Et à part ça? Novembre, les vacances de la Toussaint - si on peut encore les appeler ainsi -, le ciel en zone grise, ni l'hiver ni l'été. L'envie d'allumer un feu de bois et, une fois les pieds brûlants, d'aller saisir le froid de la fenêtre, sentir les vibrations au passage d'un avion et s'y projeter, comme quand nous étions enfant et que nous nous imaginions volant vers une destination lointaine et inconnue, admirant par le hublot des paysages merveilleux. Ce sont les vacances, et on pourrait presque jouer à Oxo dans le ciel. Les affaires reprenn...

Et à part ça? Novembre, les vacances de la Toussaint - si on peut encore les appeler ainsi -, le ciel en zone grise, ni l'hiver ni l'été. L'envie d'allumer un feu de bois et, une fois les pieds brûlants, d'aller saisir le froid de la fenêtre, sentir les vibrations au passage d'un avion et s'y projeter, comme quand nous étions enfant et que nous nous imaginions volant vers une destination lointaine et inconnue, admirant par le hublot des paysages merveilleux. Ce sont les vacances, et on pourrait presque jouer à Oxo dans le ciel. Les affaires reprennent, le tableau d'affichage crépite joyeusement dans le hall d'accueil de l'aéroport. Ce jeudi, à 10 h 40, pour soixante euros seulement à l'heure où j'écris, un vol avec escale à Amsterdam vous plongera en une dizaine d'heures dans la chaleur de Dubaï avec ses gratte-ciel scintillants, son exposition universelle riche de cent-nonante pavillons flambant neufs. Et pourquoi pas Venise? Pour à peine plus cher et moyennant un détour par Charleroi, voguer sur la lagune entre les estuaires du Pô et du Piave à la découverte de la 17e Biennale d'architecture pensée autour de cette question centrale: "Comment vivrons-nous ensemble?" Ensemble, comme avant la pandémie? Ou ensemble comme dans ce monde d'après que l'on s'était promis? Comme il est cruel de se faire violence au nom d'un hypothétique futur. Comme il en faut du courage pour brider son plaisir de voyager pas cher. Nous voilà donc ensemble comme avant, embarqués dans la marche effrénée du monde, réservant nos prochains voyages dès notre retour de vacances. Pour tenir le coup, rêver devant l'ordinateur ou sur le rebord de la fenêtre, jouer à Oxo dans le ciel. Mais nous ne sommes plus des enfants, nous ne pouvons plus ne pas voir, à travers le hublot, la progression de cet inquiétant dégradé de gris qui mange les sommets autrefois blancs de la planète. La Terre et la vie qu'elle porte sont menacées, il y a urgence, il est déjà trop tard. Même si le gouvernement flamand n'a consacré que deux heures à préparer le Sommet sur le climat qui s'est ouvert cette semaine à Glasgow. Même si nos ministres sont partis sans un accord national, nous rejouant l'épisode "Fossil of the day" de la COP21 en 2015, lorsqu'ils n'étaient pas parvenus à s'entendre sur la répartition des objectifs climatiques pour 2020. Malgré tout, espérer avec l'énergie du désespoir des décisions courageuses à l'issue de la COP26, est-ce réaliste? Un avion passe dans le ciel, la pluie coule sur le rebord de la fenêtre, la solastalgie m'envahit. Un sentiment de détresse face au spectacle imposé d'une dégradation irréversible de notre planète et le regret d'un futur environnemental qui ne pourra peut-être plus advenir. A moins que... Et si on prenait le train pour Glasgow?