Percevez-vous depuis quelques semaines le vent apaisant venu d'outre-Atlantique? Savourez-vous ces matinées d'infos sans mention de tweets incendiaires? Ces discours du nouveau président des Etats-Unis qui renouent avec l'attention aux autres, l'utilité des alliances, les vertus du dialogue, les valeurs...?
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Percevez-vous depuis quelques semaines le vent apaisant venu d'outre-Atlantique? Savourez-vous ces matinées d'infos sans mention de tweets incendiaires? Ces discours du nouveau président des Etats-Unis qui renouent avec l'attention aux autres, l'utilité des alliances, les vertus du dialogue, les valeurs...? Joe Biden a désormais la voie libre pour mettre en oeuvre son programme. Le procès en destitution ouvert contre son prédécesseur s'est soldé comme prévu par un acquittement. Donald Trump en sort renforcé, le Parti républicain plus tétanisé encore par les électeurs trumpistes. L'issue n'est pas glorieuse pour la démocratie américaine. Mais elle permet au moins au président démocrate d'espérer la raviver par son action. La lutte contre l'épidémie de coronavirus et la relance de l'économie sont naturellement ses priorités. Mais en quelques décrets et déclarations, il a aussi redonné souffle à la lutte contre le dérèglement climatique et restauré respect et décence à l'égard des immigrants présents aux Etats-Unis ou des ressortissants de pays musulmans interdits d'y entrer sous Trump. La politique étrangère est appréhendée sur le même registre. Lors d'un discours, le jeudi 4 février, au Département d'Etat, Joe Biden a annoncé que l'Amérique était de retour sur la scène internationale et qu'elle s'y illustrerait par une diplomatie des valeurs. Avec un argument spécieux qui souligne l'empreinte que le trumpisme a laissée sur la vie politique: ce réinvestissement dans la politique étrangère sert la défense des intérêts de la classe moyenne américaine, a-t-il soutenu, parce qu'elle est mieux assurée lorsque les Etats-Unis se mêlent des affaires du monde... La promesse d'une diplomatie plus éthique a trouvé ses premières traductions dans l'attitude de Washington à propos de la guerre au Yémen et de l'arrestation de l'opposant russe Alexeï Navalny. Joe Biden a mis un terme au soutien américain aux opérations militaires de la coalition, sous la direction de l'Arabie saoudite, empêtrée depuis plus de cinq ans dans une confrontation avec les rebelles houthis. Et il a signifié à son homologue Vladimir Poutine que le temps de la soumission aux actes agressifs de la Russie était révolu. Il ne faut évidemment pas être dupe de la posture assertive et promotionnelle d'un président en début de mandat. Les Etats-Unis de Joe Biden continueront à défendre en priorité leurs intérêts, à tenter d'imposer leurs visions, parfois aux dépens des droits humains, et à viser une hégémonie mondiale sans toujours une grande considération pour leurs alliés. Néanmoins, sous Joe Biden et Kamala Harris, on a à nouveau le sentiment de partager des valeurs avec l'Amérique dirigeante et de faire partie de la même communauté de destin. Face à une Chine dominatrice économiquement et de plus en plus expansionniste politiquement, face à une Russie revancharde et ombrageuse, cette convergence restaurée, même si elle sera parfois déçue, est pour le moins bienvenue.