Covax, c'est quoi ?

L'OMS, l'Alliance du vaccin (Gavi) et la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémie (Cepi) ont mis sur pied le mécanisme "Covax". Objectif : fournir des doses de vaccin anti-Covid aux pays défavorisés et assurer un partage équitable. Le programme vise à fournir d'ici fin 2021 des doses à 20% de la population des nations participantes. C'est le meilleur, et peut-être le seul, pari sur l'obtention de milliards de doses pour les pays à faible et moyen revenu.
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L'OMS, l'Alliance du vaccin (Gavi) et la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémie (Cepi) ont mis sur pied le mécanisme "Covax". Objectif : fournir des doses de vaccin anti-Covid aux pays défavorisés et assurer un partage équitable. Le programme vise à fournir d'ici fin 2021 des doses à 20% de la population des nations participantes. C'est le meilleur, et peut-être le seul, pari sur l'obtention de milliards de doses pour les pays à faible et moyen revenu.La mission de Covax est d'acheter des vaccins en vrac et de les envoyer aux pays pauvres qui ne peuvent pas concurrencer les pays riches pour obtenir des contrats avec les entreprises pharmaceutiques. Covax a obtenu près de 2,3 milliards de doses à distribuer cette année. Tout pays ayant adhéré au programme est éligible pour recevoir un vaccin. Certains pays financent leur propre part de vaccins à livrer par l'intermédiaire de Covax, mais 92 d'entre eux peuvent bénéficier d'un rabais important ou d'une livraison gratuite. En garantissant l'achat d'un certain volume de vaccins avant même leur homologation, et en offrant des garanties de marché, Covax vise à inciter les laboratoires pharmaceutiques à investir dans leurs capacités de production, pour garantir que la fabrication sera accélérée avant l'approbation des vaccins et non après. Les expéditions de vaccins commenceront ce mois-ci et s'intensifieront au cours du second semestre de l'année.Le dispositif a publié la quantité de vaccins qu'ils obtiendront jusqu'en juin. Les doses (environ 337,2 millions d'unités) couvriront 3,3% de la population des pays et territoires concernés. Il s'agit de vacciner les plus vulnérables, et notamment le personnel soignant. "Tous les pays devraient recevoir des doses proportionnelles à la taille de leur population afin de vacciner les groupes les plus prioritaires", précise Ann Lindstrand, spécialiste de la vaccination à l'Organisation mondiale de la santé (OMS).Les pays qui recevront le plus grand nombre de doses au cours de ce semestre sont: l'Inde (97,2 millions), le Pakistan (17,2 millions), le Nigeria (16 millions), l'Indonésie (13,7 millions), le Bangladesh (12,8 millions) et le Brésil (10,7 millions). La Corée du Nord est également sur la liste, et doit recevoir près de 2 millions de doses du vaccin d'AstraZeneca produit par le Serum Institute of India (SII).Un petit nombre de pays riches y figure aussi, dont la Corée du Sud, le Canada, l'Andorre, Monaco, la Nouvelle-Zélande, Qatar et l'Arabie saoudite.Covax prévoit actuellement que 1,2 million de doses du vaccin Pfizer/BioNTech seront mises à la disposition de moins de 20 pays au cours du premier trimestre 2021, sous réserve de la conclusion d'accords supplémentaires. Ces doses seront complétées par des volumes plus importants du vaccin AstraZeneca. "Des volumes supplémentaires de doses du vaccin Pfizer-BioNTech seront disponibles au cours du deuxième trimestre et au-delà, conformément à l'accord d'achat anticipé signé entre Gavi et Pfizer-BioNTech pour un maximum de 40 millions de doses", indique le dispositif Covax dans ses prévisions. Ces prévisions dépendent toutefois de plusieurs éléments, tels que l'état de préparation des pays.Comme il n'y aura que 1,2 million de doses du vaccin Pfizer à distribuer au cours du premier trimestre, l'OMS et ses partenaires ont dû mettre en place une sélection, alors que 72 pays avaient fait part de leur intérêt. Le processus a pris en compte le taux de mortalité du personnel sanitaire local et l'état de préparation des pays. L'OMS a également regardé si les pays avaient déjà lancé leur propre campagne de vaccination. Au final, ces doses ne seront envoyées que dans les Territoires palestiniens (37.440 doses) et dans 17 pays. Les mieux fournis seront la Colombie, le Pérou, l'Ukraine, les Philippines, l'Afrique du Sud et la Corée du Sud, qui recevront chacun 117.000 doses. Parmi les autres pays figurent la Bosnie-Herzégovine, la Géorgie, le Rwanda, la Moldavie ou encore la Tunisie.Le projet est nécessaire : il est difficile d'éradiquer une pandémie mondiale si tous les pays touchés ne bénéficient pas de tous les moyens pour l'endiguer. "Personne ne sera en sécurité tant que le monde ne le sera pas", martèle ainsi l'Organisation mondiale de la Santé. Mais le défi est de taille et présente déjà ses limites. "Même dans le meilleur des scénarios de l'initiative COVAX, la grande majorité de l'Afrique n'aura pas accès aux vaccins avant 2022 et la majorité de la population d'une douzaine de pays africains les plus pauvres ne sera pas vaccinée avant 2024", réagit Arnaud Zacharie, Secrétaire général du Centre National de Coopération au Développement. C'est un effort impressionnant, mais à peine suffisant. Des doses "assurées" ne signifie pas "obtenues et administrées". Il y a des incertitudes sur la capacité, le financement et l'état de préparation des pays. Les gouvernements doivent soumettre des plans détaillés pour montrer qu'ils peuvent distribuer les doses qu'ils reçoivent et identifier les domaines où ils ont besoin d'aide. La logistique impliquée est immense. L'Unicef, qui sera l'un des principaux distributeurs, tente de doubler sa capacité de transport cette année afin de pouvoir acheminer 850 tonnes de vaccins par mois.Un obstacle plus important encore pour Covax : l'argent. Jusqu'à présent, elle a réuni plus de 6 milliards de dollars, mais la mission a encore besoin de plusieurs milliards. Parmi les principaux donateurs à ce jour, on compte le Royaume-Uni (750 millions de dollars), l'Union européenne (près de 600 millions de dollars) et le Canada (250 millions de dollars). Par ailleurs, l'OMS a signé des accords avec des laboratoires dont certains n'ont toujours pas finalisé leurs vaccins.Le retour des Etats-Unis à l'OMS sous l'impulsion de Joe Biden va donner un nouvel élan financier au Covax, jusqu'alors boudé par Donald Trump. Mais le "nationalisme vaccinal", dénoncé à maintes reprises par l'OMS qui craint que les pays riches n'accaparent toutes les doses, inquiète l'organisation. Un problème la prive de doses pour l'instant: les accords bilatéraux signés par les pays riches sous la pression de leur opinion publique pour accélérer les plans de vaccination.