100 jours symboliques

"Sleepy Joe." C'est le nom donné par Donald Trump à son opposant démocrate durant toute la campagne. L'ancien président pointait son adversaire du doigt comme étant quelqu'un de mou, d'endormi, et par extension pas en mesure de réveiller l'Amérique. Mais le moins qu'on puisse dire c'est que le début de son mandat se place sous le signe de l'hyperactivité. Avec un style sobre, simple et organisé, aux antipodes de son prédécesseur, il espère ainsi imposer une "marque Biden". Un changement radical qui a été largement salué chez les partenaires internationaux, contents de voir "l'Amérique de retour".
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"Sleepy Joe." C'est le nom donné par Donald Trump à son opposant démocrate durant toute la campagne. L'ancien président pointait son adversaire du doigt comme étant quelqu'un de mou, d'endormi, et par extension pas en mesure de réveiller l'Amérique. Mais le moins qu'on puisse dire c'est que le début de son mandat se place sous le signe de l'hyperactivité. Avec un style sobre, simple et organisé, aux antipodes de son prédécesseur, il espère ainsi imposer une "marque Biden". Un changement radical qui a été largement salué chez les partenaires internationaux, contents de voir "l'Amérique de retour". Les 100 premiers jours d'un président américain sont considérés comme un baromètre de ce qu'il peut accomplir au cours de son mandat et s'il sera en mesure de tenir ses promesses. Le concept remonte aux années 1930, lorsque Franklin D. Roosevelt est devenu président et que, dans ses 100 premiers jours, il a fait adopter par le Congrès pas moins de 15 lois majeures censées aider à lutter contre la Grande Dépression. Un ensemble de lois connu sous le nom de New Deal. Depuis lors, les 100 premiers jours sont utilisés à la fois par les candidats pour faire des promesses, mais aussi par la presse et l'opposition pour juger ses actes. Après trois mois à la Maison-Blanche, Joe Biden a déjà quelques succès à mettre en avant dans son premier bilan. Le plus fort est sans aucun doute lié au Covid. Sa promesse : redresser la gestion de crise, et administrer 100 millions de vaccins dans les 100 premiers jours. Non seulement cet objectif a été atteint plus tôt que prévu, mais ce ne sont pas moins de 200 millions qui avaient été finalement administrés début avril. Dans certains États, il y a même trop de vaccins parce que trop peu de personnes prennent rendez-vous. Parfois, les gens hésitent à se faire vacciner par crainte des effets secondaires, mais le plus souvent, ils ne se présentent pas pour des raisons pratiques, comme le fait de ne pas pouvoir s'absenter du travail. Joe Biden a donc présenté un nouvel avantage: les entreprises qui accordent à leurs employés un congé pour se faire vacciner et quelques jours de maladie pour se remettre des éventuels effets secondaires peuvent prétendre à un allégement fiscal.Une réussite que le président n'hésite pas à mettre en avant : "Si nous avions continué au même rythme que lorsque je suis entré dans le Bureau Ovale, il aurait fallu plus de 222 jours, soit près de 7 mois et demi, pour atteindre les 200 millions de vaccinations. Nous aurions alors célébré cette étape en septembre au lieu d'avril."Une deuxième promesse était de proposer un plan pour relancer l'économie et sortir les Américains de la crise. Il a donc pris des mesures à cette fin, mais il est encore trop tôt pour dire si ces mesures ont contribué à la reprise économique. Joe Biden a fait adopter par les deux chambres du Congrès une loi de relance de 1.900 milliards de dollars. Grâce à cette loi, il a notamment débloqué 350 milliards de dollars de fonds directs pour les États et les collectivités locales, 170 milliards de dollars pour aider à la réouverture des écoles, et a prolongé et étendu l'aide sociale aux Américains sans emploi : les chômeurs recevront désormais 300 dollars supplémentaires par semaine en plus des prestations déjà fournies par l'État dans lequel ils vivent.En février, 18 millions d'Américains étaient toujours au chômage et 100.000 entreprises avaient définitivement fermé leurs portes. Pour faire passer le projet de loi, Biden a dû faire quelques concessions : la proposition controversée de porter le salaire minimum fédéral à quinze dollars de l'heure (il est à 7,25 dollars de l'heure depuis plus de dix ans) a été abandonnée.En tant que candidat, Joe Biden a également promis de travailler sur la diversité au sein de son propre gouvernement. Avec succès : outre sa vice-présidente Kamala Harris, première femme à ce poste, qui appartient également à deux minorités, il a nommé un cabinet particulièrement diversifié. Son cabinet est composé de 45 % de femmes et de 55 % de non-Blancs. Cela place Biden devant son comparse Barack Obama, qui était respectivement à 36 % et 55 %. Avec d'autres "premières" : Pete Buttigieg est le premier ministre ouvertement gay des États-Unis, Janet Yellen est la première femme ministre des finances et Deb Haaland est la première ministre d'un cabinet américain qui soit amérindienne.Le retour du multilatéralisme était également un des points importants de sa campagne. Il a ainsi redoré l'image des États-Unis à l'international en réintégrant l'accord de Paris sur le climat. Son "sommet climat" a marqué de façon spectaculaire le retour des États-Unis dans ce jeu diplomatique dont Donald Trump s'était retiré avec fracas.Le président tient également sa parole dans un certain nombre d'autres domaines : son administration tente de donner un nouveau souffle à l'accord sur l'Iran et il respecte l'engagement des États-Unis à retirer les troupes. Il a également frappé fort plus récemment avec une promesse de campagne emblématique: prononcer le mot "génocide" pour parler de la mort d'un million et demi d'Arméniens massacrés par l'Empire ottoman en 1915. Aucun de ses prédécesseurs n'avait osé, craignant la vive réaction de la Turquie. Il se montre discipliné, communication soigneusement calibrée à l'appui, en tant notamment tête à Vladimir Poutine et Xi Jinping avec des formules qui font mouche.Petit bémol : le manque d'une politique claire pour faire face à la migration. La question de la migration est celle avec laquelle les États-Unis se débattent depuis des décennies. Pourtant, rien n'a encore été vraiment entrepris dans ce domaine. Un nombre record de migrants arrive quotidiennement à la frontière sud. Joe Biden ne peut rien faire directement, mais le gouvernement n'a pas encore mis en oeuvre de politiques claires pour faire face à cette migration. Il a notamment promis d'augmenter de manière significative le nombre de réfugiés qui se verront accorder l'asile aux États-Unis sur invitation. Sous Trump, ce nombre avait chuté de façon spectaculaire à 15.000 par an. Biden a promis d'inviter 125.000 réfugiés par an à partir de 2022 et de commencer cette année avec 62.500. Mais il a été récemment annoncé que ce nombre resterait de toute façon à 15 -.000 pour le moment. Selon la Maison-Blanche, c'est parce que l'agence d'immigration ne peut pas gérer toutes ces demandes d'asile supplémentaires pour le moment.