La zone euro et la zone Schengen sont sans conteste deux des plus ambitieuses réalisations européennes. Ce sont aussi les deux projets qui ont le plus d'impact sur la vie quotidienne des citoyens européens, notamment en leur permettant de voyager dans les pays voisins sans avoir à changer de monnaie et sans devoir subir de contrôles aux frontières. Que des Etats aient librement renoncé à ces deux composantes critiques de leur souveraineté est en soi remarquable. Mais ce n'est pas un hasard si ce sont aussi les deux réalisations dont les difficultés récentes ont fait surgir des questions sur l'avenir de l'Europe.

Dans son dernier ouvrage, l'économiste italien Tommaso Padoa-Schioppa proposait une distinction entre le pouvoir faible - celui auquel il manque les outils indispensables pour agir dans son champ de compétences - et le pouvoir limité - celui dont le champ de compétence est clairement délimité et restreint, en vertu du principe de subsidiarité. Tant l'euro que Schengen ont été construits comme un pouvoir faible auquel manquaient des outils de prévention et de gestion des crises. En devant faire face, d'une part, à la crise des dettes souveraines, d'autre part, à un brusque afflux de demandeurs d'asile et de migrants, ces deux constructions apparaissent clairement comme inachevées. Pour l'euro, il faudrait ajouter au minimum un budget pour sa zone et un mécanisme de traitement collectif des dettes souveraines. Pour Schengen, ce serait au minimum une amélioration du contrôle aux frontières extérieures par le renforcement de Frontex (avec son extension aux contrôles terrestres) et la mise en place d'un mécanisme permanent de répartition de la charge des réfugiés.

L'euro et Schengen doivent faire face, d'une part, à la crise des dettes souveraines, d'autre part, à un brusque afflux de demandeurs d'asile et de migrants: ces deux constructions apparaissent clairement comme inachevées.

Mais les citoyens européens n'ont pas été préparés à des changements d'une pareille ampleur. L'euroscepticisme gagne du terrain; la notion de communauté de destin régresse; une idéologie d'exclusion ethnique refait surface... Le Premier ministre hongrois réclame le droit pour chaque Etat de "protéger sa composition ethnique et culturelle" et voit dans la crise actuelle "la possibilité pour l'idéologie nationale-chrétienne de regagner sa domination". Que ces propos que l'on a l'habitude d'entendre dans la bouche d'une Le Pen en France ou d'un Wilders aux Pays-Bas soient tenus par un Premier ministre en fonction d'un Etat membre a de quoi inquiéter. Car cette idéologie a déjà été testée dans l'histoire européenne et sa dernière expérience a engendré le plus abominable holocauste...

Ce n'est qu'en revenant aux valeurs communes de la civilisation européenne, les valeurs héritées à la fois de la spiritualité chrétienne, de l'humanisme de la Renaissance et de l'esprit des Lumières, que les Européens ont pu se réconcilier après la Seconde Guerre mondiale. Aujourd'hui, la poursuite de l'intégration européenne ne se justifie plus seulement par le besoin de réconciliation et de paix. Nous devons aussi trouver notre place dans un monde globalisé où les défis et les menaces d'un genre nouveau se multiplient. Ce n'est qu'en s'appuyant sur les mêmes valeurs de liberté, d'égalité et de solidarité que l'Europe pourra mener efficacement les grands combats de ce siècle, contre le terrorisme, les totalitarismes, la criminalité organisée, les paradis fiscaux, la spéculation financière, les inégalités excessives, le réchauffement climatique... Aucun de ces combats ne pourra être gagné par un pays isolément; seule une action européenne intégrée nous donnera une chance de l'emporter.

La zone euro et la zone Schengen sont sans conteste deux des plus ambitieuses réalisations européennes. Ce sont aussi les deux projets qui ont le plus d'impact sur la vie quotidienne des citoyens européens, notamment en leur permettant de voyager dans les pays voisins sans avoir à changer de monnaie et sans devoir subir de contrôles aux frontières. Que des Etats aient librement renoncé à ces deux composantes critiques de leur souveraineté est en soi remarquable. Mais ce n'est pas un hasard si ce sont aussi les deux réalisations dont les difficultés récentes ont fait surgir des questions sur l'avenir de l'Europe. Dans son dernier ouvrage, l'économiste italien Tommaso Padoa-Schioppa proposait une distinction entre le pouvoir faible - celui auquel il manque les outils indispensables pour agir dans son champ de compétences - et le pouvoir limité - celui dont le champ de compétence est clairement délimité et restreint, en vertu du principe de subsidiarité. Tant l'euro que Schengen ont été construits comme un pouvoir faible auquel manquaient des outils de prévention et de gestion des crises. En devant faire face, d'une part, à la crise des dettes souveraines, d'autre part, à un brusque afflux de demandeurs d'asile et de migrants, ces deux constructions apparaissent clairement comme inachevées. Pour l'euro, il faudrait ajouter au minimum un budget pour sa zone et un mécanisme de traitement collectif des dettes souveraines. Pour Schengen, ce serait au minimum une amélioration du contrôle aux frontières extérieures par le renforcement de Frontex (avec son extension aux contrôles terrestres) et la mise en place d'un mécanisme permanent de répartition de la charge des réfugiés. Mais les citoyens européens n'ont pas été préparés à des changements d'une pareille ampleur. L'euroscepticisme gagne du terrain; la notion de communauté de destin régresse; une idéologie d'exclusion ethnique refait surface... Le Premier ministre hongrois réclame le droit pour chaque Etat de "protéger sa composition ethnique et culturelle" et voit dans la crise actuelle "la possibilité pour l'idéologie nationale-chrétienne de regagner sa domination". Que ces propos que l'on a l'habitude d'entendre dans la bouche d'une Le Pen en France ou d'un Wilders aux Pays-Bas soient tenus par un Premier ministre en fonction d'un Etat membre a de quoi inquiéter. Car cette idéologie a déjà été testée dans l'histoire européenne et sa dernière expérience a engendré le plus abominable holocauste... Ce n'est qu'en revenant aux valeurs communes de la civilisation européenne, les valeurs héritées à la fois de la spiritualité chrétienne, de l'humanisme de la Renaissance et de l'esprit des Lumières, que les Européens ont pu se réconcilier après la Seconde Guerre mondiale. Aujourd'hui, la poursuite de l'intégration européenne ne se justifie plus seulement par le besoin de réconciliation et de paix. Nous devons aussi trouver notre place dans un monde globalisé où les défis et les menaces d'un genre nouveau se multiplient. Ce n'est qu'en s'appuyant sur les mêmes valeurs de liberté, d'égalité et de solidarité que l'Europe pourra mener efficacement les grands combats de ce siècle, contre le terrorisme, les totalitarismes, la criminalité organisée, les paradis fiscaux, la spéculation financière, les inégalités excessives, le réchauffement climatique... Aucun de ces combats ne pourra être gagné par un pays isolément; seule une action européenne intégrée nous donnera une chance de l'emporter.