Jamais l'Europe n'aurait imaginé se retrouver dans la situation dans laquelle elle se trouve depuis le mois de mars. Un virus mettant à l'arrêt un pays, cela semblait déjà surréaliste, mais alors un continent tout entier, cela relève de l'inédit de mémoire humaine. Quant à la nécessité de prendre des mesures réprimant les libertés, on pouvait à la limite considérer cela plausible en Chine, mais pas dans nos terres où la démocratie règne en maître. Et pourtant...
...

Jamais l'Europe n'aurait imaginé se retrouver dans la situation dans laquelle elle se trouve depuis le mois de mars. Un virus mettant à l'arrêt un pays, cela semblait déjà surréaliste, mais alors un continent tout entier, cela relève de l'inédit de mémoire humaine. Quant à la nécessité de prendre des mesures réprimant les libertés, on pouvait à la limite considérer cela plausible en Chine, mais pas dans nos terres où la démocratie règne en maître. Et pourtant...C'est pourtant bien ce qui nous a submergés tous depuis plus de sept mois et cela n'est pas prêt de se terminer. La deuxième vague touche tous les pays européens et impose aux gouvernements de nouveaux tour de vis, proches du confinement. Comme si l'expérience du printemps ne nous avait pas servi de leçon."Beaucoup d'autres pays n'avaient pas des moyens aussi performants que les nôtres pour voir venir cette deuxième vague, souligne le microbiologiste Emmanuel André. Mais ils ont choisi le principe de précaution et la logique d'éradication quand nous banalisions la douce musique des sirènes hurlantes." Parce que le monde politique belge n'a pas eu suffisamment de courage, que le relâchement a été généralisé et que la complexité institutionnelle de notre pays n'aide pas - c'est un euphémisme de le dire. Tout cela est aussi valable dans de nombreux pays européens.De façon plus générale, cette crise d'une ampleur sans précédent expose en effet les faiblesses structurelles de l'Europe sous différentes formes : manque d'anticipation et de préparation, leadership faible ou indécis, tensions entre autorités nationales et régionales ou locales, manque de coopération entre nations. C'est ce qui ressort d'une enquête publiée ce mardi par le Financial Times.Le quotidien britannique revient sur plusieurs pays qui ont été au coeur de la lutte contre le Covid. En commençant bien sûr par l'Italie, où tout a démarré, avec ce premier cas qui s'est présenté le 20 février 2020, celui d'un jeune homme pourtant en pleine santé. "Beaucoup de spécialistes avaient jusque là analysé des données venant de Chine et de Corée, et la supposition était que ce virus se terminerait de façon relativement douce", précise Igor Rudan, spécialiste en santé de l'université d'Edimbourg. Mais une série d'erreurs locales vont transformer des cas individuels en une bombe à l'échelle globale. Le système hospitalier trop centralisé de la Lombardie et le manque de détection précoce ont empêché d'arrêter le Covid à temps: le nord de l'Italie est alors déjà submergé par une maladie que personne n'avait vu venir. Trop de cas sont traités en peu de temps dans les hôpitaux, touchant les populations les plus vulnérables. Le 16 mars, un rapport de l'Imperial College de Londres met en garde le Royaume-Uni et les pays européens du risque encouru, mas l'épidémie a déjà un temps d'avance.Les 23 et 25 février, en Espagne, les autorités et les responsables des services d'urgence avancent qu'il n'y a pas de coronavirus dans le pays, seul deux cas ayant été recensés, alors que l'épidémie est déjà en pleine extension. "Les procédures de santé publique ont empêché de tracer l'étendue exacte de la pandémie", souligne le quotidien. A ce manque d'anticipation s'ajoute un système de soins trop décentralisé et un climat politique partisan qui ne contribuent pas à une gestion sereine de la crise. Tant les autorités régionales que nationales ont pris trop de temps à imposer des mesures de restriction, alors que l'exemple italien était là, et ces erreurs se répètent depuis le début de la deuxième vague. En France, quand le présidence Emmanuel Macron demande de protéger les plus vulnérables, le 6 mars, il est déjà trop tard pour les Ephad et le port du masque mettre un temps fou à être imposé partout. Un peu comme en Belgique, les maisons de repos ont eu l'impression d'être livrées à elles-mêmes, sans réponses, alors que des courriers avaient pourtant été envoyés. La préparation est meilleure pour la deuxième vague en cours, mais la crainte est réelle qu'un nouveau drame ne se produise dans ces lieux fragiles.Le dossier évoque encore le cas allemand, plus tardif, ou "l'échec total" de l'Union européenne dans sa gestion de la crise, alors que chaque pays voyait son propre intérêt d'abord. Ce fut le cas jusqu'aux tristement célèbres codes couleurs différents d'un pays à l'autre, à la limitation de la liberté de circulation laissée au libre arbitre des Etats, jusqu'au sursaut du plan de relance qui reste suspendu à la conditionnalité des aides à la démocratie dans les Etats membres."Quand le coronavirus s'est répandu à travers l'Europe au printemps 2020, il a exposé les fragilités nationales en terme de manqué de préparation à la pandémie, de lenteur à la prise de décision et de rivalités entre gouvernements régionaux et nationaux", conclut le Financial Times. Avec la deuxième vague actuelle, de nombreux gouvernements sont à nouveau sous forte tension."Tout la question est de savoir comment l'Europe se relèvera de cette deuxième vague mais, aussi, de se demander dans quel état ses démocraties et son Union relèveront la tête.