Habitué à tirer des coups qui font mal, il est connu pour flinguer publiquement, dans sa lettre aux investisseurs, les managers défaillants de (grosses) entreprises dans lesquelles il a investi de l'argent. En 2012 déjà, il dénonçait la supercherie du PDG de Yahoo qui ne possédait pas le diplôme en informatique dont il se targuait. Scott Thompson avait fini par démissionner et la société Third Point LLC de Daniel Loeb avait empoché au final une plus-value d'un demi- milliard de dollars.
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Habitué à tirer des coups qui font mal, il est connu pour flinguer publiquement, dans sa lettre aux investisseurs, les managers défaillants de (grosses) entreprises dans lesquelles il a investi de l'argent. En 2012 déjà, il dénonçait la supercherie du PDG de Yahoo qui ne possédait pas le diplôme en informatique dont il se targuait. Scott Thompson avait fini par démissionner et la société Third Point LLC de Daniel Loeb avait empoché au final une plus-value d'un demi- milliard de dollars. Aujourd'hui, le cow-boy newyorkais défie Shell. Rien que ça. Il exhorte le géant énergétique, tiraillé entre sa volonté de se décarboner et son désir de multiplier les projets pétroliers et gaziers, à scinder ses activités, hydrocarbures d'un côté et énergies renouvelables de l'autre. Pour Loebe, la décarbonation y gagnerait en efficacité. Encore faudrait-il que les deux succursales respectent les lignes de l'accord de Paris. Par ailleurs, toujours selon le trublion, la valeur des entités combinées dépasserait celle de Shell seule. Les récentes performances de l'entreprise au coquillage, plus mauvaises que prévues, devraient le conforter dans sa stratégie. Il a tout de même déboursé 750 millions de dollars pour entrer dans le capital du groupe, ce qui en fait un des principaux actionnaires. Quatre mois après que la justice néerlandaise a condamné Shell à réduire ses émissions de 45% d'ici à 2030, cet assaut met un coup de pression supplémentaire et montre que la stratégie climatique des groupes pétroliers est devenue un sujet de préoccupation majeur des actionnaires très attentifs aux actifs échoués de l'énergie: selon plusieurs études, la moitié des actifs d'énergie fossile n'auront plus aucune valeur, d'ici à 2036. Visionnaire, Daniel Loeb? Il fait partie de la bande des actionnaires "activistes". Avant 2008, ces francs-tireurs de la finance étaient passés maîtres dans le sabotage des fusions et acquisitions en vogue dans tous les secteurs. Ils se sont calmés pendant la crise bancaire, puis ont réapparu il y a moins de dix ans, ciblant des sociétés phares et revendiquant qui une nouvelle gouvernance, qui une scission de l'entreprise, qui le départ d'un capitaine. Leur côté redresseur de torts - ils se targuent de n'être que le symptôme d'un malaise - se double d'un intérêt tout personnel qui s'évalue en centaines de millions de dollars. Parmi ces agitateurs, Loeb est sans doute, avec Carson Block, du fonds activiste Muddy Waters, le plus redouté. Fils d'un brillant avocat de Santa Monica et neveu de Ruth Handler, la créatrice de la poupée Barbie, il a toujours eu le nez creux en affaires, montant dès l'âge de 12 ans une petite entreprise pour vendre des skateboards à ses copains. A 33 ans, avec trois millions de dollars provenant de parents proches, il a créé son propre fonds d'investissement baptisé Third Point, du nom d'une des plages de Malibu les plus réputées pour le surf, qu'il a pratiqué durant sa jeunesse.Rien n'arrête ce marathonien et adepte du yoga Ashtanga (le plus exigeant), qui a étudié la Torah pendant six ans et dont le sourire ironique en dit long sur le caractère machiavélique. Après Yahoo, il s'est attaqué aux scalps des dirigeants de colosses comme Sony, Sotheby's, Nestlé ou Disney. Pas toujours avec succès: en 2012, l'assureur Ageas (ex-Fortis) lui a résisté et a obtenu gain de cause devant la justice belge. Aujourd'hui, la fortune du presque sexagénaire, qui s'habille en Tom Ford sur mesure, est néanmoins estimée par Forbes à quatre milliards de dollars. Pas mal pour un cow-boy.