Le problème est que ce renoncement motivé par des raisons budgétaires et pour le plaisir trumpien de flatter les électeurs et faire payer les pays riches qui " utilisent notre incroyable armée pour les protéger " s'accompagne d'une indigence diplomatique sans doute inégalée et d'un abandon des alliés traditionnels des Etats-Unis, défenseurs de valeurs démocratiques que l'on pensait encore communes.
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Le problème est que ce renoncement motivé par des raisons budgétaires et pour le plaisir trumpien de flatter les électeurs et faire payer les pays riches qui " utilisent notre incroyable armée pour les protéger " s'accompagne d'une indigence diplomatique sans doute inégalée et d'un abandon des alliés traditionnels des Etats-Unis, défenseurs de valeurs démocratiques que l'on pensait encore communes. Le lâchage des Kurdes de Syrie du fait du retrait unilatéral des troupes américaines du nord-est du pays est emblématique de cette déliquescence. Quelles en sont les conséquences ? La Turquie de Recep Tayyip Erdogan reçoit du président américain, avec lequel persiste pourtant le contentieux autour de l'exil étasunien du prédicateur présumé putschiste Fethullah Gülen, un blanc-seing pour étendre l'occupation militaire du nord syrien sous prétexte de faire pièce à la contagion autonomiste du Parti de l'union démocratique (PYD, Kurdes de Syrie), alliés du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, Kurdes de Turquie). Les Unités de protection du peuple (YPG), le bras armé du PYD, ont donc ravivé les liens qu'elles ont conservés pendant toute la guerre avec le régime de Damas afin de contrer une offensive turque. L'armée syrienne s'est déployée ces derniers jours jusqu'à la limite de la zone de contact avec le territoire syrien que les Turcs contrôlent depuis l'offensive sur la ville d'Afrin en mars 2018. Qui osera faire le reproche aux Kurdes d'avoir maintenu plusieurs fers au feu, eux qui ont été régulièrement trahis par leurs alliés, occidentaux ou autres, dans l'histoire ? La décision de Donald Trump, à l'origine de la démission du ministre de la Défense Jim Mattis, prive les Etats-Unis d'un levier pour une résolution diplomatique du conflit en Syrie. Elle contribuera à renforcer, aux yeux de son opinion, un Recep Tayyip Erdogan de plus en plus autocrate. Elle aidera le dictateur Bachar al-Assad à restaurer son autorité sur les territoires de Syrie à dominante kurde. Et elle confortera, enfin, l'influence dans cette région sensible des potentats de Russie et... d'Iran, partenaires de Damas. Engagé dans une épreuve de force politico-commerciale avec Téhéran depuis la dénonciation de l'accord sur le nucléaire, Donald Trump avait-il seulement conscience, en abandonnant les Kurdes de Syrie, de faire le jeu de la République islamique ? D'autant que les ayatollah, qui doivent aussi composer avec un irrédentisme kurde qu'ils ne goûtent guère, ne peuvent que se réjouir du rêve brisé de l'autonomie en Syrie de ce " peuple sans Etat ". Les Etats-Unis de Donald Trump ne seront donc plus les gendarmes du monde. Vu l'aversion du président pour le multilatéralisme et pour les droits de l'homme, ils n'en seront pas davantage la conscience. Mais ils provoquent déjà l'effarement. Et, demain peut-être, la risée du monde.