Dimanche, premier jour de la semaine en Egypte, la place Tahrir, épicentre de la révolte de 2011 qui a provoqué la chute du président Hosni Moubarak, était de nouveau ouverte à la circulation et la présence policière, toujours visible, était réduite.

L'appel d'un homme d'affaires égyptien en exil, Mohamed Aly, qui accuse le président Abdel Fattah al-Sissi de corruption, à une "marche du million" vendredi ne s'est pas matérialisé: seuls quelques centaines de manifestants à travers le pays ont osé défier le pouvoir, avant d'être rapidement dispersés par les forces de l'ordre.

Une semaine plus tôt, les autorités avaient été prises de court par des manifestations, également à l'appel de M. Aly.

Dans un contexte de détresse économique, des centaines de personnes étaient alors brièvement descendues dans les rues de plusieurs villes, avant d'être également dispersées.

Même si ces manifestations éclair montrent les limites d'un "niveau élevé de répression", "je doute que le gouvernement de M. Sissi soit sérieusement en difficulté", dit à l'AFP Yezid Sayigh, chercheur au Carnegie Middle East Center à Beyrouth.

Le caractère inédit de ces rassemblements et la tension toujours palpable pourraient toutefois annoncer des jours plus difficiles pour le pouvoir, ajoute-t-il.

Après avoir anéanti l'opposition politique et la société civile, le régime se retrouve sans interlocuteur face à lui, et n'a d'autre option que la répression, explique encore M. Sayigh.

Et, avec le temps, cette "dépendance" envers la répression produira "des résultats moins efficaces", "tandis que les problèmes sociaux de l'Egypte empireront", prédit-il, en référence à la frustration croissante des Egyptiens.

Vague d'arrestations

Après les manifestations du 20 septembre, les autorités ont vite réagi en procédant à une vague d'arrestations: quelque 2.000 personnes, journalistes, avocats, intellectuels, militants politiques, manifestants, ont été interpellés.

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Cette "vague d'arrestation (...) a fait réfléchir beaucoup de gens sur ce qui pourrait leur arriver" s'ils participent à des manifestations, dit à l'AFP Youssef El-Chazli, chercheur au Crown Center for Middle East Studies de l'Université Brandeis, près de Boston (Etats-Unis).

Les réseaux sociaux ont été pendant quelques jours le théâtre d'un regain d'activité politique, avec des échanges passionnés entre pro et anti-Sissi.

Dimanche, les sujets habituels, comme le football ou les célébrités, avaient toutefois repris le dessus sur la Toile.

Deux jours plus tôt, des journalistes de l'AFP ont vu des policiers arrêter de nombreux passants dans les rues du Caire, pour les fouiller et vérifier parfois le contenu de leur téléphone portable. Certains ont été interpellés temporairement.

Parallèlement, un rassemblement d'au moins un millier de personnes a été organisé par les autorités en soutien à M. Sissi, dans l'est de la capitale, près de la tombe de l'ancien président Anouar el-Sadate.

Un concert a aussi eu lieu face à une foule brandissant des portraits du président et des drapeaux égyptiens, près de la place Rabaa, théâtre du massacre de quelque 800 personnes, selon des ONG, lors de la dispersion en 2013 d'un sit-in de partisans du président islamiste déchu Mohamed Morsi.

Parallèlement, des journaux ont consacré beaucoup de place à des articles fustigeant l'organisation islamiste interdite des Frères musulmans comme étant à l'origine de l'agitation.

Rappel "à la loi"

Samir Ragheb, un général à la retraite, chef de l'Arab Foundation for Development and Strategic Studies, a affirmé à l'AFP que les manifestations, sans organisation ni objectif définis, avaient pour seul but de "créer le chaos durant quelques minutes".

Si les autorités ont été surprises initialement, elles ont appris des failles du dispositif sécuritaire qui avaient permis la révolte populaire de 2011.

M. Raghed, un partisan du gouvernement, estime ainsi qu'il n'y aura pas d'autres manifestations dans un avenir proche.

Mais il reconnait que la frustration est forte en Egypte en raison des mesures d'austérité économiques, accentuées en 2016 en vue de l'obtention d'un prêt de 12 milliards de dollars du Fonds monétaire international (FMI).

Mais si "souffrir économiquement" est légitime, "vous ne pouvez pas protester en dehors de la loi", argue-t-il, en rappelant l'interdiction de manifester qui est en vigueur en Egypte depuis 2013.

Si, dans le cadre d'un mouvement structuré, les classes les plus populaires se soulevaient, alors "personne ne serait en mesure de les arrêter", met-il en garde.