Ce fut un combat de boxe plutôt qu'un débat. La première confrontation télévisée entre le président républicain Donald Trump et le candidat démocrate Joe Biden dans le cadre de l'élection présidentielle américaine du 3 novembre a tourné à la foire d'empoigne. La faute à Donald Trump qui n'a cessé d'interrompre son adversaire au point d'être rappelé plusieurs fois à l'ordre par le modérateur Chris Wallace, journaliste de Fox News. Le président sortant a donc donné l'image d'un mâle dominateur, plus offensif mais nerveux jusqu'à la fébrilité, alors que l'ancien vice-président de Barack Obama tentait avec difficulté d'imposer la figure du dirigeant politique sérieux et responsable. Une ambition inévitablement entravée par la guérilla verbale de son adversaire.
...

Ce fut un combat de boxe plutôt qu'un débat. La première confrontation télévisée entre le président républicain Donald Trump et le candidat démocrate Joe Biden dans le cadre de l'élection présidentielle américaine du 3 novembre a tourné à la foire d'empoigne. La faute à Donald Trump qui n'a cessé d'interrompre son adversaire au point d'être rappelé plusieurs fois à l'ordre par le modérateur Chris Wallace, journaliste de Fox News. Le président sortant a donc donné l'image d'un mâle dominateur, plus offensif mais nerveux jusqu'à la fébrilité, alors que l'ancien vice-président de Barack Obama tentait avec difficulté d'imposer la figure du dirigeant politique sérieux et responsable. Une ambition inévitablement entravée par la guérilla verbale de son adversaire. Les deux hommes avaient ostensiblement défini leur angle général d'attaque contre leur opposant. Donald Trump a, à plusieurs reprises, caricaturé "Joe" en "pantin de la gauche radicale" suggérant que le candidat démocrate était manipulé par l'aile socialiste de son camp. Joe Biden y a répondu en déclarant "Je suis le Parti démocrate" et en prenant notamment ses distances avec le Green New Deal prôné par certains jeunes démocrates sur les questions climatiques. L'ancien vice-président a, de son côté, renvoyé Donald Trump à son incompétence supposée clamant sur plusieurs dossiers que son rival n'avait pas de plan, pas de programme, qu'"il ne sait pas de quoi il parle" ou qu'il ferait bien de sortir de son golf. Il n'a pas manqué de pugnacité dans ce registre. A son adversaire qui affirmait que "les banlieues sombreraient dans le chaos s'il était élu", Joe Biden a répliqué : "Il ne sait pas où sont les banlieues. Moi j'y suis né".Plus habile que le président sortant, le prétendant démocrate a utilisé à plusieurs reprises la fibre émotionnelle, le regard pointé vers le téléspectateur, pour dire combien les Américains avaient souffert de la mauvaise gestion de la crise du coronavirus, ou combien ils seraient pénalisés par une nouvelle réduction par l'administration Trump de la couverture médicale offerte par l'Obamacare...Mais Joe Biden a aussi été mis en difficulté, au moins à trois reprises. Sur la question de la reprise économique, où il a préféré faire diversion en insistant sur les préjudices en matière de santé subis par nombre de ses compatriotes à cause de la pandémie de Covid-19. A propos des accusations portées par Donald Trump sur la somme de 3,5 millions de dollars que son fils Hunter Biden aurait reçue de l'épouse du maire de Moscou. Et au moment où le modérateur Chris Wallace lui a demandé pourquoi il n'avait pas incité les responsables démocrates de la ville de Portland et de l'Etat de l'Oregon à solliciter la garde fédérale pour stopper les émeutes qui s'y déroulaient dans le contexte de la dénonciation des violences policières. Donald Trump n'a pas été convaincant du tout, de son côté, quand il a été interrogé sur l'enquête du New York Times affirmant que son imposition fédérale en 2016 et 2017 n'avait pas excédé les 750 dollars ("J'ai payé des millions de dollars d'impôts"), lorsque a été abordée la question des incendies de forêts et de l'impact du dérèglement climatique (Il s'est contenté de répéter qu'il fallait mieux gérer les forêts) ou quand Chris Wallace lui a demandé de se positionner sur les suprémacistes blancs ("Je vois que les problèmes proviennent plus de la gauche que de la droite"). Il est délicat, en conclusion, de tirer un enseignement définitif sur l'impact de cette joute débridée auprès des électeurs indécis, les supporters des deux camps étant d'office confortés dans leurs convictions. Le républicain a paru sans doute plus déterminé et a pu avancer un bilan, fût-il controversé ("J'ai fait plus en 47 mois que ce que vous avez réalisé en 47 ans"). Mais sa nervosité, l'amenant à interrompre souvent son adversaire, l'a desservi. Le démocrate a semblé moins à l'aise. Mais d'une part, il n'a pas commis de gaffe manifeste et, d'autre part, il a eu quelques réparties à la hauteur de la virulence de son adversaire ("Vous êtes le caniche de Poutine"). Dommage que ce chassé-croisé d'invectives ait occulté les questions de fond, dont celle posée par Joe Biden à travers ce constat : "Un Afro-Américain sur mille est décédé à cause du Covid-19".