Encore récemment il était l'invité d'RTL, où il livrait sa vision des couples heureux, de façon stéréotypée (par exemple : "les femmes sont sinusoïdales à cause entre autre, de leurs hormones").

Sa vision fige des rôles construits socialement dans une pseudo nature féminine et masculine qui ne peut laisser indifférent. Yvon Dallaire semble modéré et utilise sa posture d' "expert" afin de faire passer son message rétrograde. Mais qu'on ne s'y trompe pas. Ses visites en Europe font d'ailleurs régulièrement l'objet de polémiques que ce soit en Suisse, en France ou en Belgique.

Revenons sur le parcours de ce "psychosexologue". Il a déjà été sanctionné par le comité de discipline de l'Ordre des psychologues pour avoir "omis de sauvegarder en tout temps son indépendance professionnelle" et son discours, sous couvert de défendre les principes d'égalité, est en réalité porteur d'un message réactionnaire.

Selon Yvon Dallaire, la société dans laquelle il vit (québécoise) est féminisée et n'offre plus de repères positifs pour les hommes. L'homme se retrouverait donc sur un territoire envahi par les femmes. Le seul territoire masculin qui resterait aux hommes selon lui serait "peut-être la collecte des vidanges" (Dallaire, 2001 : 29). (1)

Il accuse également les femmes qui dénoncent les violences, de se placer dans une position victimaire et de s'enfermer dans l'impuissance. Toujours selon le principal intéressé, pour être une femme heureuse, il faut passer par des renoncements nécessaires, tels que: "accepter d'être incomprises, entretenir la réalité masculine et être patiente" (2)

Enfin, dans son ouvrage "Homme et fier de l'être", Yvon Dallaire explique que dénoncer une agression sexuelle, c'est faire pire que l'agresseur lui-même. Nous le citons : " La plus célèbre de ces études fut réalisée par le DR Michael Baurmann auprès de 8000 enfants allemands impliqués dans des activités sexuelles avec des adultes (les deux sexes). Celle-ci a démontré que la plupart d'entre eux n'avaient subi aucun dommage physique ou émotif". Page 100, il écrit: "Encore une fois, la perception de la réalité, la fausse croyance en la vilenie des hommes et l'interprétation catastrophique des abus peuvent provoquer des réactions pires que la réalité de ces abus"... Cherchez l'erreur !

C'est pourquoi le discours porté par Yvon Dallaire est un discours dangereux. Il séduit les foules en présentant des méthodes pour réussir son couple, mais il sous-entend que l'égalité est atteinte, voire que ce sont les femmes qui dominent. Et finalement, il présente les hommes comme "victimes" d'une société qui se féminise.

Il est facile de constater comment ce discours inverse tout bonnement les rôles de victime et d'agresseur. C'est un discours qui banalise les violences faites aux femmes parce qu'il légitime la domination qu'elles subissent. De plus, Yvon Dallaire stigmatise les femmes qui revendiquent leurs droits à juste titre et plus particulièrement les féministes.

Il nous semble que la responsabilité des médias est engagée dans la propagation de ce type de discours surtout lorsqu' autant de visibilité est donnée à ce genre d'individu, sans contextualisation et sans laisser la place à un discours qui viendrait faire contre poids. Pire, il nous apparait que ce faisant les médias créent de faux débats qui masquent les vraies questions. En effet, comment peut-on remettre en cause l'émancipation des femmes et en faire une "crise" de la masculinité alors que la persistance des inégalités femmes-hommes est encore présente au quotidien dans nos sociétés ?

Marie Denis, psychologue/ co-fondatrice de l'Observatoire féministe des Violences faites aux femmes

Viviane Teitelbaum, présidente de l'Observatoire féministes des Violences faites aux femmes

Pour en savoir plus :

Francis Dupuis-Déri, La crise de la masculinité. Autopsie d'un mythe tenace, Paris, Remue-Ménage, 2019, 320 p., ISBN : 978-2-89091-596-1.

(1) Dallaire, Yvon, 2001, Homme et fier de l'être, Québec, Option santé.

(2) Yvon Dallaire, sommaire de Qui sont ces femmes heureuses? Ed. Option santé, 2009