Des membres du congrès barricadés et cachés sous leur bureau, alors que les émeutiers Trumpiste erraient librement à leur recherche, détruisant tout ce qu'ils pouvaient sur leur passage. Dans une atmosphère de putsch, les supporteurs de Trump ont semé la consternation sans véritable obstacle. Ces images hallucinantes resteront dans les livres d'histoire et ont démontré l'incapacité des forces de l'ordre à sécuriser les bâtiments.
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Des membres du congrès barricadés et cachés sous leur bureau, alors que les émeutiers Trumpiste erraient librement à leur recherche, détruisant tout ce qu'ils pouvaient sur leur passage. Dans une atmosphère de putsch, les supporteurs de Trump ont semé la consternation sans véritable obstacle. Ces images hallucinantes resteront dans les livres d'histoire et ont démontré l'incapacité des forces de l'ordre à sécuriser les bâtiments. Comment les manifestants ont-ils pu pénétrer avec une telle facilité le coeur de la démocratie américaine et y démolir beaucoup de choses sur leur passage ? D'autant que leur présence était tout sauf une surprise. C'est un incroyable aveu d'échec de la part de l'une des plus grandes puissances au monde.Leur venue avait été annoncée depuis plusieurs jours. Les mesures de sécurité adéquates auraient pu être anticipées, comme on le fait pour d'autres manifestations, comme, par exemple celles du mouvement Black Lives Matter. Ce ne fut pas le cas: les manifestants ont pénétré dans le capitole avec une facilité déconcertante, après s'être promenés de longues heures dans les rues de la capitale américaine. Si la police de Washington avait déployé 2000 agents, ces derniers sont majoritairement restés passifs, pour ne pas dire débordés par la situation. En infériorité numérique et non équipés pour faire face à des émeutes, les agents de sécurité et les policiers n'ont eu d'autre choix que de reculer face à la horde de manifestants qui usaient d'agents chimiques irritants ou de bombes artisanales."Ils ont franchi la clôture du Capitole et ont affronté les lignes de police entourant le bâtiment. Il était clair que la foule avait l'intention de causer du tort à nos agents en déployant des produits chimiques pour forcer l'entrée du bâtiment" explique ainsi Robert Contee, chef de la police métropolitaine lors d'une conférence de presse. La police a bien tiré des gaz lacrymogènes pendant que les émeutiers se poussaient à l'intérieur du Capitole, mais guère plus. Au milieu de la confusion, une femme a été mortellement blessée dans le Capitole par un tir de la police. Cette résidente du sud de la Californie s'appelait Ashli Babbitt et était une ardente partisane du président Trump. Trois autres personnes ont perdu la vie dans le secteur de la colline du Capitole mercredi, mais la police s'abstient pour l'instant de lier directement ces décès aux violences. Des émeutiers ont attaqué des équipes de télévision à l'extérieur de l'édifice. Plusieurs officiers de police ont également été blessés. Selon l'agence Associated Press, la police a déclaré avoir retrouvé deux bombes artisanales (l'une à l'extérieur du Comité national démocrate et l'autre à l'extérieur du Comité national républicain) ainsi qu'une arme d'épaule et de nombreux cocktails Molotov cachés dans une glacière laissée sur les pelouses du Capitole.La déclaration du vice-président Mike Pence, affirmant qu'il n'essayerait pas de changer les résultats après avoir être resté fidèle à Trump, aurait mis le feu aux poudres. Mais les graines de la violence étaient semées depuis plusieurs jours, semaines, voire années. Depuis que Trump harangue les foules. Ce qu'on a vu hier n'est en réalité que l'acmé de quatre ans de propagande contre le système et les institutions. Une hargne qui a encore gagné en vigueur depuis plus de deux mois. Depuis qu'il refuse d'accepter sa défaite et souffle sur les braises de la division en brandissant des théories du complot. Sa croisade a culminé mercredi avec la prise d'assaut sur le siège du pouvoir législatif.Moins d'une heure avant l'invasion du Capitole, Trump disait encore à ses partisans : "Nous voulons être si respectueux de tout le monde - même des gens mauvais. Résultat : nous allons devoir nous battre beaucoup plus fort". Il leur a demandé de marcher de la Maison Blanche au Capitole pour "sauver notre démocratie", "pacifiquement et patriotiquement". Après avoir promis de les accompagner, il n'en a rien fait...Gonflée à bloc, la foule de dizaines de milliers de ses supporteurs a chargé. Une foule qui mêlait familles et personnes âgées. Ils y avaient des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux. Ils étaient plus nombreux à porter une tenue de camouflage qu'un masque. Donald Trumpn'a finalement diffusé une vidéo "apaisante" que quelques heures après le début des dérapages : "Rentrez chez vous, nous vous aimons, vous êtes très spéciaux". Une vidéo utilisée pour répéter ses affirmations infondées sur le vote "frauduleux". Elle sera d'ailleurs retirée peu après par Facebook, estimant qu'elle "contribuait aux risques de violence". Le réseau social a décidé de bloquer le président américain pendant 24 heures. De son côté, Twitter a également supprimé la vidéo, bloqué le compte @realDonaldTrump pour douze heures et l'a menacé de suspension permanente, des mesures sans précédent. Après cette journée qui pourrait s'avérer désastreuse pour son avenir politique, Donald Trump a tout de même promis qu'il quitterait la Maison Blanche le 20 janvier. Réaffirmant son "complet désaccord" avec le résultat, il s'est engagé à un transfert du pouvoir "ordonné".L'une des principales critiques? La garde nationale aurait été déployée trop tardivement. Elle n'est intervenue finalement qu'après l'appel pressant de la maire de Washington, Muriel Bowse, et la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi. Certains députés ont dû être mis en sécurité, dont Pence lui-même et la future vice-présidente Kamala Harris.Soit plusieurs heures après le début des émeutes, alors les manifestants avaient déjà pénétré dans les couloirs et les bureaux des députés. Les forces militaires étaient issues de Virginie et du Maryland et la Garde nationale de Washington D.C. Au total, on estime que 1200 soldats ont été déployés. Pendant ce temps, la police avait tenté de faire sortir les occupants du Capitole. Un couvre-feu est entré en vigueur en fin d'après-midi dans la ville, où l'état d'urgence sera prolongé durant deux semaines.Des observateurs critiques se demandent, de façon ironique, pourquoi Trump n'y a pas fait appel d'entrée de jeu alors que, pour les manifestations Black Lives Matter, il s'était toujours empressé de le faire. Plus frappant encore: la décision du secrétaire à la Défense d'envoyer tardivement les troupes ne s'est faite qu'après avoir consulté Pelosi et le vice-président Mike Pence, et non le président.L'une des justifications reposerait sur une volonté d'apaisement: les manifestants semblaient chercher la confrontation et l'intervention de la Garde nationale aurait pu géérer des combats dans les rues autour du Capitole, ce que le Pentagone voulait éviter à tout prix. "Il n'était censé y avoir personne près du Capitole", confirme Tim Ryan, un représentant démocrate, qui pointe tout nombreuses failles de sécurité. "Certaines personnes vont se retrouver sans emploi très rapidement."Pour Ed Davis, un ancien commissaire du département de la police de Boston, la police aurait dû être mieux préparée. Mais il s'agit à ses yeux davantage d'une erreur politique colossale que d'une erreur de la police. Par ailleurs, une enquête va être ouverte après que des clichés montrant des agents de police prenant des selfies avec les manifestants ont été publié sur les réseaux sociaux.Pour Black Lives Matter Global Network, l'une des organisations les plus connues qui se bat pour la défense des Noirs, les émeutes de mercredi sont un "coup d'État". C'est "un exemple de plus de l'hypocrisie de la réaction des forces de l'ordre de notre pays face aux protestations". "Lorsque les Noirs manifestent pour leur vie, nous sommes trop souvent confrontés à des troupes de la Garde nationale ou à des policiers équipés de fusils d'assaut, de boucliers, de gaz lacrymogènes et de casques de combat", a déclaré le groupe dans un communiqué. "Ne vous y trompez pas, si les manifestants étaient noirs, nous aurions été gazés, battus et peut-être abattus".