Lire notre dossier consacrée à la crise liée au coronavirus
...

Elle fait figure d'exception. Ses chiffres, d'abord. Le 18 février dernier, la Corée du Sud recensait environ 30 cas. Une semaine plus tard, le virus avait déjà infecté plus de 1 000 personnes, avec, le plus souvent, une accélération quotidienne de 30 % à 40 %, faisant du pays le plus important foyer de l'épidémie de Covid-19 hors de Chine. Mais, trois semaines plus tard, le 17 mars, Séoul ne signalait que 8 320 cas. En effet, depuis le début du mois de mars, le rythme de progression s'est tassé, passant en dessous de 10 %. Sa courbe épidémique est donc bien en train de s'aplatir, alors que le taux de létalité demeure bas : 81 morts sur l'ensemble des personnes contaminées, soit 1,03 %. Bien en deçà des 2 à 3 % en moyenne mondiale, rapportés par l'OMS. La méthode sud-coréenne, ensuite. D'emblée, la Corée du Sud s'est montrée ambitieuse. " Le pays a misé sur l'identification des malades par le dépistage massif et par la traçabilité, souligne le professeur Marius Gilbert, chercheur à la faculté des sciences de l'ULB. Cela nécessite évidemment des moyens humains et logistiques considérables. " Quelques semaines après l'apparition du Covid-19 en Chine, les autorités sanitaires transmettaient le génome du Sras-CoV-2 aux laboratoires pharmaceutiques et accéléraient les procédures d'autorisation de mise sur le marché. Ce qui leur a permis de produire en un temps record des kits de dépistage. A raison de quelque 20 000 tests quotidiens, les nouveaux foyers d'épidémie ont ainsi pu être très vite ciblés et attaqués.Pour ce faire, Séoul s'appuie sur un maillage sanitaire très dense, avec 500 établissements hospitaliers autorisés à détecter, auxquels s'ajoutent des cliniques ambulantes, des " drive-in " installés dans la rue : le patient réalise le test à bord de son véhicule, minimisant ainsi les risques de contagion en clinique tout en testant un maximum d'individus. " Cette stratégie de recherche n'est plus envisageable aujourd'hui en Belgique. C'est vrai, elle aurait pu se faire au retour du congé de carnaval, concède Marius Gilbert. C'est un handicap avec lequel il faut désormais composer. " Un handicap ? " Oui, cela nous empêche de repérer les personnes faiblement malades. " D'autant, précise l'expert, que la période d'incubation est de cinq à six jours et que la veille de l'apparition des symptômes, l'individu serait le plus infectieux. D'où l'absolu respect des mesures de prévention et de distance sociale. A chaque fois, les autorités sanitaires sud-coréennes retracent les itinéraires détaillés des malades soupçonnés ou confirmés à l'aide d'images de vidéosurveillance, des terminaux de cartes bancaires et du bornage de leur smartphone. Ces données sont rendues publiques, au nom de la " guerre " contre le coronavirus, selon le président Moon Jae-in. Seuls les noms des infectés restent confidentiels. Leurs proches sont systématiquement identifiés et testés. Les municipalités envoient à leurs habitants des sms d'alerte lorsqu'un nouveau cas est déclaré près de chez eux ou dans leur entreprise. L'autre clé du succès sud-coréen réside dans l'adoption et l'observance de mesures sociales fortes. Les écoles ont été fermées. Les événements sportifs et culturels annulés. Les Sud-Coréens ont été invités à rester chez eux. Ceux qui sortent encore portent un masque. Un service d'approvisionnement en masques a d'ailleurs été mis en place dans les bureaux de poste. Des pulvérisateurs de solution hydro- alcoolique ont été scotchés aux barres d'appui des bus. Les transports publics sont massivement désinfectés. " Les pays asiatiques ont une capacité à mobiliser leurs citoyens. Ce qui semble culturellement plus difficile à faire chez nous. Or, il faut comprendre que l'évolution de l'épidémie se trouve dans les mains du grand public ", conclut l'expert. L'Asie, aussi source d'inspiration...