Un débat. Un vrai débat. Sans injures, sans hurlements, sans interruptions incessantes. La confrontation entre le vice-président républicain Mike Pence et la candidate démocrate à la vice-présidence Kamala Harris a réconcilié quelque peu le téléspectateur avec la démocratie américaine après la foire d'empoigne indigne entre Donald Trump et Joe Biden le 29 septembre.
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Un débat. Un vrai débat. Sans injures, sans hurlements, sans interruptions incessantes. La confrontation entre le vice-président républicain Mike Pence et la candidate démocrate à la vice-présidence Kamala Harris a réconcilié quelque peu le téléspectateur avec la démocratie américaine après la foire d'empoigne indigne entre Donald Trump et Joe Biden le 29 septembre. Mike Pence a tablé sur son expérience, répondant avec calme et faisant même preuve de courtoisie à l'égard de son adversaire. Kamala Harris, première femme noire à participer à un débat des vice-présidents, a montré de la détermination et une habileté à délibérer qui l'a hissée, elle "la néophyte" au niveau de son rival.La sénatrice démocrate s'est attachée principalement à critiquer le bilan du président Trump. Pour elle, "il a échoué dans la lutte contre le coronavirus". Plus grave, lui et le vice-président connaissaient depuis le 28 janvier la dangerosité de la pandémie, comme l'ont révélé les entretiens du président avec le journaliste Bob Woodward, et ils n'en ont pas averti les Américains. Celui qui dirige la cellule de crise contre la coronavirus à la Maison Blanche lui a répliqué que son administration avait mis en place la plus large mobilisation sanitaire depuis la Seconde Guerre mondiale et que Donald Trump avait épargné à l'Amérique davantage de morts en interdisant rapidement les vols en provenance de Chine, décision que Joe Biden avait critiquée comme xénophobe."Donald Trump a perdu la guerre commerciale avec la Chine. Il a fait perdre 300 000 emplois à l'Amérique", a également asséné Kamala Harris, deuxième principal axe de sa critique du mandat du président sortant. "Joe Biden n'a jamais mené de guerre contre la Chine", lui a rétorqué Mike Pence, accusant le candidat démocrate d'être à la botte de Pékin. Le vice-Président a tenté, de son côté, d'agiter l'épouvantail de l'augmentation d'impôts, de réglementations et des entraves à la croissance économique qu'entraînerait une élection d'un président démocrate. Dans la lutte contre le coronavirus, il a dit craindre une extension des contrôles et une restriction des libertés. "Nous avons confiance dans le peuple américain", a-t-il opposé à la volonté prêtée à son adversaire. Au plan économique, il a indiqué que le Green New Deal prôné par les démocrates détruirait des emplois américains. Et il a martelé que leur intention était d'interdire la fracturation hydraulique, au coeur de la production de gaz de schiste aux Etats-Unis, et à terme les carburants fossiles. Kamala Harris a démenti que Joe Biden ait ce projet. Elle a rétorqué que le gouvernement actuel ne croyait pas à la science. "Nous sommes pour le progrès. Nous réintégrerons les Accords de Paris sur le climat", a-t-elle martelé. Mike Pence, lui, n'a pas clairement reconnu l'incidence des activités humaines sur le changement climatique, malgré la multiplication cet été des incendies de forêts sur la côte ouest des Etats-Unis.La résurgence de la question raciale après le meurtre de l'Afro-Américain George Floyd sous la pression du genou d'un policier blanc le 25 mai a fourni le principal sujet de discorde entre les deux débatteurs. Kamala Harris a dénoncé le refus de Donald Trump de condamner les suprémacistes et les néonazis blancs. Mike Pence s'est attaché à fustiger les destructions de biens qui avaient accompagné les manifestations organisées sous l'impulsion du mouvement Black Lives Matter. Kamala Harris s'est en revanche félicitée de la mobilisation de personnes de toutes couleurs et origines dans ces rassemblements convoqués pour un idéal de justice. Mike Pence a critiqué la faiblesse présumée de l'ancien vice-président Joe Biden qui, avec Barack Obama, a manqué une occasion de faire assassiner le chef de l'Etat islamique Abou Bakr al-Baghdadi, à l'époque où il détenait et torturait l'otage américaine Kayla Mueller, une travailleuse humanitaire enlevée en août 2013 en Syrie. Kamala Harris a fortement nuancé le bilan dressé par son adversaire de la politique étrangère de Donald Trump. "Il a trahi nos alliés. Il a soutenu des dictateurs", a-t-elle lâché. En se présentant comme le défenseur de la loi et l'ordre et des libertés chères aux Américains, Mike Pence a certainement rempli sa mission lors de ce débat. En promettant une Amérique plus ouverte et surtout plus apaisée dans les relations entre ses citoyens, Kamala Harris a répondu aux attentes de ses partisans. Elle était l'outsider dans cette joute. Elle a fait jeu égal avec son concurrent démocrate, se profilant comme une vice-présidente potentielle qui saura assumer ses responsabilités.