Les Américains vont vivre l'une des "semaines les plus tristes de leur vie", ont mis en garde les autorités des États-Unis, où le nouveau coronavirus continue de semer la mort, particulièrement dans l'État de New York.

"Nous avons du mal à contrôler" la pandémie

"La semaine prochaine sera un moment comme Pearl Harbor, comme le 11 septembre, sauf que ce ne sera pas localisé, ce sera dans tout le pays", a prévenu l'administrateur fédéral des services de santé publique, Jerome Adams sur la chaîne NBC. "Ça va être une mauvaise semaine" avec une "escalade" des bilans macabres, a renchéri l'épidémiologiste Anthony Fauci, qui conseille la Maison-Blanche dans la réponse à la crise. "Nous avons du mal à contrôler" la pandémie, a-t-il reconnu.

Un bilan proche des 10.000 morts

New York, Reuters
New York © Reuters

Malgré de strictes mesures de confinement, les États-Unis, ont déploré plus de 1.200 morts au cours des dernières 24 heures, l'une des plus fortes hausses quotidiennes, et s'approchent désormais de la barre des 10.000 décès (9.633). "Nous commençons à voir des lueurs" d'espoir, a toutefois estimé dans la soirée le vice-président Mike Pence qui a mentionné lors d'un point-presse à la Maison-Blanche une apparente stabilisation des nouvelles infections.

Pour le président Donald Trump, cela n'est pas antinomique. "Nous savons tous que nous devons atteindre un certain seuil, qui va être horrible en termes de morts, pour que les choses commencent à changer", a-t-il dit. Il y a en général un décalage de "deux à deux semaines et demie" entre le ralentissement du nombre de nouveaux cas et celui des décès, a ajouté le Dr Fauci, en appelant à ne pas relâcher la vigilance.

New York "Sous tension"

Épicentre de la pandémie, l'État de New York a enregistré à lui seul près de 600 morts sur une journée, un peu moins que les 630 décès recensés la veille, mais "il est encore trop tôt" pour en tirer des conclusions, a déclaré le gouverneur démocrate Andrew Cuomo. L'Etat de New York est peut-être "très proche du pic" des contaminations ou bien "ce pic est peut-être un plateau et nous sommes dessus", a-t-il commenté, prudent. En attendant, le système de santé de l'Etat est "sous tension" faute "d'équipements et de professionnels" en nombre suffisant, a-t-il martelé.

25% de mortalité dans les hôpitaux

A New York., Belga
A New York. © Belga

"Près de 25 % des patients admis à l'hôpital avec le virus sont morts", affirme CCN qui s'est rendu dans un hôpital New Yorkais vidé de ses patients habituels pour se consacrer uniquement aux malades du Covid-19. "Ce n'est pas l'hôpital, c'est la nature de la maladie", a déclaré le Dr Lorenzo Paladino, médecin urgentiste, à CNN.

Les patients arrivent à une telle vitesse et dans des états parfois tellement critiques que le corps médical a du mal à suivre, physiquement, mais surtout psychologiquement. "Je pense qu'il est émotionnellement difficile de se préparer à un tel niveau de maladie et de souffrance, de morbidité et de mortalité en si peu de temps. Je pense qu'aucun d'entre nous n'est bien préparé à cela", a dit la médecin urgentiste Cynthia Benson à CNN. Pour traiter l'afflux de patients, l'État de New York pourrait avoir besoin de plus de 30 000 respirateurs supplémentaires. Mais ces machines ne sont pas un remède magique. Les statistiques montrent que les chances de survie sont faibles pour les patients atteints de Covid-19 sous respirateur.

Trump envoie du renfort à New York

Donald Trump a annoncé samedi l'envoi d'un millier de médecins et infirmiers militaires à New York pour aider à faire face à l'afflux de patients. Les 325 premiers arrivés dimanche ont été affectés aux hôpitaux publics de la ville de New York, où la situation est la plus critique, a précisé M. Cuomo. Les autres seront envoyés dans un centre de conférences de Manhattan transformé par l'armée en un gigantesque hôpital de 2.500 lits, a précisé dimanche le ministre de la Défense Mark Esper. Quant au navire-hôpital militaire the Comfort, qui est à quai dans le port de New York tout comme le Mercy à Los Angeles, il pourra finalement "être ouvert aux malades du Covid-19 si cela devient nécessaire", a-t-il ajouté.

Neuf États non confinés

A New York., Reuters
A New York. © Reuters

Au-delà de New York, plusieurs États sont durement touchés, comme la Louisiane, l'Illinois ou le Michigan, dont les gouverneurs démocrates ont réclamé dimanche un plan fédéral pour harmoniser les mesures de prévention contre le coronavirus.

"Ne pas avoir de stratégie nationale pour l'ensemble du pays, mais un patchwork qui dépend des gouverneurs, crée à mon sens une situation poreuse pour le Covid-19", a estimé la gouverneure du Michigan Gretchen Whitmer, alors que neuf États, du centre et du sud, n'ont pas adopté de mesures de confinement pour leur population. "Le virus ne connaît pas les frontières", a ajouté le gouverneur de l'Illinois, Jay Pritzker. "C'est au gouvernement fédéral de dire à tous les gouverneurs de prendre des mesures de confinement", a-t-il ajouté en reprochant au président Trump d'avoir été "réticent" face à ces mesures coûteuses économiquement.

Ces neuf Etats, dont l'Iowa, l'Arkansas ou les deux Dakota, sont des gros producteurs de denrées alimentaires "et ils peinent à trouver les moyens pour continuer à nourrir le pays avec une population cloîtrée à la maison", a avancé le médecin en chef Jerome Adams. "Mais je voudrais leur dire: donnez-nous un mois, une semaine, ce que vous pouvez !", a-t-il plaidé. "Il y a une lumière au bout du tunnel, mais tout le monde doit jouer le jeu".

Exacerbation des inégalités

La pandémie a jeté instantanément dans la précarité des millions d'Américains. Elle va aussi creuser davantage les inégalités sociales en frappant en premier lieu les ménages à faibles revenus et les classes moyennes.

"C'est un coup extraordinaire porté à des millions d'Américains qui étaient à peine remis de la crise financière de 2008", résume Edward Alden, expert au Council on Foreign Relations. Les salaires avaient mis huit ans à se rétablir après la précédente récession. "Et pour les travailleurs les moins rémunérés, les revenus n'ont augmenté fortement qu'au cours des deux dernières années", rappelle-t-il.

Fin 2019, les bas salaires s'étaient même accrus à un rythme inédit en 20 ans, grâce notamment à la mise en place dans certains Etats d'un taux horaire minimum.

Destruction de 700.000 emplois

Le mois de mars, avec 701.000 destructions d'emplois, a brutalement mis fin à des créations continues depuis plus de huit ans. Le chômage est remonté à 4,4% quand il était à son plus bas historique en février.Et la récession consécutive à la pandémie de Covid-19 "va exacerber les inégalités", estime Gregory Daco, chef économiste chez Oxford Economic car "les pertes d'emplois, soudaines, sont concentrées dans les secteurs de services à faibles revenus" dans un pays où il y a peu de filets de sécurité sociale et un taux d'épargne extrêmement faible, de l'ordre de 8%.

Peu d'épargne

null, Belga
null © Belga

Autre facteur d'inégalités, 78% des personnes ayant les plus faibles revenus ne disposent pas d'épargne d'urgence pour parer aux difficultés financières imprévues contre 25% des personnes aux plus hauts revenus, détaille Gregory Daco.

"Ce sont ainsi les personnes qui en ont le plus besoin qui en ont le moins", observe-t-il. Résister à une récession durable s'avère impossible. "Nous devons nous préparer à des impacts sur l'emploi et les salaires qui vont durer au moins jusqu'au début de 2021", prévient Bradley Hardy, professeur à l'American university.

Les Américains vont vivre l'une des "semaines les plus tristes de leur vie", ont mis en garde les autorités des États-Unis, où le nouveau coronavirus continue de semer la mort, particulièrement dans l'État de New York."La semaine prochaine sera un moment comme Pearl Harbor, comme le 11 septembre, sauf que ce ne sera pas localisé, ce sera dans tout le pays", a prévenu l'administrateur fédéral des services de santé publique, Jerome Adams sur la chaîne NBC. "Ça va être une mauvaise semaine" avec une "escalade" des bilans macabres, a renchéri l'épidémiologiste Anthony Fauci, qui conseille la Maison-Blanche dans la réponse à la crise. "Nous avons du mal à contrôler" la pandémie, a-t-il reconnu.Malgré de strictes mesures de confinement, les États-Unis, ont déploré plus de 1.200 morts au cours des dernières 24 heures, l'une des plus fortes hausses quotidiennes, et s'approchent désormais de la barre des 10.000 décès (9.633). "Nous commençons à voir des lueurs" d'espoir, a toutefois estimé dans la soirée le vice-président Mike Pence qui a mentionné lors d'un point-presse à la Maison-Blanche une apparente stabilisation des nouvelles infections.Pour le président Donald Trump, cela n'est pas antinomique. "Nous savons tous que nous devons atteindre un certain seuil, qui va être horrible en termes de morts, pour que les choses commencent à changer", a-t-il dit. Il y a en général un décalage de "deux à deux semaines et demie" entre le ralentissement du nombre de nouveaux cas et celui des décès, a ajouté le Dr Fauci, en appelant à ne pas relâcher la vigilance. Épicentre de la pandémie, l'État de New York a enregistré à lui seul près de 600 morts sur une journée, un peu moins que les 630 décès recensés la veille, mais "il est encore trop tôt" pour en tirer des conclusions, a déclaré le gouverneur démocrate Andrew Cuomo. L'Etat de New York est peut-être "très proche du pic" des contaminations ou bien "ce pic est peut-être un plateau et nous sommes dessus", a-t-il commenté, prudent. En attendant, le système de santé de l'Etat est "sous tension" faute "d'équipements et de professionnels" en nombre suffisant, a-t-il martelé."Près de 25 % des patients admis à l'hôpital avec le virus sont morts", affirme CCN qui s'est rendu dans un hôpital New Yorkais vidé de ses patients habituels pour se consacrer uniquement aux malades du Covid-19. "Ce n'est pas l'hôpital, c'est la nature de la maladie", a déclaré le Dr Lorenzo Paladino, médecin urgentiste, à CNN.Les patients arrivent à une telle vitesse et dans des états parfois tellement critiques que le corps médical a du mal à suivre, physiquement, mais surtout psychologiquement. "Je pense qu'il est émotionnellement difficile de se préparer à un tel niveau de maladie et de souffrance, de morbidité et de mortalité en si peu de temps. Je pense qu'aucun d'entre nous n'est bien préparé à cela", a dit la médecin urgentiste Cynthia Benson à CNN. Pour traiter l'afflux de patients, l'État de New York pourrait avoir besoin de plus de 30 000 respirateurs supplémentaires. Mais ces machines ne sont pas un remède magique. Les statistiques montrent que les chances de survie sont faibles pour les patients atteints de Covid-19 sous respirateur. Donald Trump a annoncé samedi l'envoi d'un millier de médecins et infirmiers militaires à New York pour aider à faire face à l'afflux de patients. Les 325 premiers arrivés dimanche ont été affectés aux hôpitaux publics de la ville de New York, où la situation est la plus critique, a précisé M. Cuomo. Les autres seront envoyés dans un centre de conférences de Manhattan transformé par l'armée en un gigantesque hôpital de 2.500 lits, a précisé dimanche le ministre de la Défense Mark Esper. Quant au navire-hôpital militaire the Comfort, qui est à quai dans le port de New York tout comme le Mercy à Los Angeles, il pourra finalement "être ouvert aux malades du Covid-19 si cela devient nécessaire", a-t-il ajouté.Au-delà de New York, plusieurs États sont durement touchés, comme la Louisiane, l'Illinois ou le Michigan, dont les gouverneurs démocrates ont réclamé dimanche un plan fédéral pour harmoniser les mesures de prévention contre le coronavirus."Ne pas avoir de stratégie nationale pour l'ensemble du pays, mais un patchwork qui dépend des gouverneurs, crée à mon sens une situation poreuse pour le Covid-19", a estimé la gouverneure du Michigan Gretchen Whitmer, alors que neuf États, du centre et du sud, n'ont pas adopté de mesures de confinement pour leur population. "Le virus ne connaît pas les frontières", a ajouté le gouverneur de l'Illinois, Jay Pritzker. "C'est au gouvernement fédéral de dire à tous les gouverneurs de prendre des mesures de confinement", a-t-il ajouté en reprochant au président Trump d'avoir été "réticent" face à ces mesures coûteuses économiquement.Ces neuf Etats, dont l'Iowa, l'Arkansas ou les deux Dakota, sont des gros producteurs de denrées alimentaires "et ils peinent à trouver les moyens pour continuer à nourrir le pays avec une population cloîtrée à la maison", a avancé le médecin en chef Jerome Adams. "Mais je voudrais leur dire: donnez-nous un mois, une semaine, ce que vous pouvez !", a-t-il plaidé. "Il y a une lumière au bout du tunnel, mais tout le monde doit jouer le jeu".La pandémie a jeté instantanément dans la précarité des millions d'Américains. Elle va aussi creuser davantage les inégalités sociales en frappant en premier lieu les ménages à faibles revenus et les classes moyennes."C'est un coup extraordinaire porté à des millions d'Américains qui étaient à peine remis de la crise financière de 2008", résume Edward Alden, expert au Council on Foreign Relations. Les salaires avaient mis huit ans à se rétablir après la précédente récession. "Et pour les travailleurs les moins rémunérés, les revenus n'ont augmenté fortement qu'au cours des deux dernières années", rappelle-t-il.Fin 2019, les bas salaires s'étaient même accrus à un rythme inédit en 20 ans, grâce notamment à la mise en place dans certains Etats d'un taux horaire minimum.Le mois de mars, avec 701.000 destructions d'emplois, a brutalement mis fin à des créations continues depuis plus de huit ans. Le chômage est remonté à 4,4% quand il était à son plus bas historique en février.Et la récession consécutive à la pandémie de Covid-19 "va exacerber les inégalités", estime Gregory Daco, chef économiste chez Oxford Economic car "les pertes d'emplois, soudaines, sont concentrées dans les secteurs de services à faibles revenus" dans un pays où il y a peu de filets de sécurité sociale et un taux d'épargne extrêmement faible, de l'ordre de 8%.Autre facteur d'inégalités, 78% des personnes ayant les plus faibles revenus ne disposent pas d'épargne d'urgence pour parer aux difficultés financières imprévues contre 25% des personnes aux plus hauts revenus, détaille Gregory Daco."Ce sont ainsi les personnes qui en ont le plus besoin qui en ont le moins", observe-t-il. Résister à une récession durable s'avère impossible. "Nous devons nous préparer à des impacts sur l'emploi et les salaires qui vont durer au moins jusqu'au début de 2021", prévient Bradley Hardy, professeur à l'American university.