Le football est devenu une caisse de résonance politique. Son impact est tel qu'il peut servir de support à des messages symboliques forts. Lors de cet Euro, les démocrates européens en profitent pour envoyer des mises en garde contre les dérives liberticides de certains régimes. Ce qui est perçu, chez eux, comme une provocation. Et ce qui n'est pas toujours du goût de l'UEFA.
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Le football est devenu une caisse de résonance politique. Son impact est tel qu'il peut servir de support à des messages symboliques forts. Lors de cet Euro, les démocrates européens en profitent pour envoyer des mises en garde contre les dérives liberticides de certains régimes. Ce qui est perçu, chez eux, comme une provocation. Et ce qui n'est pas toujours du goût de l'UEFA.La municipalité de Munich souhaitait illuminer le stade aux couleurs symboles de la communauté LGBT, et plus largement de la diversité, mercredi soir au moment de la réception de la Hongrie, dans "un signe visible de solidarité avec la communauté LGBTI de Hongrie". L'initative, encouragée par une pétition, dérange toutefois les instances du football. L'UEFA a refusé de donner son feu vert. Argumentation: "Étant donné le contexte politique de cette demande - un message visant une décision prise par le parlement national hongrois -, l'UEFA doit refuser cette requête."Le 15 juin, l'Assemblée nationale hongroise a voté un texte prohibant la "représentation" et la "promotion" de la communauté LGBTI+ auprès des mineurs. Les condamnations ont été vigoureuses au sein de l'Union européenne. "La Hongrie a franchi un pas inacceptable en se détachant un peu plus des valeurs de notre UE, soulignait ce jour-là Elio Di Rupo (PS), ministre-président wallon. Orban a fait voter une loi interdisant toute référence à l'identité de genre et de l'homosexualité pour les moins de 18 ans."Manuel Neuer, gardien de but et capitaine emblématique de l'équipe allemande, a porté de façon très visible un brassard arc-en-ciel lors du précédent match contre le Portugal. Avec le feu vert de la Fédération allemande. Neuer porte ce brassard "en signe d'adhésion de toute la Mannschaft aux valeurs de diversité, d'ouverture, de tolérance, contre la haine et les discriminations", a précisé son porte-parole, Jens Grittner.En ce qui concerne l'Allianz Arena, la même Fédération est davantage réticente. Car l'idée est déjà perçue comme une provocation à Budapest. Interrogé sur ce projet, le porte-parole de la Mannschaft a habilement contourné la question du message envers Budapest, en évitant de prononcer le mot de Hongrie dans sa réponse: "On n'est peut-être pas obligé de le faire exactement le jour de ce match-là", a-t-il dit, suggérant de reporter l'initiative à un match de début juillet, pour la faire coïncider avec une semaine des fiertés programmée dans la capitale bavaroise.L'UEFA, elle, s'y oppose en évoquant un "design uniforme" de tous les stades au cours de cet Euro. Faut-il dire que l'instance européenne, à l'instar de son homologue mondiale, la FIFA, n'a pas toujours été dans le camp des libertés au cours de son histoire...Le genou à terre en soutien au mouvement Black lives matter est, lui, devenu une habitude dans les stades européens depuis un an, suite au meurtre de George Floyd par un policier aux Etats-Unis. Avec l'assentiment de l'UEFA.Là encore, cette expression politique dérange les pays où des régimes liberticides ne combattent pas les discriminations avec autant de ferveur - pour utiliser un euphémisme. Face à l'équipe russe, les Diables rouges en ont fait la triste expérience en étant copieusement sifflés, tandis que l'équipe adverse restait debout. Dans le même stade de Saint-Pétersbourg, la scène s'est reproduite lundi soir face à la Finlande.Le sujet dérange et crée la polémique jusque dans nos pays. En France, l'équipe national de Didier Deschamps s'était finalement abstenue de faire le geste après un appel au boycott sur les réseaux sociaux, à l'initiative de l'extrême droite. Avec cette double question à la clé. Un stade de football doit-il rester une enceinte neutre? Ou ces messes laïques des temps modernes doivent-elles, aussi, permettre de faire passer des hommages aux libertés?