Le 18 juillet 1936, une conjuration de généraux tente un coup d'Etat contre la République proclamée cinq ans plus tôt. Ses gouvernements successifs n'ont pas su réformer un pays encore largement agricole, en retard sur l'Europe. Le coup d'Etat échoue mais l'Espagne est déchirée, forces républicaines contre insurgés nationalistes.

Le gros des troupes nationalistes attend au Maroc espagnol, sous le commandement de Francisco Franco. Adolf Hitler et Benito Mussolini, les dictateurs allemand et italien, lui envoient leurs avions pour faire passer ses forces sur la Péninsule. C'est le premier grand pont aérien de l'histoire.

Leur aviation sera la première à bombarder systématiquement des villes, comme à Guernica au Pays Basque, écrasée sous les bombes en 1937.

Grâce à de nouvelles caméras portables, les images de combat et de destruction font la une de la presse espagnole et internationale.

"La guerre est la première à être couverte par des journalistes professionnels sur les fronts et dans les villes bombardées", relève Susan Sontag, essayiste et romancière américaine, auteure également de livres sur la photographie.

Pas de quartier

Sur le terrain, personne ne fait de quartier. "Il faut créer une atmosphère de terreur (....) en éliminant sans scrupules ni hésitation tous ceux qui ne pensent pas comme nous", lance à la radio le général insurgé Gonzalo Queipo de Llano qui s'est emparé de Séville.

Députés de gauche, syndicalistes, militants socialistes, sympathisants ou leurs familles sont pourchassés, exécutés, massacrés.

En face, les milices socialistes, anarchistes et communistes tiennent la rue. Les nantis ou les suspects de sympathie pour les insurgés sont exécutés dans les premiers mois de la guerre.On est emmené de nuit pour un "paseo", une promenade en voiture dont on ne revient pas.

Le clergé paie son identification avec les classes possédantes. Plus de 6.500 prêtres et religieuses meurent assassinés, la plupart par des Républicains.

Madrid demande l'aide de ses voisins. La Grande-Bretagne et la France la lui refusent, de peur d'être entraînées dans une nouvelle guerre mondiale. Elles se réfugient derrière un "pacte de non-intervention", auquel Rome et Berlin adhèrent sans cesser d'aider ouvertement les insurgés. En fin de compte, seule l'Union soviétique armera les Républicains.

Fascisme contre communisme

La guerre civile est devenue un affrontement entre fascisme et communisme. Joseph Staline, le dictateur soviétique, en profite pour renforcer son influence. Ce sont les militants du Komintern, l'internationale communiste pilotée par Moscou, qui vont encadrer l'armée loyaliste.

"Nos ennemis sont les Rouges, les Bolchéviques du monde entier", chantent les jeunes pilotes de la Légion Condor envoyés par Hitler.

Face à l'inaction des démocraties occidentales, les intellectuels prennent parti pour la République, du romancier américain John Steinbeck au poète indien Rabindranath Tagore, prix Nobel de littérature.

De jeunes étrangers s'engagent dans les milices républicaines. Ils sont suivis par les "Brigades internationales", supervisées par le Komintern. Français, Polonais, Américains, Allemands et Italiens, ils sont quelque 50.000 venus d'une cinquantaine de pays pour "arrêter le fascisme".

Ils aident la République à remporter de rares victoires: empêcher la chute de Madrid en 1936 et, en 1937, à Guadalajara, mettre en déroute les brigades italiennes envoyées par Mussolini. Mais isolée militairement, affaiblie par ses divisions, notamment une lutte sanglante entre communistes et anarchistes, la République perd inexorablement du terrain devant les franquistes qui procèdent à l'épuration des régions conquises.

En mars 1939, le gouvernement, réfugié à Barcelone, finit par s'exiler avec 400.000 Espagnols. Cinq mois plus tard éclate la Seconde guerre mondiale que Paris et Londres avaient voulu éviter.

Justice à l'envers

Deuxième réunion du gouvernement de Francisco Franco, après la fin de la guerre civile . © DR

Franco proclame la victoire le 1er avril 1939, après avoir refusé toute paix négociée. L'Espagne vivra sous sa dictature jusqu'à sa mort en 1975, et sous sa répression. Tous ceux qui n'ont pas soutenu les insurgés peuvent être jugés pour "rébellion" devant des tribunaux militaires. C'était une "justice à l'envers", reconnaîtra plus tard Ramon Serrano Suñer, beau frère et ministre de l'Intérieur de Franco.

Dans "The Spanish Holocaust", l'historien britannique Paul Preston chiffre à 20.000 les exécutions après la guerre. Il évalue à 200.000 les morts au combat, et avance le même chiffre pour les assassinats et les exécutions, dont 150.000 victimes des franquistes. Le franquisme a rendu hommage à ses morts, mais ceux de l'adversaire ont fini pour beaucoup dans des fosses communes.

Une loi, dite "de la mémoire historique", a été votée en 2007 pour aider les familles à les retrouver. L'actuel chef du gouvernement conservateur Mariano Rajoy se vante de ne pas avoir dépensé un euro pour la faire appliquer. Son parti, fondé par d'anciens ministres de Franco, ne veut pas "remuer les cendres du passé".