Si le nom du prochain président des États-Unis n'est pas encore connu, on peut déjà dire avec certitude que l'Amérique de 2020 est plus divisée que jamais. La preuve : chaque camp s'est mobilisé de manière inédite pour aller voter pour son candidat. Si Joe Biden a déjà atteint un score inédit en termes de voix, dépassant le record de Barack Obama, Donald Trump peut également se vanter d'un nombre de voix très élevé, preuve que l'Amérique de Trump est solide et n'est pas près de disparaitre.
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Si le nom du prochain président des États-Unis n'est pas encore connu, on peut déjà dire avec certitude que l'Amérique de 2020 est plus divisée que jamais. La preuve : chaque camp s'est mobilisé de manière inédite pour aller voter pour son candidat. Si Joe Biden a déjà atteint un score inédit en termes de voix, dépassant le record de Barack Obama, Donald Trump peut également se vanter d'un nombre de voix très élevé, preuve que l'Amérique de Trump est solide et n'est pas près de disparaitre. Une mobilisation que les sondages n'avaient pas vue venir. Après la débâcle de 2016, ils ont de nouveau nettement sous-évalué la résistance phénoménale de la base trumpiste. Quel que soit le résultat final de l'élection, un constat s'impose: la quasi-totalité des études a sous-estimé le vote trumpiste. Pourquoi ? Contrairement aux prévisions, l'inquiétude pour la crise économique est arrivée devant la préoccupation liée à la pandémie de Covid-19 dans les sujets ayant motivé le vote. Or, en matière économique, Donald Trump jouit d'une image plus positive que celle sur sa gestion décriée de la crise sanitaire. Et Joe Biden a concentré la quasi-totalité de son message sur le coronavirus.Après la mobilisation dans les urnes, les partisans de Trump poursuivent la bataille pour "leur président" dans la rue, faisant souvent l'objet de tensions. En Pennsylvanie, notamment, État-clé où Donald Trump s'est fait dépasser par Joe Biden à mesure que les bulletins étaient dépouillés, cela a donné lieu à des affrontements entre pro-Trump et anti-Trump. Sur un trottoir, des dizaines de manifestants anti-Trump brandissaient ainsi des panneaux appelant à "compter chaque bulletin". A l'inverse, "le vote s'arrête le jour de l'élection", peut-on lire sur de petits panneaux, au milieu de pancartes de campagne Trump-Pence, ou d'autres aux couleurs des "catholiques pour Trump".Les positions sont clairement irréconciliables, chaque camp accusant l'autre de vouloir voler l'élection. "C'est un coup d'État. Trump est en train de monter un coup pour voler ces élections, et c'est illégitime", dit une manifestante. "La démocratie américaine est menacée", estime aussi Melissa Dunphy, professeure à l'université de Pennsylvanie. De l'autre côté, il n'est question que de corruption flagrante et de fraude orchestrées par le camp du démocrate Joe Biden. "La corruption est largement répandue dans les Etats-clés", assure Diann Candan, policier à la retraite. "Ils ont arrêté l'élection le soir du vote pour pouvoir aller chercher de faux bulletins", affirme-t-il, alors qu'aucune fraude de ce genre n'a été déplorée par les autorités." Pas d'affrontement physique, cependant: tout le quartier du "Pennsylvania Convention Center" - au coeur de cette métropole de 1,5 million d'habitants - est quadrillé par la police. Des policiers à vélo montent la garde à proximité immédiate des deux camps, et un hélicoptère tourne en permanence au-dessus du centre de conférences.Durant son mandat et les campagnes électorales, Donald Trump a fait des réseaux sociaux, principalement Twitter, son outil favori pour animer ses supporters. Des fans qui le lui rendent bien. Une page Facebook avec quelque 350.000 membres et un hashtag devenu viral en 48 heures a par exemple vu le jour: sous le mot d'ordre #StopTheSteal ("Stoppez le vol"), le camp pro-Trump a propagé rapidement la théorie sans fondement selon laquelle les démocrates voudraient "voler l'élection" via des fraudes électorales massives. La fausse rumeur s'est répandue comme une trainée de poudre depuis le 3 novembre, quand le président a relancé l'idée d'une tentative démocrate de "voler l'élection" sur son compte Twitter aux 88 millions d'abonnés. La thèse a immédiatement été reprise par de puissants "influenceurs" de son camp, tels son fils Donald Trump Jr., très actif sur les réseaux (6 millions d'abonnés sur Twitter), Elizabeth Harrington, porte-parole du parti républicain, ou des porte-voix moins connus comme Chris Barron.Le mot d'ordre - déjà utilisé par les républicains lors des législatives de 2018 - déclenche rapidement des appels à des actions concrètes. La page Facebook "Stop The Steal" énumérait une série d'évènements - surtout des manifestations dans les Etats-clés où le suspense sur le vainqueur persiste, de la Géorgie au Nevada en passant par la Pennsylvanie. Des rassemblements qui se sont effectivement multipliés à travers les États-Unis depuis mercredi. Ces appels à passer à l'acte - accompagnés parfois d'allusions violentes, notamment via le mot-dièse #civilwar (guerre civile) - ont poussé les partisans de Joe Biden et la société civile à tirer la sonnette d'alarme et à appeler Facebook à fermer cette page. Ce qui a été fait, jeudi à la mi-journée. "Etant donné les mesures exceptionnelles que nous prenons pendant cette période de tensions, nous avons retiré le groupe Stop the steal, qui organisait des événements dans le monde réel", a indiqué un porte-parole de Facebook. "Ce groupe était constitué autour de la délégitimation du processus électoral et nous avons vu de préoccupants appels à la violence de la part de certains membres du groupe."Les partisans du président ont, sans surprise, immédiatement crié à la "censure", dénonçant la disparition de cette page lancée par le groupe pro-Trump "Women for America First" (Les femmes pour l'Amérique d'abord). "Facebook a fermé la page Stop the Steal qui comptait 365.000 membres: les réseaux sociaux traitaient-ils de la même façon Black Lives Matter?", lançait notamment Chris Barron, dans un message retweeté par Donald Trump Jr.Personne ne s'attend à ce que la fermeture de la page Facebook sonne la fin de cette campagne. L'expression "Stop the steal" était toujours abondamment utilisée jeudi soir sur Twitter, et servait aussi de slogan dans des manifestations filmées ou diffusées en direct, images qui tournent ensuite sur les réseaux sociaux, explique Renee DiResta, chercheuse au Stanford Internet Observatory, qui suit la désinformation en ligne."Cela pose de vrais défis aux plateformes", même si elles luttent beaucoup plus agressivement contre la désinformation qu'en 2016, dit-elle. La campagne "Stop the Steal" est alimentée par de nombreuses théories farfelues, qui enflamment les réseaux depuis mardi, comme celle du #Sharpiegate, en référence aux stylos américains de la marque Sharpie. A en croire ceux qui la propagent, l'utilisation de ces stylos-feutre - très courants aux États-Unis - pour remplir les bulletins de vote suffirait à les rendre illisibles par les machines de comptage et donc à les invalider.Lancée dans un comté de l'Arizona, la thèse - très vite démentie par les responsables locaux - s'est rapidement propagée au point que des manifestants se sont retrouvés mercredi soir devant le bureau des élections de ce comté pour exiger un recomptage. Ces théories risquent de continuer à prospérer après l'élection, selon Alex Stamos, directeur du Stanford Internet Observatory, et de se répandre "comme les théories conspirationnistes de QAnon", mouvance d'extrême droite qui présente Donald Trump comme menant une guerre secrète contre les élites mondiales, truffées de pédophiles satanistes.