droits des chrétiens. La plus lourde? "Les groupes djihadistes en Afrique subsaharienne ont profité des mesures prises par les gouvernements dans le contexte de la crise sanitaire pour étendre leurs activités et leurs champs d'opérations", pointe l'organisation Portes ouvertes. Cela a été le cas au Burkina Faso, au Mali, au Niger, au Nigeria, au Cameroun, en République démocratique du Congo et au Mozambique, dans tous les territoires ciblés par Boko Haram, l'Etat islamique et ses filiales locales. Au Nigeria qui, pour la sixième année consécutive, recense le nombre le plus élevé de chrétiens tués (3.530), "les forces de l'ordre étaient trop occupées à gérer la crise du coronavirus et à faire respecter le confinement". Un contexte qui a dû reproduire ses effets pervers dans d'autres pays. Les 460 chrétiens répertoriés assassinés au Congo-Kinshasa l'ont été par le seul mouvement islamiste ADF-Nalu actif dans l'est du pays, en particulier au Nord-Kivu, voisin de l'Ouganda d'où il est issu. Ces "Forces démocratiques alliées" ont été dirigées de 2007 à 2015 par Jamil Mukulu, un chrétien converti à l'islam. Autre conséquence, moins visible, des confinements sur le sort des chrétiens: les stratégies d'aide de certains Etats n'ont pas atteint leurs populations de manière uniforme. Et des membres de minorités en ont pâti. Ils n'ont pas reçu la même assistance que les citoyens, de confession différente, qui émargeaient aux circuits d'aide mis en place par les autorités. Portes ouvertes l'a observé en Inde, au Pakistan, au Bangladesh et dans sept autres Etats d'Afrique et d'Asie. Pour pallier ce manque, l'organisation a donc dû opérer des distributions de produits de première nécessité, notamment en Inde auprès de 100.000 chrétiens. Dans ce dernier pays et au Bangladesh, les ravages du cyclone Amphan en mai (quelque 130 morts et plus de treize milliards de dollars de dégâts) ont encore accru la détresse des habitants. L'association Portes ouvertes distingue ce qu'elle appelle la "persécution marteau", à savoir les violences physiques (meurtres, viols, passages à tabac, enlèvements...), et la "persécution étau", plus sournoise mais parfois aussi mortifère, qui a trait aux discriminations liées à l'accès à l'emploi, à l'éducation, aux soins et à un environnement général d'intolérance. En fonction d'évaluations concernant les restrictions à la vie privée, familiale, sociale, civile et ecclésiale ("persécution étau") et concernant les violences physiques ("persécution marteau"), elle établit son index mondial annuel des persécutions des chrétiens, selon trois catégories: les Etats où s'exercent une persécution extrême, très forte, et forte. Douze pays figurent dans la classification la plus inquiétante: par ordre décroissant de niveaux de discriminations, Corée du Nord, Afghanistan, Somalie, Libye, Pakistan, Erythrée, Yémen, Iran, Nigeria, Inde, Irak et Syrie. Ceux qui ont connu les plus fortes augmentations de la persécution en 2020 sont, dans les pays de cette première catégorie, le Nigeria et l'Irak, et, dans ceux qui suivent (à persécution très forte), la Turquie, la Colombie, la République démocratique du Congo, le Mozambique, les Comores et Cuba. En regard des seules violences physiques, ce sont le Pakistan et le Nigeria qui recueillent les indices de persécution les plus élevés, la note maximale de 16,7 points. La tendance globale, du reste, ne prête pas à l'optimisme. C'est une augmentation ininterrompue de la persécution des chrétiens que constate Portes ouvertes depuis huit ans. Sur les 50 pays de l'index mondial, 33 ont connu un accroissement des discriminations ; neuf ont enregistré des progrès. Eclaircie dans un horizon particulièrement lourd, le Soudan est le seul Etat du classement à avoir vu la persécution des chrétiens diminuer fortement, même s'il conserve une peu enviable 13e place. Dans un pays qui s'est engagé dans un processus démocratique, encore fragile, après la chute de la dictature du président Omar el-Bechir, une décision politique consacre cette tendance. Le 11 juillet, le gouvernement a aboli la loi sur l'apostasie, qui punissait de la peine de mort celui qui renonçait à la religion musulmane, et il a de nouveau autorisé les chrétiens à importer, vendre et consommer de l'alcool. Les statistiques sur les fermetures et les destructions d'églises pourraient pareillement apparaître encourageantes. Le nombre d'édifices ciblés par l'intolérance a diminué de 53%: 4.488 entre octobre 2019 et fin septembre 2020 contre 9.488 pour l'exercice précédent. Mais l'association de lutte contre les violences à l'encontre des chrétiens tempère: "Cette diminution constitue un trompe-l'oeil dans le sens où elle s'explique par le fait que nous ne recomptons pas les églises fermées depuis l'année précédente. Or, la quasi-totalité de celles-ci en Chine (5 576), en Angola (2 000) et au Rwanda (700) n'ont pas été rouvertes." C'est sur le continent asiatique que ce phénomène est le plus ancré: 75% des édifices ciblés y sont installés. La Chine, en particulier, concentre la majorité de ces entraves à la liberté religieuse avec 3.088 églises fermées ou détruites en un an. Si, en Afrique, c'est bien le fléau de l'extrémisme islamiste qui est le principal péril pour les chrétiens, minoritaires ou pas, en Asie, la menace provient de régimes de plus en plus autoritaires et de mouvements de plus en plus nationalistes. Président exécutif de la fondation pontificale Aide à l'Eglise en détresse, une autre institution d'assistance aux chrétiens, Thomas Heine-Geldern, l'expliquait le 11 janvier au site d'actualités et de spiritualité Aleteia: "Dans certains pays asiatiques, le christianisme est considéré comme une influence étrangère néfaste qui menace la suprématie du parti au pouvoir ou la prétendue unité religieuse de la nation." Exemples de ces dérives absolutistes, la doctrine de l'Hindutva sacrant la suprématie hindoue promue par le Premier ministre nationaliste indien Narendra Modi et le mouvement de sinisation des Eglises chrétiennes en Chine sous le pression du Parti communiste. En Asie comme en Afrique, les perspectives ne sont donc pas réjouissantes pour les chrétiens. A l'aune de cet état des lieux, on se rend compte que peu d'actions sont mises en oeuvre par les Etats occidentaux pour réduire ces atteintes aux droits de l'homme. Par impuissance face à la montée de l'islamisme ou par frilosité face à des géants économiques.